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I
33— k-*t
Hi. SS * . £ P
\l<h r-r.SSL T.. 134?
MYSTÈRES
INÉDITS:
*s£a eéeàre e/e celte A/i&ucaâa/i Vui>ab ûve/n
A/ffW&t Jet?* ÀaAier ae tfâauanae.
IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET TLON ,
36 , Rue de Vaugirard.
1
* -
p
MYSTERES
INÉDITS
DU QUINZIÈME SIÈCLE,
PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS,
3t>n l'autorieatton b* JR. It JRtntfttrt U l'inttxutiion publique,
PAR
ACHILLE JUBINAL ,
D'APRÈS LE MSS. UNIQUE DE LA BIBLIOTHÈQUE STE. GENEVIÈVE.
TOME DEUXIEME,
PARIS,
TÉCHENER, PLACE DU LOUVRE, 12,,
ET RUE DE SEINE, 23, AU BUREAU DES ANCIENNES TAriSSERlES.
M DCCC XXXVII.
PREFACE
Entête du premier volume de ce recueil j'ai donne
quelques renseignements bibliographiques èur les
Mystères que mon livre devait reproduire, mais peut-
être ai -je trop peu parlé du manuscrit d'où je les tirais.
Je vais tâcher de compléter ici les détails dans lesquels
je suis entré , en disant qu'après le Mystère de la
Passion, qui commence au folio 71 et se termine au
folio 116, on trouve dans le Mss. de la bibliothèque
S te-Geneviè ve , mais sans titre, une prière qui com-
mence ainsi :
Royne de pitié, Marie,
En qui déité pure et elère
A mortalité se marie,
Tu es vierge et fille et mère ,
Et mère vierge enfantas
Tu es suer, espouse et amie
Au Roy qui toudis fut et ère ;
Tu es vierge seiche et flourie,
Doulx remède de mort arrière ;
VI PREFACE.
Tu es Hester qui s'umilie,
' Tu es Judit qui beau se père;
Amen (Aman) en pert sa seignorie,
Et Olofornes le compère, etc.
Cette pièce, qui est environ quinze fois aussi longue,
sans que le reste en soit plus remarquable , est suivie
immédiatement (folio 1 18, r°) du portrait k la plume
que nous avons fait graver sur bois, et qui est placé
en tête de ce volume. On trouve ensuite les lignes sui-
vantes, qui ne manquent pas d'importance, à cause des
aveux qu'elles contiennent, ce qui fait que nous les re-
produisons :
« A tout crestien qui Jhésucrist et ses sains requiert et honneure
est grant bien et honneur et proufit de savoir aucune chose des ver-
tus, miracles et bontés que Notre-Seigneur ( a ) en eulz et par eulz,
pour Dieu amer plus parfaitement, pour les sains honnoufer plus
devoctement et pour prendre exemple et doctrine^de sauvement.
Moult de gens requièrent madame saincte Geneviefve, qui de sa vie
et de ses vertus scevent pou ou nient. Sa vie avons en latin mult
proprement et en françois rimée moult gentement ; mais ly plusieurs
n'entendent pas latin, ly autres n'ont cure de rimerie pour ce que
on y sceust ajouster, osier et muer autrement que il n'est ou texte ;
sy est escripte cy après en prose sans rime, estraite du latin en fran-
çois véritablement et loyaulment, à la gloire de Dieu soit, à don-
neur de la Pierge et au proufit du pueple. Amen ! »
En cet endroit commence alors la vie de sainte Ge-
neviève, sans rime; elle se poursuit dans l'ordre à peu
près conservé par le Mystère, et aie termine au folio ï36,
v°, par ces mots : « Les miracles que Notre-Seigneur a
« fait etfaiteontinuement pour l'amour de elle en plu-
« sieurs lieus par le monde, ne saroit nulz certes réci-
<( ter ne escripre. Il souffit de ce pou qu'il ne tourne à
PRÉFACE.. VII
« eonuy. Glorefié soit le Père et le Filz et le Saint-Es-
« périt, qui par les mérites de madame sainte Gene-
(( viève nous vueilie noz péchiez pardonner et sa grâce
a donner, et à sa benoiste vision mener. Amen! »
Après cette vie de sainte Geneviève viennent des
oroisom qui commencent ainsi :
Geneviève, fontaine
De l'yaue plaine
Qui Paradis arrouse,
Arrouse m'âme vaine
Qui sèche est et mal saine, etc.
Quelques-unes de ces oraisons sont eu la^in;
les autres en français rimé ou à peu près. Elles sont
suivies immédiatement des Représentations dçs mar-
tires S. Estienne , S* Père et S. Pol et S. Denis, et
des Miracles madame sainte Geneviève, qui termi-
nent le volume au folio 217.
Tels sont les détails que je désirais ajouter à ma pre-
mière description du Mst. qui contient nos Mystères.
Maintenant je prie le lecteur de me permettre de
réparer humblement ici quelques erreurs ou omissions
que j'ai rencontrées dans mon précédent volume de-
. puis sa publication. La première consiste en un lap-
sus qui , dajis Ja préface t p. vu, m'a lait attribuer à
S. Jea^-Chrysoptôme le drame du Ghpist souffrant
(XpwTQç.Traaxwy), dont on ne connaît pas l'auteur. En
effet, M. Eichstadt, dans sa dissertation sur ce drame
(Iéna, 181 6), rapporte à ce sujet plusieurs opinions.
Les uns attribuent le Christ souffrant à Grégoire de
Nazianze; d'autres le déclarent indigne de lui et veu-
*s£a efa fore de ce/fa /uiœucaâa/i vu^ab azw/i
IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET TLON ,
36 , Rue de Vaugirard.
*
• I
PREFACE.
Le premier chapellain,
Le second prestre,
L'empereur,
Le connestable,
Le prince d'Anthioche,
Le conte de Lislede,
Le duc de Falaize,
La trompeté,
Le messagier,
Le portier,
Le duc de Villeboreau,,
Lé comte de Caruelles,.
Le marquis d'Ostrie,
Le povre S. Martin,
L'osteS. Martin,
Son valet,
Dieu,
Gabriel,
*
Sainct Michiel,
Raphaël,
Uriel,
Messire Pierre Rebillàrt,
Messire Jacques Bossuet.
Pierre Loiseleur.
Jehan Reullier le jeune.
Pierre Goillot.
Jehan Lequeux.
Jaques Perressot.
Philibert Ôourdin.
Le filz Pierre Loiseleur.
Broutechou.
• »
Jehan Beuffart.
Jehan Piellier.
Philibert Gon.
Messire Jehan Chevrel.
Jehan Gruyer.
Claude Olivier.
Phillebert Berthelet.
François Gruyer.
Le filz Jehan Bertran .
Le filz Girard Dupin.
Philibert, filz de Pierre Loi-
seleur.
S 9 ensuivent les parsonnaiges dudit lundi après le disner.
*
Premièrement toute la deablerie.
Le roy de Barbarie,
Le grant Turc,
Le grand Soubdan r
Le capitayne,
Le baron,
Le connestable,
Le messagierv
Guyot Mouchet.
Pierre Druet.
Phillibert Gon.
Nicolas.
Maistre Pierre Masoyer,
Estienne Perrenin.
Claude Ponsot.
PREFACE.
XI
V
Le portier de la ville,
Le maire de la Tille,
Le bourgois,
k
4
Le premier chevalier,
Le second chevalier,
Le tiers chevalier,
Sainct Hiilaire,
Son chapellain,
Le père S. Martin,
La mère,
Broutechou.
Tierson.
Perrenot le Barbier. -
Pierre Lartilleur.
Jehan Buffart.
GUENIN GoiLLlER.
Messire Pierre Druet.
Messire Pierre Rebillàrt.
Messire Oudot Gobillon.
ÊSTIENNE BOSSDET.
Tout-li-fault,
Soul-d'ouvrer,
Courte-oreille,
Sote-trongne,
Premier marchant,
Second marchant,
Brigans.
Le Roy Fallot.
Pierrot Belleville.
f Messire Jousse.
Enguerrant.
Claude Bouchart.*
Jehan Buffart.
S'ensuit les parsonnaiges du mardi au malin.
Le Prévost des mareschaux,
Le premier sergent, ?
Second sergent,
Tiers sergent,
Quart sergent,
Le bourreau,
Son valet,
L'evesque des Arriens.
Le premier maistre.
Le second maistre,
Le tiers maistre,
Le secrétaire,
Le premier tirant,
Claude Guillier.
DONA.
Pierre Barbier.
Jehan Cheneyey.
Robin Valot.
Martin More.
Jagot Rouberx.
Frère Pierre Caillot.
Frère Jehan Yexanél;
Frère Guenichaut.
Frère Claude.
Frère Guienot de la Fayh.
Pierre Druet.
XII
PRÉFACE.
Le second tirant,
Le tjjers tirant,
Le quart tirant,
Paradis et Enfler.
Sainct Hillaire.
Sainct Martin.
Le chappeliain.
Phillebert Gon.
ESTIENNE PeRAENIN.
Jehan-le-Gueux.
L'abbé.
Le prieur.
Le soub-prieur.
Le moyne chantre.
Le cellerier.
Le cathecumynaire.
Le procureur.
Sainct Sévère.
•
Sainct Galle.
La garde du malade.
« • !
S* ensuit ceulx du mardi après le disner.
Paradis et enfler et toute l'abbaye.
Le bourgois,
La bourgeoise,
Hannequin-le-Hazardeor,
Le doyen de Tours, *
L'official,
L'arcediacre,
Le trésorier.
Le chantre,
Le premier chanoyne et le second,
Le clerc de chapitre, -
Le baillif deTonrs,
Le maire,
Le premier eschevin,
Le second eschevin,
Georges Casote.
Messire Jousse.
Pierre Bellevillb.
Maistre Pierre Perrenin.
Messire Jacques Bossvst.
Messire Pierre Languet.
Messire Pierre Druet.
N Messire Jehan Taconot. •
Messire Pierre Rebillart.
François Loys.
Ghristofle Berthelet,
Jehan Gruyer.
ANTHOYNE GlBAULT.
Pierre Breullin.
PREFACE.
xtir
Le commun de Poitiers,
Le rustaujt de ville,
Jacques Poirresot.
Maistre Pierre Masoybr.
Le premier presbtre payen,
Le second presbtre payen,
Le tiers presbtre payen,
Le larron ressuscité.
Claude du Mond.
Claude Grant Dieu.
Jacques Grusset.
Jehan Allart.
Le prince du terople*an tique,
Le premier Gentil,
Le second Gentil,
Le tiers Gentil,
Le quart Gentil,
Le prestre payen,
Jehan Reullier le jeune.
Le Cordelier.
Jehan Picarot.
Pierre Guillier.
Don a.
Jehan Guillemot.
S 1 ensuit ceulx du mercredi au matin.
Paradis et enffer.
Le premier ydolàtre,
Claude Bouchart.
Le second,
Pierre Jiellier.
Le tiers,
Bastien Droguet.
Le père,
LlÉVART DE MONCOGNYS.
La mère,
MlCHAELIS.
La fille,
Tacot.
La seur,
Le filz Michelin.
Le desmonyacle,
Le Roy Fallot.
Le premier tétradi,
ESTIENNE BOSSUET.
Premier serviteur,
Jehan Thibart.
Le second,
Jehan Barbier.
Le ladre,
Messire Jehan Chevrel.
Le père,
Georges Tasote.
La mère,
Messire Josse. ,
La fille malade des fièvres.
Le Clerc du Bel Hoste*
La femme vesvfe,
Jehan Tasote.
XIV
PREl'ACE.
La seur,
Le nepveu,
La cosine,
L'enflant ressuscité, •
Le premier payen,
Le second)
Le tiers,
Le quart,
L'empereur,
Le premier conseil lier,
Le second,
Le portier,
L'usurier,
Le juge,
Le premier sergent,
Claude la Gente,
Son filz,
Le mort ressuscité,
Sainct Martin.
Sainct Sévère.
Sainct Galle.
Le petit Morandet.
Tehan Falot.
Jehan Manchot.
Chevreli.
Anguerran be Ghoisy.
Le Roy Fallot.
Le serviteur Charm aille.
Jehan Guillemot.
Pierre Loiseleur.
Jehan Buffart.
Jacques Gousset.
Guillaume Carré.
Pierre Goillot.
Gutun Taconot.
Grosber. .
Jehan Picart.
George Fallot.
Messire Jehan Chevrel.
S'ensuit les parsonnaiges dudit mercredi après le disntr.
Paradis et Enfler.
Claude la Gente. •*
Son filz.
L'usurier.
Le juge.
Le premier sergent.
Le second.
Le povre, Messire Jehan Chevrel.
Le fripier, Girardin Coctier.
Tous les chanoynes et tous les moynes.
Sainct Brice.
Le premier disciple S. Martin, Le Cordelier.
Le second disciple, Broutechou.
PREFACE. XV
Il est encore une addition que je désire faire à
l'une des notes de mon premier volume. Cette ad-
dition est d'autant plus importante qu'elle concerne
une tradition peu connue, mais qui n'en a pas moins*
excité , à plusieurs reprises, le zèle des érudits.
A la page 389 de mes notes (t. i Br ), j'ai rapporté un
petit poème qui démontre que laChicheface, dont il est
question dans le Mystère de Sainte Geneviève/ était un
animal fabuleux du genre des loups-garous modernes,
animal qui se nourrissait exclusivement dès femmes
* qui étaient bonnes ; d'où l'on pourrait conclure qu'il
ne devait point faire de fréquents ni de copieux repas.
Il parait que la croyance à cette bête fantastique
n'avait pas toujours été le partagé des simples ou des
mauvais plaisants > et qu'avant d'exister dans l'imagi-
nation satirique des jongleurs, la Chivhefaee avait
fait partie sinon du monde réel, du moins d'un monde
un peu plus matériel que celui de l'intelligence. En ef-
fet, je trouve p. 2 27 d'un excellent volume intitulé :
Description des monuments des différents âges ob-
servés dans le département de la Haute- Païenne, et
dû à mon estimable confrère, M. Allou, membre de la
Société royale des Antiquaires de France, une mention
intéressante de la Chicheface ou Chiche. La voici
dans son intégralité : « Un monument non. inoins cu-
rieux que les précédents (l'auteur vient de parler
de lions sculptés), se voyait autrefois dans une
niche pratiquée sur le mur méridional de l'église
de St-M artial ; il était désigné par le peuple sous le
nom de Chiche^ dont on n'a pas encore donné d'éty-
XVI PREFACE.
mologie raisonnable (i). C'était un bas-relief assez
saillant, d'environ 3 p. de large, sur un peu plus de
hauteur, d'un granit semblable à celui du lion, et d'un
dessin extrêmement grossier. Tout, dans ce monu-
ment , d'ailleurs très-fruste , semblait annoncer une
haute antiquité. Ce bas-relief, respecté jusqu'à l'épo-
que de la révolution, futdéplacé lorsqu'on commença
& démolir l'église de St-Martial ( 1794) ; M. Juge St-
Martin en fit l'acquisition, et le mit dans sa pépinière.
11 fut cédé , en 1804 5 à un particulier , qui l'envoya k
M. Choiseul-Gouffier* Du cabinet de ce savant , il
passa au Musée des Antiquités nationales. On ignore
ce que sera devenue la chiche, après la dispersion des
objets qui composaient ce bel établissement, mais on
doit regretter qu'elle n'ait pas été conservée par la ville
de Limoges, pour qui seule elle avait encore, outre son
mérite particulier, celui d'un monument national.
)) Autant qu'on peut en juger par les dessins que
nous avons sous les yeux , et qui ne sont même pas
tout-à-fait identiques, ce bas-relief, dont l'explication
a donné lieu à une foule d'hypothèses plus ou moins
bizarres, représentait, sous un fronton assez aigu et
orné de quelques moulures , une lionne couchée , et
tenant entre ses pattes plusieurs lionceaux , dont l'un
(1) Nous croyons cependant pouvoir hasarder celle-ci j chichou ,
en patois (Yoy. le dict. de D. Duclou), veut dire le petit d'une
chienne ; n!est-il pas très-probable que cette figure, d 1 uu dessin ex-
trêmement grossier, aura été prise, surtout par le peuple , pour
celle d'une chienne qui allaite ses petits ?
Noie de M. Allou.
PRÉFACE. XVII
paraît, dans quelques dessins, se disposer à la frapper.
Au-dessus de la lionne, une figure d'homme , parfai-
tement de face, et d'un style lourd et incorrect, sem-
ble s'appuyer sur le dos de l'animal, et le presser en-
core du poids de deux grosses boules qui terminent
ses bras (tes mains ne sont pas indiquées dans ces des-
sins). Au bas de ce monument, on lisait autrefois l'in-
scription ci-aprèi, sur une plaque de cuivre, enlevée,
à ce qu'il paraît, vers la fin du xvi e siècle :
Aima leaena duces saevos parit, atque coronat ;
Opprimit hanc natus Waïfér, maleaanus, aluinuam,
Sed pressus gravitate, luit sub pondère pœnas.
» II faut remarquer que , d'après Beaumesnil , une
pierre, placée au-dessous de la Chiche, et qui faisait
partie du mur de l'église, offrait deux boules en relief,
tout-à-fait semblables à celles qui terminaient les bras
de la figure principale.
» Lia plupart des érudits qui ont parlé do ce monu-
ment curieux s'accordent à en reporter l'origine au
temps de Louis-le-Débonnaire, qui, après avoir édifié,
sous le nom de Saint-Sauveur, la basilique dédiée de-
puis à S. Martial, voulut consacrer le soiivenir des
victoires de son aïeul Pépin sur le duc Waïfer. Mais
ici les opinions commencent à diverger d'une manière
sensible; quelques écrivains ont prétendu qu'au-des-
sous de la chiche devait se trouver la sépulture de Waï-
fer, et que ce prince lui-même était représenté par la fi-
gure qui surmonte la lionne, emblème ordinaire de
XVIII PRÉFACE.
l'Aquitaine. On peut expliquer ainsi le second vers
(Opprimit, etc.); mais que signifient alors les lion-
ceaux et le premier vers de la même inscription ? Sui-
vant quelques personnes , il y aurait ici unç double
allégorie, et le duc serait indiqué, à la fois, "par le
lionceau qui se dispose à frapper sa mère, et par la fi*
gure appuyée sur la lionne. L'épithète de sœvos ( on a
lu mal à propos sanos et salvos ) convient d'ailleurs
très-bien, suivant les historiens du temps, au duc
Waïfcr et aux princes de sa famille.
»Le P. St-Amable, toujours occupé de la gloire de
saint Martial et de son église , ne veut voir, dans le
bas-relief dont il s'agit, qu'une allusion au couronne-
ment des ducs d'Aquitaine , dans la basilique de St-
Martial. Suivant lui, la lionne serait cette église même,
en possession de créer et de nourrir des ducs et des
rois (parit atque coronat) et le lionceau qui semble
la menacer représenterait le duc de Waïfer. »
Je terminerai en disant qu'il serait bon qu'on exhu-
mât encore quelques-uns de nos anciens Mystères ;
d'abord parce qu'ils nous montrent à son origine un
art qui est devenu très-influent dans les sociétés mo-
dernes ; ensuite, parce que le théâtre, après nos vieux
fabliaux, est peut-être, parmi les diverses branches de
la littérature du moyen-âge, celle qui est appelée à
nous révéler le plus de traditions locales, à nous don-
ner la clef du plus grand nombre de locutions obscu-
res et d'usages singuliers. -C'est ce qui m'a engagé à
mettre en même temps sous presse un nouveau Re-
cueil de Contes et de Fabliaux des xii, xnr, xivet
PRÉFACE.
XIX
xv« siècles, duquel je travaille depuis long-temps ,
ainsi que deux nouveaux volumes d'essais dramatiques
empruntés cette fois, non plus au xv% mais au xiv e
siècle.
Achille Jubinal.
CY COMMANCE
LA NATIVITÉ
N. S. JHÉSUCRIST.
MKKMi
Ii\ principio creavit Deus celum et terrain, etc.
Benois soit-il qui se tera
Et fera paix pour mieulx oyr
Chose dont tout cuer resjoir
* Se doit qui a entendement.
Sy requerrons dévoctement
Tous et toutes au primerain ,
La mère au Roy souverain ,
C'est Marie plaine de grâce ,
Qu'elle me doint temps et espace
Que tel chose je puisse dire
Qui soit au plaisir nostre Sire,
Et de toute la court des cieulx
Dont à nos âmes soit de mieulx
Et à l'anemy confusion ;
ii. i
2 LA NATIVITE
Sy vous prie que nous en dison
Ainssy com l'angle dit Iy a
En disant : Ave Maria.
In principio , >etc .
En Genesif, ou premier livre ,
Peut véoir tout à délivre
Comment le vray glorieulx Diex
Créa premier et terre et cieulx,
Et sy avoit sy grant povoir
Que seulement par son vouloir
Trestout fut fait à sa devise ,
Sy com nous tesmoygne l'Église :
Ce scevcpt ceulx qui oy l'ont ,
Mandavit et creata sont.
Puis fist le soleil et la lune,
Les planectes , et nomma l'une
Mars et Vénus , l'autre Mercure ,
Et puis sy voult mestra sa cure
A faire oyseaulx , poissons et bestes
Qui vers terre pendent lez testes ,
Et puis du lymon composa
Adam , qu'en Paradis posa ,
Et luy inspira ou corps l'âme;
Quant il dofmoit luy fist sa famé
De sa coste , c'est chose voire.
' Et puis le doulx Roy de gloire
Saigna Adam et le leva ,
Et dist : « Adam, véez-cv Bva ;
DE N. S. JESUS-CHRIST.
(( Pour conpaigne je la te donne
« Et trestout le fruit t'abandonne
« Qui est en Paradis terrestre,
« Et en soiez sires et maistre,
« Fors seulement du fruit de vie
<( Garde bien que n'y touches mie.»
Mais certes Adam tropt mal cassa,
Le commandement Dieu trespassa ,
Car Panemy qui le déçut
Dont à douleur la mors reçut,
Et par ce tout Pumain lignage
Fut mis en doulereulx servaage
En enfer grant pièce de temps
Par l'espasse de .v. .m. ans.
Mais Diex, qui tant est débonnaire ,
Voulut les siens à soy atraire ,
Eslut pour nous salvacion,
En la Vierge prist incarnation
Et demoura et vierge et pure
Oultre le terme de nature ,
Vierge conçeut, vierge enfanta.
La mère qui tel enfant a
Sans corrupeion , sans détresse ,
Enfanta son filz en la cresce ;
Là soubmiàt la déité
En figure d'umilité.
Doulces gens , or ne vous esnuit ;
Ce Dieu plaist , vous verrez ennuit
Au plaisir de la Trinité,
De la hflultc Nativité
i.
hk NATIVITÉ
Du doulz Jhésucrist le mistérc;
Sy requerrons luy et sa mère
Que le puissions si bien entendre
Que en nos cuers veille descendre,
Et qu'eslire puissions la voie
De Paradis , la noble joie
A laquelle nous doint venir
La Trinité qui sans fenir
Fut et est et tousjours sera
Ih sempiternel secula.
Amen.
DIEU LE PÈRE.
Or ay-je fait ; par mon couvant ?
Le ciel sera touzjours mouvant ,
Ne cessera point de tourner
Nuit et jour sanz point séjourner ;
La lune y est et le soleil
Qui donront clarté non pareil ,
Et si fera la nuit fenir
Quant sa clarté devra venir;
Ainssv ay fait la terre ronde
Et la mer sy sera sy monde ?
Et sy ay fait à grant foison
Bestes et oysiaux et poisson.
Or vueil former à mon ymage
Homme qui aura avantage
Par mon plaisir et seignorie
Sur toutes choses qui ont vie,
Pour recovrer de Paradis
Les siégea dont j'ay (jeté) jadis
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 5
Lucifer, par son grant orgueil.
Cy preingne Dieu do limon et face semblant de faire Adam; et Adam
et Eve soient couvert d'un convertour, et Dieu die :
Adam , va sus, que je le vueil ;
Vien-t'en en Paradis terrestre,
Car il y fait bon et bel estre,
Et moult est délitable lieu.
adam , à genous.
À très glorieux puissant Dieu,
Toy doy-je bien regracier
Et de vray cuer mercy prier,
Bien pert que tu ez mes amis
Quant en ce biau lieu tu m'a mis
Où est la joie sanz finer.
Un poy me vueil sy acliner
Et repos prendre,
Cy face semblant de dormir de costé Eve.
DIEU.
Puisqu'Adam dort, je vueil entendre :
Une famé je luy vueil faire
De ce costé et lui a traire,
Et partant sera sa pareille.
Or sus, Adam, sy te ra veille.
Dieu preingne Adam et Eve par la main et die :
Eve ta conpaigne sera,
En touz lieux son povoir fera
De toy servir et honnorer.
Vous avez cy biau demourer ,
Multiplicamini , crescite 7
LA NATIVITÉ
Et ne souffrez nécessité
De touz les fruiz que vous véez ,
Ajez cèstuy-cy vous est devéez ;
De touz les autres povez prendre,
Mes cestuy-cy vous vueil deffendre.
S'en mengiez grant mal en vendra :
Touz li mondes l'achètera.
Je m'en voiz, ycy demourez.
ADAM.
Sire , tu soiez aourez
Quant tu m'as faite ceste famine.
Je la garderay sanz diffamme ,
Sans contredire.
EVE.
Je te regracie , trez vraiz Sire ,
Tout-puissant Dieu glorieux,
Qui tant es grans et vertueux
Que par ta volenté pure
Tu nous a crée à ta figure.
Certaine suy et sy say bien
De vray que nous n'estion rien.
A touzjours mais vous serviray.
ADAM.
Eve, m'a mie, je te diray
Je vueil de tout mon cuer entendre
À Inoy bien garder de mesprendre
Et tenir vraye obédiance.
EVE.
J'eusse volen tiers cognoissance ,
Ne say se l'avez entendu,
DE N. S. JÉSUS-CflRIST.
Pourquoy a ce fruit deflendu;
Mez trop volentiers en mengasse,
Soiez-en, certain, ce j'osasse,
Ne say qu'en die.
ADAM. "
Eve, doulce seur et amie,
# Je ne say pas certainement
Pourquoy il l'a fait ne comment ,
Mais à tout ce j'obairay.
EVE.
Et moy aussy je le feray ;
Mez moult volentiers en mengasse
Pour certain , se je ne cuidasse
Faire offence.
Soit .1. diable de costé l'arbre et face semblant de tempter Eve
BELGIBUS.
Le Maistre si a fait deffence
Par trop grant mauvestié à l'omme
Qui ne mengusse de la pomme.
Sy savoit du fruit la puissance
Il en mengeroit sanz doubtence;
Sy tost que mengié en aroit
Tout autant comme Dieu saroit
De toutes choses bien et mal ;
A son màistre seroit ygal ,
Et le povre homme pas ne pence
Por quoy li a fiait la deffence;
Et sy en penroit sanz dengiçr
Se il vouloit assez mengier,
8 LA NATIVITÉ
Et seroit tout mal et tout bien :
Sy n'en verrait le Mestre rien
Qui cy l'a mis.
EVE.
Adam , chier compains et amis,
Pour certain te fais assavoir
Que tu ne puez science avoir
Ne à grant digneté venir
Se tu te veuls ainssy tenir
De ce fruit mengier, bien le say.
Mengus-en, je ferai l'essay
Et je t'en prie.
ADAM.
Eve, je ne le feray mie :
Au fruit la main jà ne mestray,
Mez de mon povoir j'entendray
A garder le commandement.
Décevoir me vuels laidement
Se te vueîl croire.
EVE.
Je te dy, pour parole voire ,
N'as garde que je te déçoive ,
Ne aussy que Diex s'aperçoive
Se toy et moy nous en mengions.
ADAM.
Eve, forment nous mesprendrions
Se, contre le plaisir de Dieu,
En mengions, certain en sieu.
A tart seroit le repentir.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 9
EVE.
Adam, je vous dy, sanz mentir,
Que grant profit nous en vendra.
Plain de science vous rendra ;
Je vous prie , or essaiez.
Adam prengne la pomme et morde et se prenne parmy la gorge
- et die :
Ha hay! je suy mal avoiez:
Ce morcel ne puis avaler.
Las doulereux! qu'il est amer!
En la gorge la mort me tient.
Hélas! trop à tart me souvient
De la parole que me dist
Nostre Seigneur quant il fist
À poy que de couroux n 'étirage.
Las, dont m'est avenu se courage !
J'ay offencé h mon Seigneur,
Sy en moray à grant langueur.
En enfer est ma place cslitc,
Autrement n'en puis estre quite;
Aler me fault à dampnement.
Desnué suis de vestement ;
Mon méfiait puet bien aparoir.
Hélas! devant luy comparoir
N'oserai-ge : las! que feray?
Quelle responsse ly diray ?
Excusacion riens n'y vault.
En grant langueur morir me fault.
Eve, tu m'as forment deçeu ;
Je,m'cn suis trop tart apperçeu ;
lO LÀ NATIVITÉ
De ce péchié forment me double
Et ma postérité trestoute;
Assez puis gémir et plourer,
En enfer me fault demourer
Par mon méfiait.
DIEU.
Adam, Adam, et qu'as-tu fait ?
Dont t'est venu le hardement
D'avoir péchié sy laidement
Ou péchié d'inobédience ?
Souffrir t'en convendra pénence.
Tant que en ce siècle seras
En douleur ton corps useras
Quant mez commenz as trespassez.
.v. .m. ans sy seront passez,
Et le tien pour chose certaine,
Ains que tu soiez hors de paine.
En terre ta vie quesras ;
Ta faute clèrement verras.
Or t'en va hors de Paradis.
ADAM.
Ha: mon Seigneur, j'ay trop mespris
Vers vous, aiez de moy mercy.
Saint Michel tiengne une espée ardant et boute Adam et Eve hors
de Paradis et die :
Avant, avant, va-t-an de cy !
Tu n'ez plus digne de cy estre;
Fuy tost de devant ton mestre
Puisque tu es trouvé sy fauls,
Sy traites, sy desloyaulx,
DE N. S. JESUS-CHRIST. I I
i ■ ■ ■ ' ' ' ■ — ■■
Que son commeos n'as retenu.
Malement t'est desavenu
De courroucier ton 'Creatour.
Va-t-an ! en terre de labour
De tes mains te faudra ouvrer
Se ta vie vuels recouvrer.
Touz ceulx qui après toy vendront
Par ton grant méfiait se tendront
De Paradis déshérité.
ADAM.
J'ay fait trop grant iniquité,
Je le cognois bien, monseigneur,
L'an ne pourroit faire greigneur.
Et quant ne povons plus cy estre,
Or nous enseignés très chicr mestre
Que nous ferons.
DIEU.
Moult avez eu lez cuers félons
Quant ^inssy'avez désobay;
Trop malement vous meschay.
Sy tost qu'au fruit la main tandis,
Te souvicnt-il que je te dis :
Tu désobays, tout en l'eure
En enfer en feras demeure ;
Puis .k homs en la croiz mourra.
Autrement estre ne pourra ;
Et par sa mort l'umain lignage
Sera osté de grief servage.
Or prens à .11. mains une bescbe
Et Ja terre fouiz et bescbe,
12 LA NATIVITE
Et te vest de robe de honte.
Ton péchié tout autre surmonte :
Tu peuz assez gémir et plourer.
ADAM.
En terre me fault labourer
Sanz plus a tendre.
Gy preigne une besche et laboure.
EVE.
Il me convient aussy entendre
Sanz delay à faire besoigne,
Et filler tantost ma queloigne
Pour faire draps et cravechiez,
Nappes, touailles et orei liiez.
Faire le fault quant le convient,
Car tel ovraige m'apartient.
Cy parlent les .11. prophètes.
AMOS.
Hélie, entendez, amiz :
t 'ay en mon cuer jà pieçà mis
Une merveille que vous diray.
Vous savez bien, et c'est tout vray,
Et hoc scio ita esse ,
De la ligniée de Jessé,
Une vierge sy doit issir;
Et celle vierge doit flourir,
Et après tel fruit portera
Qui le peuple confortera î
C'est l'atendue de nos pères.
HËL1E.
Amos, vos parolles sont clères,
2
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 10
Et sy est trèz bien limité
En une autre auctorité
Ly ceptres royal de Judée;
Nullement ne sera faussée.
Cilz qui est l'expectation ,
Du peuple et la rédempcion,
Et erraument que il naistra
Toute Judée périra ;
Pour ce devons nous tous veillier
Et contre luy appareillier.
Bien say que de nuit il naistra,
Mez je ne say quant ce sera,
Et pour ce veullier nous convient.
AK10S.
Je cognois bien que de prez vient,
Et le povons trop bien savoir;
Escript est, je le dy pour voir,
Et est senefié de pieçà.
Vée cy le sire qui vient ça
Et tous les sains avec luy.
Et celluy jour trestout par luy
Sera grant lumière partout.
Autre chose n'a que je dout
Le roy Sérar en son palais 9
Qui moult bel et nommié lais
Sy a pardedans un ymage
Qui au cuer ly fera grant rage,
Car par dessure il est escript :
* Il n'est nulz qui le deffeist.
Cest ymage trébuchera
l4 tA NATIVITÉ
Quant Vierge mère enfantera ,
Et ainssy savoir le povons.
HÉL1E.
Ne say point se nous le verrons :
A lentement de la Vierge
L'estoille plus clère que cierge
Sy luira droitement à l'eure
Que l'enfant naistra sanz demeure.
Balaam sy le prophétiza
Lors que son asnesse parla,
Que de Jacob estoille ystroit
Qui grant clarté demostreroit.
Vers les parties d'Orient
En sera l'aparissement
Pour vérité.
AMOS.
Hélie, suz l'auctorité
Devons entendre Sébile
Qui fut royne moult nobile,
Et dist q'uns naistroit de famme ,
Sanz corruption, sans diffame,
Lequel Dieu et homme serott ,
Mort et passion souffreroit
En un fust dont l'en feroit croiz
Pour nous racheter des destroîz
D'enfer, où trestout noz sains pères
Sont qui souffrent paines amères.
Pour tant je vous* lou et conseille
Que entre nous faisons la veille,
Sur nous soit, non pas sur le peuple
DE N. S. JÉSDS-CHRÏST. . i5
Que l'en doit bien tenir avueugle.
Point n'entendent les escriptures
Qui leur semblent pesant et dures
Et ne les veulent escouter.
hélie. *
Amos, il nous fault rapourter
Auls escriptures et les entendre
Que nous povons moult bien comprendre :
.1. filz en Bethléem naistra
Qui d'enfer nous délivrera
Où noz pères sont maintenant.
AMOS.
Hélie, je dy certainement
Ainssy est-il; sy est. merveille,
Oncques mez ne fust la pareille ,
Que Vierge sy doie enfanter ;
Mais il nous en fàult raporter ,
Soiez-en certain, à la letre.
HÉLIE.
Amos, sanz ajouster ne mestre,
Je croy moult bien les escriptures
Qup aucuns trouvent pour obscures
Qui en parolent proprement;
Sy en loons Dieu haultement
•En luy regraciant, par sa grâce,
Que il nous doint temps et espace
De le véoir se ce puet eétre
Comme vray Dieu et roy celestre.
.«r
l6 t LA NATIVITÉ
fi.
Cy parlé Adam qui veult trespasser.
ADAM.
Mon Dieu , mon père, mon Seigneur ,
Moult me fistes trèz grant honneur <
Quant de tprre vous me formantes
Et en Paradis me posastes :
Bien le doy avoir en mémoire.
Pleust à vous que g'i feiisse encore !
Se vos commens eusse tenu
Il ne m'en feut pas mal avenu.
Mon créatour , je fiz grant tort ;
Jamez nul jour ne feusse mort.
Or voy bien que par mon défaut
Assez briefment morir me fault ,
Et aussy touz autres moront.
De mort eschaper ne poront,
Et quant ceste présente vie
Sera trespassée et fenie,
S'âme droit en enfer yra ,
Dont jamez ne se partira
Se de nous ne vous prent pitié.
Sy vous requier en charité,
Doulz roys de pais et de concorde,
De doulceur , de miséricorde ,
Qu'au jour de mon trespassement
Vous m'envoiez arousement
De l'uile du saint Paradis.
Mon corps est forment maladis ,
Mèz de l'âme tropt plus m'esmay.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST.
DIEU.
Adam , amis , entens à moy :
En enfer peine souffreras,
En la fin arousez setas
Du sanc qui me sera osté
Des pies, des mains et du costé.
Mez moult m'as fait le cuer dolent
Quen faussas mon commandement.
Reçois la mort en pacience,
Car par moy auras délivrance
Quant .v. .m. ans seront passez;
Va-t-an , je t'en ay dit assez ,
Plus n'en veuil dire.
adàm.
O trez-puissant gloriex sire ,
M'âme et mon corps je te commant.
Cy se voise Adam coucher sur une couverture , et en alant die;
Cep , mon enfant , isnellement
Va-t-an en paradis bon erre
Pour Dieu prier et requerre
De trez-bon cuer piteusement
Qui m'envoit l'ennoliement
De l'uille de miséricorde ,
Car Belgibuz tient jà la corde
Pour moy fort lier et estraindre :
Je ne puis plus icy remaindre;
X)r y va toust et je t'en prie.
CEP , fllz Adam.
Mon cher père , sanz point destrie
Iray tantost voz plaisir faire.
II. -2
l8 LA NATIVITÉ.
Pas ne doy aler au contraire,
Mez aiez en Dieu bonne espérance,
Bonne foy et bonne fiante
Que certes Dieu vous confortera ,
En touz vos maulz vous aidera.
De vostreesnuy certainement
Suis courrouciez moult malement ;
Ne say qu'en dote devenir.
Je m'en vois pour tost revenir.
Cy s'en va à Dieu en Paradis , et die :
Gloriex Diex puissant et fin ,
Sanz commancement et sanz fin ,
Roy sur touz rois , vrais droiturier ,
À mains jointes je te requiër
Par ta douleur et amistié
Que dp mon père aiez pitié ,
Car il est au lit de la mort.
Quant au* monde est délivre mort
Pour le mors qui fist en la pomme ,
Or vous requier trez-humblement ,
Donnez-ly l'enolierbent
De l'uille de miséricorde ,
Par quoy il ait pais et accorde
Que ans voetres avez promis.
DISC.
Raphaël , entôns çà > doule amiz :
Véez cy Cep, qui est filz Adam ,
Par qui je souffrère dur aham ,
Qui me requiert piteusement
Pour son père enouliement êi
\
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 19
De l'uile de miséricorde
Dont paisse avoir pais et concorde.
À Cep l'enfant tu t'en yras
Et de pan moy, tu li diras
Quant son père sera feniz
Et il sera en terne mis,
Que tantost de planter s'avence
Dessus sa fosse ceste branche.
Ge rain tant montepliera
Que une crois* faicte en sera
Où la vie recovrèia mort
Qui aus âmes donra confort :
Or ly va dire.
RA.HBAEL.:
Il est bien raison , toez^doulz sire ,
Que je soie prest; d'obéir,
. De faire tout vôstre plaiâir.
Cy voise Raphaël à Cep et ly baille la branche , et die :
Cep, beauê amis, entons à moy : '
Dieu le père m'envoie à toy
Et par moy t'envoie ce rain;
Qui est du pommier, pour certain,
Dont ton pêne meoga la pommé.
Va-t-an de cy, congte te donne y, »
Et quant ton père sera mors ,
Dedans sa fosse, suz son corps
Le planteras, Diçu le commande.
A présent phis né li demende ,
Car de lùy plus n'enporteras.
2.
20 LA NATIVITÉ
CEP.
Puisqu'autre conseil ne me donras,
Je ne me dois pas retarder
D'aler mon doulz père garder.
Quant vendra au deffînement
Je feray le commandement
De nostre sire, c'est raison.
belgibuz, premier déable.
Adam, venez en noz maison
Ou premier estage d'enfer.
Avec noz maistre Lucifer
Serez servy et honnouré ;
Maiz vous avez trop demouré i
Dites à Dieu qu'il vous sequeure.
ADAM.
Va-t-an , Sathan , plus noir que meure ;
J'ay paour de ta compaignie.
BELGIBUZ.
Ainssy ne m'eschaperas mie ,
Vous vendroiz en nostre maison.
ADAM.
A 1er m'y fault contre raison ,
Mez encore le jour vendra
Que à Dieu de moy souvendra ,
Et je le croy certainement.
CEP.
Hé! haultsire du firmament,
Qui toutez chosez composas
En .vi. jours, puis te reposas
Le .vu. jour à deslivre,
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. ai
(Se met Genesis en son livre) ,
Aicz pitié d'Adam , mon père *
Et de Eve ma lasse mère
Dont je doy faire marrement , . .
Qui tant de paine et de tourment
Ont en enfer, et nuit et. jour , .
Sanz repos prendre et sanz séjour.
Suz eulz la branche' planteray
Et aprez oroison feray
Dont il leur puist estre de miex .
Gy plante la brandie , et à genous die :
Nostre Père , qui es es ciex ,
Ton non sy soit sain te fiez
Ton royaume aviegne , sire Diex ;
Ton vouloir saint et ardefîëz
Soit fait en la terre et es ciex.
Nostre pain chascun jour nous donnez ,
Touz noz péchiez nouveaux et viex
Tout en la forme nous pardonnez
Gomme nous pardonnons , et miex
Qui mal nous ont fait et triboulez.
Ne seuffre que temptacion
Ne nous surmonte n'enviex
Mais à nostre salvacion •
Nous veulle estre graciex
Et de noz péchiez rémission .
àbam , eA enfer , die :
Vray Dieu , veulle nous secourir !
(Gy ne faisons que lengourir)
Et nous délivre de cest tourment
22 LA W ATI VITE
Que souffrons sy crueusement .
Hé ! glorieux pères, roys Jhésus ,
Se par ioy ne sommes secourt»
Touz sommes à perdition
Parce que fis transgression
Du commandement nostre Sire.
Eve tme fist le niai eslire ,
Le bren.taissier.
EVE.
Je vous fis à péchié plaiseier ,
Ce poise may , je m'en repen;
Je ne cuidoie pas le aham
Jamais ne pourroie recovrer.
L'anemy me fist mal ovrer.
Trestout est avenu par moy ,
Et le tourment et Pennoy ;
Que nouz et touz ceulz souflreroat
Qui de nostre ligniée ystrpnt*
Vrays Dieus, dpnnez-nous aligence,
YSAÏfi , premier propMte.
Dieux qui sur touz as la puissance ,
Secours-nous, Sire, sy te plais t;
Tourment nous font) dçqt nouz ^esplaist,
Les anemiz qui ycy sont;
D'aligement point ne nous font.
De nous mal. faire tuit se paillent
Et de ce faire joie mainent.
Sy voujz prions, doulz roys de gloire,,
Veu liiez nouz avoir en mémoire p
Car nouz sommes en grant misère. ,
DE N. 9, JÉSUS-CHRIST. jï3
Moult «st fcertea grant -le mtefcère . . j
De toy, DîâULiCt ftoy^de tout le ntondb;
En paîne sommefitqui surabonde.
Sy ne me pourroie [tapie i .. .
De formçot pUindrç ^t gémir . !
De ia paioie qu$ floue sentons. ..
Et lonc temps prophétisié avons
Que tu dévoies & jus descendre:
Char et sanc en la Vierge prendre,
Pour nous oster de cest martire.
Ha! vfaisjhésus et vrais sires!, \ :;
Par tamoseuse amistié, , ; , ..•>'».
Aiez, sy te plaist, de. nous pitié,
Et nous met hors, de cest tourweoi .
Que tant «soutirons certainement*
Puisque tu dois, .venir en lerre*, -<. ,
Pour nous osterde ceste >giuerre ,
Vien bien toat, sy nouaen détwras*).
»
■ ■ »
Vrais Dieux /bien trowvasmes en>it*& livres
Qu'encoire se rioi*-tnDuaof achète.) ! r
Monstre-nows ta granteharirité <>,; ;»
Que tuiiouft ,fi8ift to« ( ymage ^ , >. : -
Car nous met hors de œstsenrageu
Sébifevjbiemle parophétûa . . .,,
Et expressément devisa, ( >
Sy comme est escript fi» son livre ,
Que nous devons estra délivra* -
24 L * NATIVITÉ
Par l'enfant qui vendra sur terre
Pour nou* oster de ccste guerre
Et où sommes en prisonnées.
BELGIBUZ.
Harou , je suis tout forsonnez.
Bellias, coinpains, os- tu point
Comme celuy-là se comptai nt-
Ii dicnt qu'il eschaperont
Lonc temps approphétizié l'ont.
Encoure seront racheté
Et pour ce ont tant quaqueté.
Et rempliront lez liex des ciex
Dez quiex nous fist trabucher Diex.
J'en ay en mon cuer grant envie*
BELLIAS.
Encoire, ne nous eschapent-il mie,
Se seroit trop estrange guise.
Se sy ôrde chose estoit assise
Sur lez ciéges scélestiens.
Comme ly homs est terriens
Qui sont fait de limon , de boe ,
A Dieu en feroie la moe.
Sy remplissoit son Paradis
Où nous fûmes assis jadis.
Fais nous avoit par son plaisir •
Pour luy obair et servir.
Chascun de nous plus cler estoit,
Plus cler que le soleil ne soit,
Et nostre mestre Lucifer o
C'estoit de nous .ix. (bis plus cler
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. q5
^ i ■ i - t rr i — trm n — ■ 1 i~mm^— -ri — rr n^i — htt i i ■ i i
Par orgueil et entencion
De mettre siège en aquillon ,
Et estre semblables à Dieu.
Sy consentismes touz ce lieu f
Et pour ce Dieu le trabucha.
Ou font d'abisme l'aficha
Et nous aussi qui l'ensuismes ,
Car à luy nous mefféismes.
C'en trabucha .ix. légions
Qui de sa partie estions
Lucifer , qui sy trez-cler feu , '
Est nommé menistre de feu,
Et tuit sommes sy compaignon.
Commission avons et renon «
De Dieu qui est nos souverains
Et qui tout tient à sez .11. mains >
De tempter toute créature,
L'un d'orgueil > l'autre de luxure r
De convoitise, de désespoir;
Sur seulz nous a donné povoir
De lez mener en noz prisons
Dont jà n'auront rédempcion .
Lucifer ne fist qu'un péchié
Dont il fut sy mal atechié.
Comment cuident.donc cilz seoir
Et noz nobles ciéges ravoir .
Qui bien en font nulle le jour,
Et riens; ne cresment leur Soignour?
Enclins, sont à leur pourriture.
Je cuide que Dieux n'en ait cure
36 LA NATIVHË
D'eulx avoir eirra'cftmpingrrie. < *
N'a que foiré de tel mesnie.
A nous ne ferait pas raison
Sy lez mestoit en\sa maison ':
Regarde , compairig, se il ptretestre.
BELGIBVZ.
Ha, Béliasl Dieu nostrç iwestre
Est plains de granit cruauté ;
. Point ne nouslera loiâuté,
Et pour nous faite plus de despit '
Donra à ceste gent respit.
Et afin que 'pins noua esnoie ,
Leur donra la parfette joie; • ï
Et pieçà Font dit ctfz prophète
Qui en Orttjk grant joie tkife $
Qui où limbe d'enfer se sftehtK '■ r '
De mal talent fbr men t ntfUB héent <
Et diettt'<*fue tfieiM descendra 1 ■ ■ ? ",
En une vierge et dhar prendra. '> ■■■
Qui disposa avattt<que nous,
Et veul bien que >ce sachiez vous, >
Que saiift Jehan-, qui est conçeu , "
Sy sera devait Dieu léù
Et s'en entrera es desers.
Il est &ains, né puet estre sers. :
A péchié, en enfer vendra )<
Pas longuement n'y detnourra
Car âprez lui vendra son meistre !
Qui despoullera tout nostre estre ,
Et ceulx qtai se sont cdntettli
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 27
Contre péchié et offendu ,
Et qui à leur povorr I^ont servy.
BÉLIAS.
Nous a dottc ï)ieu sy asepvy
Pour le propos que consentîmes.
BELGIBUZ.
Oil , car trop nous mefféismes :
Abatre votions sa grandeur.
BÉLIAS.
Usuriers et termineurs ,
Désespérans envieux
Et lez remplis de convoitise,
Ceulz que hixure'atft éft atise ,
Et cez fauz glout0n& rechiniez,
Ne lez aVon$-nôUs pas gaignez?
Puis qui meurent sanfc repentance ,
Sanz avoir de Pieu côgnoissance y
Ne lez justicerons-nous mie?
BELGIBUZ.
Adez seront de nozmèsnie;
Ardant ou plus graût feu d'enfer
Avec noz mèstre Ludfer
Nous lez mettrons treslouscensemble.
bélias. « f
Compaing, c'est bien cfe me Semblé :
Nous leur ferons assez téurmerit, *
} Y&AÏE. :
O trez doulz rttyfc du firmament ,
Aide-nous par ton ptàisir ,
Car il nous fault ycy gésir
2 8 LA NATIVITE
En grant tourment et à mhrtire.
Il n'a langue qui lé peut dire.
Vien bien tost, sy nous boute hors ;
Vrais Dieu! qui es misérieors
Et tout gouvernes par ta main ,
Et qui partout es souverain
Hault et bas tout h la raonde ,
De ceste paine qui sur ha bonde
Nous vueille bien tost délivrés
Qu'à grant honte sommes livrés.
DIEU.
Michiel, entens que je veull dire :
De ce ne me fay contredire.
Je te fiz tel pour moy servir,
Pour tant doiz faire mon plaisir:
Quant le monde je composay
Je fis .1. homme et le posa y
En mon paradis de délices ,
Mais il fut outrageux et nices
Et manga du fruit devée
Dont il fu trop mal avée,
En enfer est à grant doulour.
Or t'en va, sanz faire séjour.
En Nazareth , et de par moy
Dy à l'évesque de la loy
Que je ly mande que il marie
La fille Joachin sanz détrie,
Et face devant luy venir
Et à c ha se un face tenir
. i . baston tout à descouvert
DE .N. S. JÉSUS-CHRIST.
3 9
Qui soit tout blanc et non pas vert.
Cilz en quel main il florira
Marie au cler vis aura.
Et sera fait le mariage
En gardant la loy et l'usage :
Âinssy le vueil et sy doit estre.
MICHIEL.
Dieu tout-puissant et Roy cèles tre,
Je y vois tantost appertement
Sanz point faire d'arestement.
l'emperière césar.
Je vueil aler sacrefier.
Touzjours doit l'en satiffier
Et visiter trestous mez Dieux >
Et lez nouveaux fais et lez viex.
Maistre Sartan, se estes sage
Vous vendrez aourer l'ymage
De Jupiter avecque nouz.
S ART AN.
Sire, g'iray avecque vous
Puisqu'il vous plaist que enssy est.
Jupiter acomplir vous iaist
Tout ce que vous ly requerrez!
césar.
Maistre Sartan , tantost verrez.
Regardez-moy celle escripture
Qui est en ceste pierre dure
Dessus Jupiter le grant Dieu
Qui lez a mises en ce lieu.
Or lez lisiez; je vueil savoir
3o LA NATIVITÉ
Pour certain [ qui 1 y pott a vom'
Je croy qu'il veuk mïraclei feice y
Ou aucun Dieu ly eafe contraire ,
De quoy c'est apporceu.
SAIT AN.
Jamais nul jour je n 'aroie leu /
Tout pour certain œsteescripture.
Sy metez ailleurs vostne cure
Car ce n'est chose qqi voua touche.
CÉSAR.
Vous lez lisez de vostne bouche.
Ou le chîef tranchier vous fera y.
SAAX4N.
Sire , volentîeps lez liray
Avant que j'aie tel domage.
Il est escript dessus l'image
En latin, (quant bien l'entendrez,
Pour deceu bien vous tendrez : )
Dàm virgo mater pariet
Istajrmago corvuet.
C'est oe qu'il H a. beau doue sire.
CÉSAR.
Sartan , il lez vous convient lire
Et lez exposer en routant.
SARTAN.
Je obairay à voua comment;
Mon entente y vueil bien mètre.
Or entendez que dit la letre :
« Quant vierge mère enfantera ,
« Cest ymage trabuchera* »
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 3l
Autrement ne les aay espondre.
CÉS\*.
Faites ont esté pouf confopdre
Nostre loy et mesure audessoubz.
Mettons-nous tous .11. à genouz;
Sy faisons à noz Diex prières.
Qui soient saines et entières
Par quoy il la puissent deffendne.
SARTAN.
En cela vueil-je bieaeotendce
De lez prier; faire.le doy.
 genous me mettray cy encoy.
S/UHT MICHJLKL.
Évesque , entons ma parole
Et ne la tiens pas à favole :
N'aiez doubte, mais fay grant joie.
.1. angle suis .que Diex t'envoie:
De par luy t'aperte message ; *
Obéis, cy feras. que sage,
Au mandement de Nostre Sire*
Je te vien anuncier et dire
Que Diex sy te mande par moy
Que selonc l 'estât et la loy,
Lequel tu doiz assez savoir ,
Tu faces .1. many avoir ,
A Marie , fille Joacbin ,
Qui a cuer noble et fin ,
Et par elleccion la marie
Et face toat.sanz mal dettûe ;
Sy te diray que tu .feras :
3a LA NATIVITÉ
Touz les bacheliers manderas
Et chascun une verge tendra
Sanz escorce ; ce t'aprendra ,
Celuy te fera asavoir
Qui Marie devra avoir;
Et quant verras la verge sèche
En la main florin, là t'adresche ;
Soit jeune ou viex , tout en présent
De Marie ly fay présent
Et lez espouse sanz délay.
l'evesque.
Au plaisir de Dieu je feray
De ceste chose mon devoir ,
Car je say trestout de voir
Que Marie est prédestinée ,
Saintefîée avant que née,
Et Dieu pour luy la veult garder.
Or ne vueil-je plus retarder:
Marie convient aler querre ,
Et lez homes de ceste terre
Qui sont de Marie habile.
Crier feray en ceste ville
Et publier tout maintenant
Que chascun viegne à moy tenant
La verge pelée en son poing.
Légier , va crier prez et loing
Que chascun viengne sanz délay
Devers l'evesque delà loy,
Et que chascun en sa main porte
Verge pelée, sèche et morte.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 33
Et aussy va dire à Marie ,
Fil le Joachin , Dieu amie,
En lu y faisant commandement
Qu'elle viengne an mendement ;
Or t'avence de retourner.
LÉGIER , mesagieiv
Je n'ay talant de séjourner;
Se Dieu me puisse secourir
Je ne sesseray de courir,
Et sanz arrester en nul lieu
Au chemin me met de par t>ieu .
C^SAii , emperière.
Jupiter , Dieu trez-souverain ,
Qui tout faites par vostre main ,
Celui qui vous forga et fist
A vous forgier grant cure mist,
Afin que fussiez bien polie,
Belle sur toutes et jolie.
Or estes-vous le plus beau diex
Conques je veiase à mes .it. yex.
Faire vous feis du plus fin or
Qu'en pot trouver en mon trésor.
Sire, par vostre grant puissance,
Gardez-moy mon corps de meschance,
Car bien en avez le povoir.
.G. mille mars de mon avoir
Donray pour voua faire essaucier.
Veuillez nostre loy surhaucier;
Mains jointes le vien requérir.
H. 3
34 LA NATIVITÉ
S ART AN.
Jupiter, qui tost secourir
Povez, car me faites secours.
Maintenant, pour honneur de vous,
Veul-je mettre toute ma cure
A deffacier ceste escripture.
Gy face semblant de deffacier, et die, en soy désespérant :
Et qui pot faire tel ouvrage ?
A pou que de despit n'enrage
Quant ces lettres ne puis despecier ,
Ne planier, ne lez effacier;
Ne say comment lez puisse deffaire.
CÉSAR.
Ça y voz coustel , lessiez-moy faire;
Certes, je lez despeceray,
Ne jà letre n'y lesseray.
Jupiter, de vous ay grant yre
Quant ne puis cez letres destruire :
S'en suis courrouciez malement. '
LÉGIER, messagier,
J'ay tant erré certainement
Que je suis venuz de bonne heure
Ou lieu où Marie demeure
Qui tant est débonnaire et sage.
Je ly vueil dire mon mesage :
Marie, Dieu sy vous doint joie.
Nostre évesque à vous m'envoie
Qui vous (ait . i . commendement
Que vous ne lessiez nullement "» '
Que tantost à luy ne soiez ;
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 35
Pour ce suy à vous envoiez.
Adieu, je m'en vois autre part.
NOSTRE-DAME.
Alez donc à Dieu qui vous gart
Et vous deffende de contraire.
Vers l'évesque je me vueil traire;
La longue attente riens n'y vault.
Cy voise-à l'évesque et die :
Sire, qui tout puet vous saut
Et veulle croître vostre honnour!
l'évesque.
Marie, Dieu vous doint benoist jour !
Entendez cy, ma doulce amie :
Dieu vuelt que je vous marie ;
Il ne vous doit mie desplaire, . j
NOSTRE-DAME.
Sire, je suis preste de faire
Le doulz commendement de Dieu
Que c'est raison en touz lieu ;
A luy touzjours obairay.
LE MES AG 1ER.
Pour certain plus avant n'iray.
Je ne me veul plus détrier ;
En ce quarrefour veul crier
Le commendement de mon sire.
Or entendez que je veul dire :
Le grant évesque de la loy
A tous et à chascun par soy
Vous mande par letre patente
Que devant luy, sanz faire a tente,
3,
36 LA NATIVITÉ
Soiez au temple à droite heure ;
Ne viel ne joene n'y demeure
Qui n'ait une verge en sa main .
L'évesque sy fera demain
Au plaisir de Dieu mariage
De Marie, qui tant est sage,
Fille Joachin le séné ,
Car ainssy l'a Diex ordené ;
Or y soiez sanz point de faulte.
LE PREMIER BACHELER.
J'ay oy crier nouvelle haulte ,
Meillour n'oy crier nul temps.
Par ma foy pas ne m'y atens
Que la pucelle doie avoir ,
Mais toustevoies g'iray savoir
Qu'il en sera.
LE SECOND BACHELER.
Ne say que l'évesque fera .
Diex ly envoit bon mariage ;
Elle est belle, courtoise et sage
Sur toutez autres à merveille ;
Je ne viz oncques sa pareille ,
Et sy est de bon parenté.
LE TIERS BACHELER.
Qu'en fust-il à ma volenté ;
Certez à qui qu'il en despleust
Autre que moy pas ne l'eust,
N'est pucelle qui la resemble.
Alons-nous-en trestous ensamble ,
Sy orrons l'évesque parler.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. S 9 ]
JOSEPH.
Avec lez autrez vueil aler
Au temple regarder l'afaire
Du mariage que doit faire
Nostre évesque de la pucelle
Qui tant est gracieuse et belle ;
G'iray bellement sanz courir.
Se Diex me puisse secourir
Au temple montera y à paine.
le mbsàgier.
Mon chier Seigneur, je vous amaine
Tant de gens et gro2 et monuz;
>
Trestous sont volentiers venuz
A vous quant mandé lez avez.
l'évesqDe.
Ça, beaus seigneurs, vous ne savez
Pourquoy vous ay envoie querre
Et asamblez en ceste terre/
Pour ce le vous vueil faire entendre
Marie me faut sanz attendre
Marier par ceste ordonnance.
Que vous, qui estez en présence,
Prengne une verge sanz verdure ,
Et priez Dieu d'entente pure :
En quelle main elle florira ,
Soit jeune ou viez, Marie ara,
S'en est la somme.
JOSEPH.
Onque mais mil jour sy fol homme
Ne fut, ce croy , comme je suy , *
38 LA. NATFVÏTÉ
De comparoir en ce lieu-cy
Avec ceulz qui sont cy vénuz.
Touz sont jeunes, je suis chenuz ;
De moy se devraient bien moquier
Et moy appeller dam Riquier :
Honteux suy d'y estre venu.
LE M ES AG 1ER.
Regardez ce villain chenu :
Tout pour certain l'en luy donra
Marie, qui miex ne pourra ;
Il en puet bien estre asseur :
.xx. ans a qu'il est tout meur
Et qui commança à florir.
Il atent trop à soy mourir,
C'est grant domaige.
l'êvesque.
Compaing, tu ne dis pas que saige :
De Pomme ancien escharnir,
Nul bien ne t'en pourrait venir.
Or ça, seigneurs, sanz plus a tendre,
Ghascun veuille sa verge prendre
En faisant à Dieu oroison.
TOUZ ENS AMBLE.
Volentiers, sire, le feron.
Que Dieu nous puisse secourir !
LE MESAGIER.
Se ceste verge puet flourir
Où il n'a de verdure point,
Mariez serez bien à point,
L'êvesque sy le vous octroie.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 3g
Mcz n'en estes pas à .11. dote
Que la pucelle à vous atouche ;
Vous n'avez mais dens en la bouche :
Elle arait beau rtiary en vous \
l'évesque.
Mettons-nous trestous à genous
Et requérons dévotement
Dieu, qui créa le firmament,
Sy luy plaist nous face savoir
Qui la pucelle doit avoir,
Et, par sa trez-saintime grâce,
Ly plaise envoier sanz espace
En présent sanz aucun démour
De sez sains ciex la digne flour
À celui qui mary doit estre
A la pucelle. Roy célestre ,
Car bien en avez lé povoir.
Gy face pose et puis die :
Je voy la merveille apparoir ,
Car je voy la verge florie
A Joseph $ il aura Marie.
Joseph , Diex veult que vous l'aiez :
Jà de ce nevous esmaiez,
Vous, puisque Dieu le veult.
JOSEPH.
Puisqu'autrement estre ne puet ,
Sire, je ne la refuse mie :
De moy sera adez servie.
Quant Dieu le veult je la prendray
Et à luy garder entendray ,
4o LA NATIVITÉ
Ne de moy ne sera atouchie
Quant avec moy sera couchie.
J'ay touzjours vescu en chasteté ,
Gardé mon corps en boute netteté,
Ne jamès ne cuidoie avoir famé.
l'éVbsque.
Marie, gracieuse Dame,
Entendez çà, parlez à moy :
Mary vous doing selonc la loy ,
Joseph et je vous doing Marie.
En baillant lez mains.
NOSTRE-DAME.
Sire , je ne le refuse mie :
Quant Diex le veult je le vueil bien.
l'évesque.
Tout est bien fait, il n'en fault rien ,
Le mariage est accomplis ,
Ghascun s'en aille en son pais.
Dam Joseph , Murie prenez
Par la main et sy l'enmenez
En vostre hostel sans faire ^rrest.
JQSHPH.
Volentiers, sire , je suis fout prest ;
Alons-nous^en , ma douloe amie.
NOSTRB»DAME .
Joseph ) doulz frère , je vous priq
Que vous me lassiez demorer
En ce temple por Dieu aourer,
Et alez querre nostre lignage
Por savoir nostre mariage :
DE n. s. jésus-christ. 4 1
Les nopoes nous con vendra faire.
JOSEPH.
Doulce compaigne débonnaire
Jà de riens ne soies en double ;
Vostre volonté feray toute :
Je voiz quérir nostre lignage.
Or vous maintenez comme sage
En Dieu servant.
NOSTRE-DAME.
Joseph , sire ; à Dieu vous comment
Qui vous remaint sain et hétié.
LE PREMIER BACHELER.
Beaux seigneurs , véez cy grant pitié.
Diex a fait à Joseph grant grâce :
Tout maintenant en ceste place
Sa verge porte fleur vermeille!
LE SECOND.
Onques ne vy sy grant merveille»
Au dire voir c'est noble chose,
Et pour tant certain je suppose
Que c'est grâce eteyvre de Dieu.
LE TIjBftS.
Seigneurs, oncques t»ez on nul lieu
Je ne vy telles merveilles ;
Oncques Jboms ne vit lez pareilles
D'un bâton sec qui est {loris.
LE PREMIER .
Râlons- nous en nos pais,
Car ycy ne faisons-nous rien
42 LÀ NATIVITÉ
De nostre preu, je le sçay bien.
l' emperiére césar.
Jupiter, j'ay le cuer doulant
Quant tout ne va à mon talant ;
Et de ce que vous ay lesdengié,
Et que vous verray trabuchié.
Maistre Sartan , conseilliez-moy ,
Car trop a mon cuer d'ennoy.
Dites, comment estre pourrait
Que Vierge mère enfanterait :
Telle chose estre ne puet mie ;
Jà ne croirray jour de ma vie.
Sartan, comment pourray deffaire
Cest esc ri p qui tant doit desplaire?
Conseilliez-moy que j'en feray.
SARTAN.
Emperiére , je vous diray
Conseil trez-bon je vous donrroie ,
Ce voz mal talent n'en avoie,
Et qui ne vous deust desplaire
Dez letres c'on ne puet deffaire ;
Mez je redoubte vos cruauté.
l 'emperiére.
Sartan , dessus ma léauté
Vous jur que mal ne vous feray ,
Ne pis pour ce ne vous voudray ;
Ditez ce que vous en savez.
SARTAN.
Sire, ne say s'apris l'avez:
Nous trouvons en nos escriptures,
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. fô
Qui moult nous sont aspres et dures,
Dez sains prophètes anciens
Qui furent homes terriens
Et devisèrent moult de choses ,
Et exposèrent en leur gloses,
Dont nous trouvons en Ysaïe,
Qui disoit en sa prophécie :
JËcce f^irgo concipiet
Âtquejilium pariet.
Véez-cy, la Vierge concevra
.1. filz et sy le pourtera,
Geluy sara le bien eslire,
Et le bien du mal contredire.
Enmanuel nommé sera ,
Lez bonz et mauvaiz jugera.
En .1. autre lieu est escript ,
Et ne le tenez pas en despit ,
Que de l'arbre Jessé vendra
Une verge qui florira;
Et sy nous dist aussy Sébile,
Qui fut royne de Sezile ,
Que uns homs nestroit d'une famine
Sanz corrupeion de di flamme.
Balaham aussy prophétiza
Quant son asne à luy parla , .
Que une estoille ystroit de Jacob.
Ce devrait estre à ce cob
Que Vierge mère enfantera.
Et cest y mage trabuchera ;
Et sur ce le povonâ bien prendre.
44 l * nativité
l'emperière.
Sa r tan, or vous vueil deffendre
Que ne lez lisiez à nul homme;
Morir vous feroie, c'est la somme.
Cest example , soiez certain ,
Sy est doumagable et villain
Pour nous et pour nostre loy.
J'en ay en mon cuer grant esnoy.
Ha, Jupiter! Dieu souverain ,
Qui tout avez en vostre main ,
Vueilliez monstrer vostre puissance.
SARTAN.
Sire , je tien à grant offence
% Vostre gémir et vostre plaindre;
Il convient cez le 1res remaindrc ,
Je le vous dy certainement ,
Puisqui ne puet estre autrement.
VSAifi , prophète d'enfer.
Vray Dieu puissant et *oy célestre,
Cy nous lessiez longuement estre ;
Nous souffrons cy tant de doulour!
Entens, sy te plaist, ma clamour
Et nous ostez de ceste paine.
danïel, prophète.
Grier devons à haulte alaine
De la doulour que nous sentons :
Ha , roy Jhésus, toy demandons.
Dessens tost , sy nous vien hors traire.
BELG1BUZ..
Jà pour vostre crier ne braire
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 45
N'istrez encor de noz prisons ;
Vous y serez longues saisons
Pour réparer la forfaiture
Que Adam fist en. la morsseure
En la pomme que il menga.
Eve de lui bien se venga
Comme conseillée luy a voie.
Elle ensuy tantost la voie
De faire mon commendement.
Ainssy pluseurs communément
S'aclina bientost envers moy ,
Et sy déçut autry que soy.
Fay, Bélias, fay bon feu de là ,
Et j'en feray aussy de sa.
Nous en venrons trop bien à chief
Et leur ferons assez mesebief
Avant que soient escbapez.
<
Il sontore bien atrapez
Ceulz que tenons en noz prisons;
♦
De crapaux aront veooisons , .
Rost de serpens et de couleuvres.
On lez sert touz selonc leurs euvrea ;
Puis en tremez d 'escorpions ,
De chesnes ardens lea lions;
Ainssy servons-nous noz subgiez.
YSAIR.
Hé, vrai Dieu , sommes-nous jugié
A touzjours sanz rédempcion ?
Accomplissiez , nous vous prion ,
A6 LA NATIVITÉ
Car forment sommes engaigié.
BBLGIBUZ.
Je croy que cilz sont enragié ,
Qui tant braient ore forment.
BÉLIAS.
Belgibuz, il ont se n terrien t
De ce que Diex leur a prorais,
Et pour celé te diz, amis ,
Une vierge est mariée
Que Dieu a partant honnourée
Par laquelle au monde vendra.
Vierge devant , après sera ,
Et sy sera de tel regnon
Que qui reclamera son nom
Ne pourra faire tant de mal,
Soit véniel ou criminal,
Soit par promesse ou par don ,
Que ne ly face vray pardon
Qui se voudra à ellç offrir.
BELGIBUZ.
Faisons-leur assez mal souffrir
Tendis que nous les tenons ,
Puisqu'ainssy perdre lez devons ;
Par Eve lez avoie conquis ,
Et par paine et labour aquis.
DIEU.
Gabriel , vien çà , douz amis ;
Je vueil que tu soiez commis.
Ma promesse vueil acomplir
Certainement sanz défaillir,
DE N. S. JÉSUS-CHRIST.
47
Et cez prophètes que j'o là
Crier en enfer lonc temps a ,
Je ne puis plus leur cry souffrir.
Mez cielx me convient aourir
Et pour eulz devandray homme;
Mort souffreray â pour celle pomme
Qu'Adam manga ; ce fut mal fait :
Sy fault que par moi soit refait.
En Nazareth tu t'en yras,
Marie ou temple trouveras,
A qui tu diras de par moy
Que je voudray naistre de soy,
En luy voudray char et sanc prendre ;
Je ne puis en meilleur descendre.
Avant que je feisse le monde
La prédestinai-ge sy monde
Que pour moy on ne pourrait miex;
De luy naistray et homs et Diex.
Je luy seray et filz et père;
Elle est ma fille et sy est ma mère»
Vierge avant et aprez sera,
Ne jà son corps n'enpirera.
En luy prendray humaine vie ;
De moy sera touzjours servie
Et touz humains racheteray ,
Et gloire et joie leur donrray.
Va-t-an bientôt sanz faire arrest.
GABRIEL.
Sire , g'i vois et suis tout prest.
A la vierge digne et loial
48 LA NATIVITÉ
■ i ' ' t .1, i .1 i i ,
Qui n'a pas le cuer desloial ,
Je voiz tantost sanz riens dokrir ,
Et fcray tout vostre vouloir.
Gy voise à Noëiré-Dame, et die à genoux :
Ave Maria gratiâ plena.
Marie, Dieu te sault, Marie.
HOSTKE-DAME.
Ha , mon douz Créatour , vostre aïe !
Onques mais ne viz tel clarté.
GABRIEL .
N'aiez le cuer espoventé ,
Envers Dien as grâce trouvée ;
Par toi est joie recouvrée
Qui par Evain^estoit perdue.
N'aiez paour de ma venue ,
Marie , en trestout bien encline.
Voy ÉHzabeth , ta cousine ,
Qui estoit brehaigne clamée ;
Nostre Sire Ta tant amée ,
Et sy bien y a proveu ,
.vi. mois a qu'elle a conceu,
Marie Vierge, yceluy Diex,
Qui créa la terre et lez dex,
De sa grâce t'a remplie,
De ses angles seras servie.
*
Cy muray le nom Eve
En toy disant lez douz ave.
Diex te mende qui est ton père ,
Qu'il est ton filz et tu sa mèrè ;
En toy il prendra char humaine
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 49
Pour cez amis oster de paine ;
.1. tel enfant tu concevras
Dont à ton cùer grant joie auras :
D'Adam vuelt paier le forfait.
NOSTRE-DAME.
Angles , comment sera-ce fait ?
Oncques n'eu d'omme atôuchement.
J'ay touzjours vescu chastement ;
Dy-moy comment estre pour oit
Que vierge mère enfanterait ?
N'en plus ne pouroit avenir
Que en ce pot peust florir
Une wrgé , ce seroit fort.
GABRIEL.
Marie, n'aiez desconfort.
Mais soiez certaine et seure
Tu demoras et saine et pure,
Et vierge ton corps demorra ;
De riens qui soit n'enpirera ,
Mais tout ainssy com la verrière
Du soleil qui demeure entière
Quant son ray par my oultre passe
Qui ne la brise ne ne quasse ,
Ainssy demoura ton corps sains.
Du lait dez ciex est ton sain plains ,
Marie , de quoy sera norris
Et aletez le doulz Jhesucris ;
Car en toy prendra forme d'omme
Ly Roys des roys, ce est la somme ;
Tu es sa mère, il est ton fiex ;
11. 4
5<> LA NATIVITÉ
De toy nairtra et homs et Diex.
Dieu fu avant par dette ,
Homs: ae«a par humanité.
Àdonc se mettra en toy
Et abatra la maise loy ;
Nulle rien impossible n'est
A Dieu sy tost corn il li plaist :
En toy vendra le Saint-espéris.
WQSTRE-DAME.
Ainssy soit fait côm tu me dis :
Diex en qui est toute bonté ,
De moy face sa volenté ;
Car je vois la verge florie.
Diex, qui sur touz as seignorie,
Mon Créatour, je suis t'encelle ,
Je suis ta serve , je suis celle ,
Preste suis de toy recevoir.
GABRIEL..
r
Marie , plus cy remanoir
Ne puis , je m'en revois es ciex.
r
NQ9TIVE-DAME.
A vous me rea^, glorjçx Piex ,
A faire vjQsUFê yotep&è.
Dez bjen^ me frites a p^ejpté ,
Mon cuer savez certainement,
Et mon désir entièrement;.
Faites <fô nioy (4^ut vpz plaisir »
En vous fàOÇT P*t n\op 4ésir.
Cy descende .1, ooiitom qUisoit fyit pan bonne manière.
i /
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 5l
LE MESAGIER.
Cy ne fais rien certainement,
Aler m'en vueil isnellement;
Homs oiseux ne vault une pomme.
Je m'en yray tout droit à Rotbnty?.
L'évesque n'a de mpy que foire,
Vers l'empçpiére me vueil traàr.
Bien say s'il me veult retenir
Moult grant profit m'en puet venir,
Meillieur ne puis aler quérant
Et je suis légier et courant,
Aler y veuil sanz plus attendre ;
À celle fia vueil-je entendre.
JOSEPH.
Gertez durement suis lassez,
Car j'ay souffert paine assez
Et ay longuement séjourné;
Or suis, Diex merey , retourné ;
A paines me puis soUstenir :
Hpsté mQ suis de revenir.
Marie, belle trez-doulce amie,
Pour Dieu ne vous desplaise mie
De ce que j'ay tant demouré. . , ..
Louez soit Dieu et aouré !
* ■ • • • m
Je vous désiroiç forment ,. .
Bien veniep certainement. . .. ,
Estez vous sain et bien h^itié ? :) ,
De voz travail ay grant pitip.
Comment le fait nos parenté ?
• . • *
4-
52 ^A NATIVITÉ
JOSEPH.
J'avoie trez grant volenté
De retourner, ma mie chière.
Nos amiz font touz bonne chière,
Chascun d'éulz ne se feint mie
De* vous saluer ; doulce amie,
Grant désir ont de vous véoir.
NOSTRE-DAME.
Venez vous delez moy seoir
Se il vous plest, et il est raison ;
Vous avez par longue saison
Demoré hors sanz revenir;
Joseph , bien puissiez vous venir !
Cy viegne le mesagier à Pemperière et die.
LE MESAGIER.
Empereur, Dieu vous parface
Et vous doint s'amour et sa grâce
En exaussant vostre empire! •
l'emperière.
Ça, beaus compains, que veulz-tu dire?
Mesagier ez de bel afaire.
LE MESAGIER.
Vers vous, sire, me vieng retraire.
En Nazareth me suis tenuz
.... Par moult grant espasse de temps;
Or, est venu en mon pourpens,
S'il estoit à vostre plaisir
De vous servir ay grant désir ,
Sy vous requier que à vous soie.
DE N* 8. JÉSUS-CHRIST. 53
l'emperière.
Beau sire, je le vous octroie ;
Comment avez à nom ? dictez le moy.
LE MESAGIER,
Legier ây nom , sire , par foy ;
Àinssy w'apel-t-on certainement.
l'emperière.
Legier semblez-vous vrayment ;
Je vous retien, mon mesagier. .
Maistre Sartan, sanz plus targiq^ 3
Envoiez-le où vous savez.
S ART AN.
Legier, ne aay s'apris l'avez,
Il convient que tan tost errant
En Bethléem, a içz courant
Crier par toute la contrée
Que chascun sanz faire arrestéc
Viegne à César sanz délaier
Pour sa distribucion paier
A quoy il sont trestouz tenuz.
LE MESAGIER.
Tantost je seray revenuz ,
Et feray voz commandement.
sartan*
Va-t-an bien tost legièrement
Et met en sauf ceste monnoie
LE MESAGIER.
Maistre Sartan, Dieux vous cloiut joie!
Je n'ay que .de courir talant ,
Boire me fauldra en alant. .
54 L * NATIVITÉ
JOSEPH.
Vrais Diex, que tnes cuers est plains
Et de douleur est moto citer tains,
Et que trez forment , il m'esnoie !
Gertez , ertre r&ort je* vouldroic
Que trop laidement sliîs deceft.
NOSTBE-DAMÉ.
Joseph , qu'avez voué appei*ceu ,
Qui démenez tel matremeirt? 1
Je vous voie penssis maternent ;
Avez chose qui vous ednoie.
JOSEPH.
Certes, bien mourir je vouldï0ie>
Que j'ai le euer abosmc et triste.
NOSTRfc-DÀMfi.
Quel chose vous a esté cKcte ,
Trez-doulz frère ? dictez le moy.
JOSEPH.
Il est escript en nostre loy
Que famé prise en advoultire
Son corps est livré à maf tire :
Tantost est arce et lapidée ;
Y ceste loy est en Iodée.
Or , voy-je bien qu*ainssy mourrez :
Excuser ne tous en pourrez.
Vous estez grosse, bien te voy ; . . . •
Pas ne direz que c'est dé moy ,
Et piuisqu'ainssy estez ensaînte,
Convaincue estez et a tainte. J
En ce pais n*a hautte dame ,
DE N. S. JÈSCS-CHRIST. 55
S'il luy avenoit tel diffemmè,
Qui ne fust errant lapidée.
Quant <m> sara la renommée
Que n'estes pas grosse damoy ,
Arse serez, ce poise moy.
L'évesque m'arvoit^nchargic
Que voz aorps ne fast empira^
Or, avérons trestout gasté . > , -
Et perdue, voétze chaste; . . ••
■En sain te estez db vif entant :
En voz flans le voy remuant. •
L'en vous faisoit et necte et pure r l
Mais or voy lever voz saiRturô, ,
Et combien que sotez déffaifa
Ne poudroie véorr que déf&he
Fussiez» et pour tant «t'enfraray,
En longtain pais m'en yray,
Et sy ne say quelle partie.
Diex sy a pure départie ,
Je m'en voiz, vous demorez lasse,
A grant douleur vous serez awej ;
Se poise moy ne vous puis aidier. .
NOSTRE-DAMB, Jl genous.
Vrais Dfopt qui me feiétes ûuneier
Par l'a»gfe jet dire Ie,saJu .
Qui me yauldro te mie» ^1»,
Vous reposez dedans* mon corps
Tant que bien appert par deblffls ,
Onques n^ûn senty ntjtlle paiae, . ;,.,
Mais demourray entière» et saine,
56 LA NATIVITÉ
Et sy say bien certainement
Que je vous sens pesiblement
En mez flancs. Vrais filz et vrais père,
Confortez voz fille et voz mère,
Et ce preudomme qui s'en fuit,
Envoiez luy vray conduit,
Et luy donnez sy bon confort
Par quoy il reviegne à droit port ;
Yray Dieu, à vous me suis donnée.
DIEU LE PÈRE.
Gabriel, va sanz demorée
A Joseph ; de par moy li dis
Qui ne s'en voit point hors du pais
Pour Marie, c'élle est ensainte,
Car elle est Vierge, pure et sainte :
Du Saint-Esperit est toute plaine;
D'elle, naistra mon filz sanz paine,
Jà son corps n'en empirera ;
Vierge devant, aprez sera.
Il fait que fol de s'en fouir,.
Mèz il se deult bien resjoir
Et tenir bonne compaignie.
GABRIEL.
Sire, g'i vois, n'en doubtez mie,
Faire vueil voz commandement,
Trez doulz père du firmament. « i
JOSEPH.
Vray Dieu, vray père omnipotens,
Je suis au cuer triste et dolens,
Quant de Marie me souvient
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 5*]
Et ainssy aler m'en convient.
Vray Dieu, pour quoy avez souffert
Que Marie la vie pert,
Et qu'elle a fait sy grant oultrage
Qu'elle a brisée son mariage.
Or, convient-il que je la lesse ;
Jamez nul jour je n'aray léesse.
Or, suys-je certain sur mon âme
Qu'il est fol qui se fie en famme.
Doulz Diex, envoiez li confort!
GABRIEL.
Joseph, pren en toy reconfort,
Ne te vue il le desconforter,
Nouvelles te viens apourter,
Et angles suis qui viens à toy.
Dieu dez ciex te mende par moy,
Que tantost tu ne lessez mie
Que ne retournes à Marie,
Et gardez bien que à nul fuei;
Tu n'aiez couroux à ton cuer.
Diex l'a de sa grâce inspirée
Dont elle n'est point empirée,
Car elle conçut dignement
Et sanz charnel atouchement.
Son fruit, le mont rachètera,
De douleur le délivrera ;
Retourne tost sanz contredire.
JOSEPH.
J'obaïray à nostre sire,
Avec Marie me tendray
58 LA NATIVItÉ
■
E diligammenE garderay,
Puisque l'angle àirts$y m'a e&t
- Qu'ensainte est da Saint Esperît.
LE MESAGIER.
Je veuil cy crier hautement
Et faire le commandement
De Césaire qui m'a commis
L'emperière, et m'a transita?»
A crier cy à haotte voix : • » ■
Oez, seigneurs, oez, oez,
De par l'emperière de Rom me
Et le graigDeur de louzî lez homme»,
Que portez voz distribuciôns
Chascun ou temple, c'est raisons,
En la cité de Bethléem
Assez préz <te Jhéru&atem ;
Alez y sanz arrestoison
Pedans . m. jours, qae c'est raisori.
Sachiez qui ne Fy posera
A l'emperiére tort fera ; ■
Or, y alez hâtivement,
Que c'est raison certainement.
JOSEPH.
Vers vous reviens, ma dotrlce amie,
Pour Dieu ne vous despfaisé 1 ritte'
Que cer tez vous* ay mesprid .
KOSTftE-DAlftE.
Loé soit le doulz Jhesucris
Qui ainssy vous a visitii !
Sien avez-vous touzjotirs esté ;
DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. 5g
De vostrc retour suis bien aise.
joseph-
Pour Dieu, m'amie, ne vous desplaisc
Du blasme que je vous ay dit.
Point ne le tenez en despit :
Mercy vous en ay humblement ,'
Car je sçay bien certainement
Que vous estez et nete et pure
Sanz nul péché, sanz nul ordure,
Et sy portez entre vôz flanz
Le roy qui partout est puissans.
Or, vous ay folement mescreu
Que d'autre vous eussiei conceu ;
Trez doulce amie, non aves,
Je le sçay et voiis le savez t
Mercy vous cry doûleé Marie.
NOSTRE DAME.
Joseph ne vous courrouciez mie ;
Pardon vous fais certainement.
Loé en soit Diex hautement
De qiioy vous estez revenu ;
Or, sachiez que Diex Va volu. "
Sy voiz visifer ma cousine
Elizabeth qui est moult digne,
Qui est ensainte vrayertïent
D'un saint enfant certainement,
Car le saint angle le me dîst.
' ' HONESTASSÊ.
„*-
Dame, tout ce sy passera
6o LA NATIVITÉ
Ce povez savoir ceste nuit,
Et pour Dieu qui ne vous ennuit
Une autre fois miex vous feray.
NOSTRE-DAME.
Joseph, cy me reposeray,
Mais vous n'arez pas loisir,
J'en suis certaine,, de dormir ;
Il vous fauldra aler bon erre
En ceste ville du feu querre ;
Pour certain je veuille traveiller.
JOSEPH.
Ne sai qui m'a vouldra baillier
Pour certain, ma trez doulce amie,
Mcz pourtant ne demorra mie
Que je n'en quière ou prez ou loing
Si tost qu'il en sera besoing.
Je n'y feray pas longue attente,
A vous servir metray.m'entente,
De toutes eztez non pareille.
LE ME S AG 1ER.
Il est temps que je m'apareille
Pour m'en aler tantpst arrière ;
Devers mon mestre l'emperière
En Roménie retournerav
Tout au plus tost que je pourr^y.
Bonnement sapz moy traveillier
Gentillement cornue mesagier.
NOSTRE-DAME.
Joseph, se Diex vous puist secourir
Alez bien tost du feu quérir
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 6
Ne faites pas longue demeure,
De traveillier s'aproche l'eure,
Joseph ne vueilliez plus attendre.
JOSEPH .
Volontiers j'yray du feu prendre
En l'hostcl de ce marichal.
LE MAI CHAL. *
Traînez à queue de cheval
Puist estre aujourduy mon varlet !
Assez pis vajult qui ne soulloît
Que de mon profit peu s'en soigne.
Point ne veult venir en be soigne,
En luy ne trove point d'aventage,
Mez que tout courou? et domage
Pas ne me feult ycy songier,
Et mettre me fault à forgier.
NOSTRE-DAME, à gènOUS.
Ha ! douz père du firmament
Qui tout feistes certainement
Le ciel et la terre et la mer,
Vous doy-je servir et amer ?
Et sy savez bien la mesure
Combien ciel, terre et mer dure.
Sire Dieu, quand le ciel fut lait
D'angles l'amplistez tout-à-fait ;
Mez ceulz en enfer descendiren t
Qui à orgueill se consentirent.
S'y vous prie douz roys dez ciex
Qui estez pères et vrais Diex
Que confort me vueilliez donner ,
62 LK NATIVITÉ
Et vostrç grâce habandonner ;
Pas ne m'ayez mis en espaase
Du quel don, de la quelle grâce.
Trez doulz Diex, je vous regracie
Trez humblement et remercie,
Car plus de grâce fait m'avez
Que de biens en moy ne savez .
Puisqu'il vous a pieu à moy foire
Tel don de treetout mon affaire ,
Je vous requier et vous supplie,
Qu'ainssy corn vous m'avez remplie
De vostre filz et sanz délit
Doulz pêne sy corn vous abolit,
Veuillez souffrir par vostre amour
Que sanz doulour> que sans clamour
A l'enfanter délivre soie
A sauveté et à grant joye.
Michiel, Gabriel, venez à inoy ; , ,
Alez-vous en,, sanz plus d'asnoy,
En Bethléem sanz arester
Ces cierges à Marie porter :
I»BS ANGLES.
Nousyrms, sirè,,bastivemeot.
En chantant éh*»cun< s'y octroit
GABRIEL.
Or y alons chantant tous droit, ,
En portant ces cierges ardant } . ,
A la Vierge digne puissant ;
Or nous mettons touz à la voie.
DE N. S. JÉSU6-CHRIST. 63
JtiCHIEL.
Bien devons tuit démener joie
Quant la dame du firmament
Diex dez ciex servir nous envoie
Ça jus en son enfantement.
y
(Cy chantent FenicreatorSpiritus, en alant à Nostre-DaiBe, et puis
die.
GABRIEL.
Dames qui estez vraiment
De touz angles la souveraine , :
Dieu veult que certainement
Vous délivrez sans nulle paine :
Tous ly mondes en aura joye.
MÏCHIEL.
Dame, voz filz veult c'on y voie
Là où gisiez sy povrement :
Dez cierges arcbnt voue envoie,
Par nous sachiez certainement.
GABRIEL. i i
R'alons nous en ysneUemcnt
Et démenons trestousigeant joie.
Diex ly pères du firmament .
Donra lumière qui daroie
Au monde véritablement ,•
Car c'est cilz qui touz bien& envoie.
JOSEPH.
Feure, amiz, pour Dieu mercy
A grant besoing s»is venup cy ;
De vostre feu me vûeilliez donner. ,,
64 LA NATIVITÉ
LE MaRIGHAL.
N'en vueillez nul mot sonner,
Point n'en arez certainement.
R'alez vous en hastivement,
Sire viellart, fuiez de cy.
Qui vous fait point venir ycy
Pour moy empeschier de forgîer ?
Bien me faitez cy enragier.
Fuiez de cy, sire villains ;
De mal talant estéfe touz plains :
Je croy que vous estez espie.
JOSEPH.
Amis pour Dieu je vous supplie
Ne vous vuei liiez pas courroucier.
.1. pou vous vueilliez avancier
De moy donner .1. pou de feu ,
Car je ne sçay où trouver lieu
Où puisse avoir, ce n'est à vous ;
Et je vueil bien que sachiez vous
Que ma famme souvent travaille.
Sy (ault que bien tost à luy aille
Et sy n'avons point de clarté :
Assez avons de povreté
Et de paine et de travailL
LE MARICHAL.
D'un gros bâton de ce travaill
Je te donray à bonne chiére
Se ne te trais tan tost arriére . '
Or te diray que tu feras :
Point de mon feu n'enporteras
DE N. S. JÉ6US-CHRIST. 65
S'en ton mantej tu ne l'enportee.
Ne sçây pas se lez gem enortes v
Car point n'en auras autrement* .
JOSEPH.
Je le vueill bien certainement ;
Sy vous plaist ycy, m'en donnez.
LE MARICHAL.
Tenez, viellart, ces tuy prenez
Et l'emportez en voz giron ,
Cy le mete en son giron, puis le regarde. ,
JOSEPH.
Diex le vous rende, biau préudon ! '
LE MARICHAL.
Ha las, amy, j'ay trop mespris :
Certes bien doy estre repris
Du blasme que je vous ay dît ;
Pas ne le tenez en despit.
Vostre bonté pas ne savoiè,
De ce que je vbiz ây grant joie,
Car vous êtes .1. preudons sains':
Vos gironz demore touz sains,
Et c'est le feu enclos dedans.
JOSEPH.
Je vous pardonne maulx talans,
Car cilz qui touz biens envoie
Vous doint honneur, santé et joie !
Cy voise à Nostre-Dame en portant le feu en son giron et die :
Chière dame, ne vous desplaise
De vous estoie en malaise ;
h. 5
66 LA NATIVITÉ
Mais certes je vous fais savoir
Que du feu ne povoie avoir,
Ma doulce amie débonnaire.
Dont vous vient ce beau luminaire ?
Oncques ne vys sy grant clarté.
NOSTRE DAME.
Les anges ly ont aporté
Tout maintenant du paradis.
Joseph, biau frère et amis,
Alez prier à Honnestasse
Qu'elle viengne cy une espasse
Pour recevoir le vray sire
De tout le monde et de l'empire.
Joseph, à vous pas n'apartient
De estre cy quant le temps vient;
Sy ne sens-je mal ne détresse,
Ains est mon cuer plein de léesse,
Car je demeure fille et mère,
Sans sentir nulle paine amère.
Joseph, faites la sa venir.
JOSEPH.
Dame, g'i vois sans alentir.
Ne tarderay ne pas ne heure :
Je prie à Dieu qu'il vous sequeure
Par sa mercy et face aïe.
Cy voise à Honestasse et die :
Doulce amie, je vous prie
Qu'un pou viengnez à ma moillier,
Qu'elle commence à travaillier
Tout maintenant de vif enfant
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 67
Du roi du monde tout-puissant.
Pour Dieu, 'belle, je vous en prie.
HON ESTASSE.
Certes, amis se g'y aloie
Aide ne ly pourroie faire
Dont ce me vient à grant contraire.
Nulles mains n'ay que .11. moignons
Qui sont enclos en cez manchons,
Que véoir povez sy en droit.
JOSEPH.
Belle, pour Dieu ne vous ennoiti
Vous savez qu'à moy n'afiert mie.
N'a homme qui enfant manie
Nouvel ; sy venez luy aidier.
De riens n'en povez empirier;
Je vous en prie, or y venez.
HONESTASSE.
Biau preudons et amis senez
A mon povoir ly aideray
Et Panfant enmailloteray,
Certes j'en feray mon devoir
Selon la loy à mon povoir :
C'est charité à Dieu plaisans
Aidier auls povres passans,
Et Dieu en la loy qui bailla
A Moyse le commanda
Il est certain, ne doubtez mie.
Cy voise à Nostre Dame et die :
•Diex soit avec vous, doulce amie,
Et vous doint paix, santé et joiet
5,
68 LA NATIVITÉ
. NOSTRE DAVIS, .:. , ,î(i
Amerl, amie, Diex vous ed oye, t ,.r ';
Et vous maintiegne en sainte foy!
M'amie, soiez avec moy. •
Honestasse, ma doulce amie,
Retenez le doulz fruit de vie
Et le sauveur de tout le motide
Que je conceups et vierge et monde, .
Sans de mon corps empirement
Et sans charnel atouchement;
Vierge en fus et suis encoire. ;
HONESTASSE.
Or vous tienne doulz rdy de gloire,
Mon vray Dieu et mon vray seigneur.
Bien m'avez fait honeur greîgneur .
Que vers vous n'a voie deservy.
Vous m'avez bien en gré servy ;
Je n'avoie ne doiz ne main,
Renduz les m'avez pour certain.
S'en ceust que ennuit deussiez nestre
On vous eust receu comme grant-mestre,
Car piesça estes attendue *; ■ •
Or, estes-vousj sire, veouz . .
Ce n'est pas en sale parée
Mais en haie désordonnée.
Or , ne sçay comme atouçhier , .
Quant n'aydrapiaux pour le couchiei*;
Je fais doubte que ne vous blasée.
Couchiez serez en ceste crèche. /
La nuit est de froidure plaine,
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 69
Et cez bestes de Jeur alaine . .
Sy vous feront venir chaleur.
Autre conseil n'y sç^y meillieur.
Couchiez serez moult povrçtrient :
Vous le deUssiez estre autrement.
■ »
LES ANGES, chantant Vtnicrtaior spiriius.
Joseph, venez hastivement.
Véez-cy. le roy du firmament ;
Faites de l'eaue chaufer bien tost.
JOSEPH.
Ma doulce amie, je voiz tan tost.
GRÀTEMAUVAIZ, mesagier.
Par Mahon , j'ay lonc-temps séjourné',
Ne rien n'ay fait rie cheminé ,
Et touzjours n'ay fait que despendre.
Or veull dèz hors mais entendre-
A gaignier .1. pou de monoie.
Je m'en yray par cestè voie 1
Mon chemin par Romme tendray ,
Et à l'emperière m'en yray.
Gy s'en voise par devant lez ydoles et lez regarde cheutes et
pais die :
Ha hay! Joppiter est trabuohiez,
Et sy est l'escript effaciez..:
A l'emperière m'en yray
Et trestout ly racontera y.
T roter m'estuet ysnellement :
Plus ne feray d'arréstement.
Cy voise à l'emperière , et die à gênons :
Empereur , souverain roy ,
LA NATIVITÉ
Je vien à vous par grant desroy ;
Nouvelles vous vien apporter.
l'empereur.
*
Juppiter te puist garder !
Or me diz bîentost cez nouvelles.
LE MESÀGIER.
Volentiers , mez ne sont pas belles
Pour vous , sire , ne doubtez mie.
L'autruy passay par Roménie :
Là viz touz vos diex trabuchiez ,
Et sy est Tescript deffaciez ;
Âinssy est-il certainement.
l'empereur.
Ha hay, Sartan! véez-cy tourment;
Se mesagier me dit la rage.
Ha hay , que ferai-ge ?
Juppiter sy est trabuchiez
Et sy est l'escript deffaciez ;
Bien me doit le cuer fondre d'ire.
SARTAN.
Or alons là hors véoir , sire ,
Se celle est elle point appert
Dont Balaam parle en appert.
Cy voisent hors de leur eschaufault et regardent le ciel , et
puis die :
SARTAN.
Sire, véez-la, elle est apparue.
Certes , ce est bien chose sceue
Que vierge mère a enfanté.
de n. s. jésus-christ. 71
l'empereur.
Sa r tan, je voy la grant clarté
De l'estoille qui resplandist
Âinssy comme Balaam le dist.
De ce ne veull pas contredire : -
De moy est nez ,i. plus grant sirç.
DIEU LE PÈRE.
Gabriel, entens que je vueil dire ,
De ce ne me fay contredire ;
Va-t-en nuncier auls pastoreaux
Qui là jus gardent les aigneaux ,
Que le filz Dieu est nez de mère,
En Bethléem , c'est chose elèré x
Et a couvert ma déité ,
Par puissance d'umanité :
Au peuple le facent savoir.
GABRIEL .
Sire , ,g'i vois sans remanoir
Vostre naissance anuncier :
Auts pastoreaux vas prononcier ,
Comment estes nez de Marie.
Je m'y en vois sans faire éstrie.
Cy voise auls pastoreaulx et die :
GOBELIN , premier bergter.
Riflart, es-tu là , je. te prie ?
riflart, second bergter.
G'y suis voir ou je n'y suis mie.
GOBELIN.
Bc déa, Riflart, di-moy, es-tu ce?
72 LA NATIVITÉ
RIFLART .
Or as-tu bien teste d'autruce :
Ce suis-je 6a ce ne stiis-je pas ?
GOBELIN.
Vas-tu ou le trot ou le pas?
Ne me respont point de travers.
RIFLART*
Je vois ou àdant ou envers ,
Ou droit ce je ne me repose.
w GOBELIN. •
En non Dieu vecy bonne chose :
Tu me tiens bien pour .t. fol qùoquart.
RIFLART.
Or escoute , moquin moquart ,
Donne-moy pinte au mâtine t.
GOBELIN.
Mais sus ta teste .1. bacinet,
Je te donray ou .m. fois ou .nu.
RIFLART.
Mais tu auras la fièvre quarte ,
.xx. acez ou .xl. ou .xxx.
GOBELIN.
J'ay plus cbier que ceste rente
T'aviengne, car je n'en ay cure.
RIFLART.
Va, donne-moy d'une froissure
Ou la mulete d'un mouton.
GOBELIN.
mais .1. estront.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 'jZ
RIF&ART.
.... .... . . . boif.
GOBELIN.
. . . ... Je n'ay pas soif,
Il me fault ou fleute ou flaioil.
RIFLART.
Va vendre .1. fassel dé glaioil ,
Sy acheté ou musetes ou pipes.
GOBELIN, •
Donne-moy denrrée de tripes
Et je te donray de mon ppin .
RIFLART.
Le veul-tu ? • ,
GOBELIN.
ou.
RIFLART.
- Ten ta main.
Cy croche.
GOBELIN.
Grant maie meschance t'aviegne !
RIFLART.
Mais au plus mauvaiz de Compiegne ,
Ou au pire de Ha recour t.
GOBELIN. f
Je vueil desjeuner brief et court ,
Il me iault aler sur grant pont»
RIFLART.
Atens l'oef , ma geline pont.
GOBELIN.
Ou déa, cest acertes, Riflart.
V—'
74 LA NATIVITÉ
RIFLART.
Par saint mort , tu diz voir guimart }
Fay aussy sy t'en pren epvic.
GOBELIN.
Je te vueil tenir compaignie.
Cy se séent et mengussent jusques Fange parle à euls.
GABRIEL.
Amis, ne soiez en effroy
Et vous meter-én bon aroy,
. Car Diex ly pères à vous m'envoie .
Pour anuncier une grant joie
> Qui est venue par tout le monde, '
Diex a son filz envoie au monde,
Qui vrayment est nez de mère
Et sy soutirera mort amère.
En Bethléem le trouverez,
Puis au peuple l'anuncerez;
De riens esbahis n'en soiez.
gobeun. a
Ha! hay! que je suis effroié,
Onqués ne vis sy grant clarté
Et say lonc-temps bergier esté.
D'une voiz ay-je oy le son,
Dy-nous comment tu as à non
Qui as parlé à nous sy fort.
GABRIEL.
Point ne soiez en desconfort :
Je suis anges dé paradis
Que Diex m'a sy à vous Ira mis
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 75
Pour vous anuncier ces nouvelles,
Et qui tant sont bonnes et belles ,
De par luy le vous fais savoir.
RIFLART.
Amis, or nous fais a sa voir,
Se Diex est nez de paradis.
Ne soiez du dire tardis
Des nouvelles telles qui sont.
GABRIEL.
Moult grant joie eosamble font
Touz les angez du paradis.
Si vous diray, biauz doulz amis,
En Bethléem est nez nouveaulx .
Ly Roy des roys célestiaux.
Je le vous dy certainement ;
Alez-y tost ysnellement
Et sy le denunciez au peuple,
Grant joie en sera pour le peuple ;
Je m'en vois, plus ne demorray,
Certes plus ne vous en diray.
A Dieu: soiez mes bons amis,
Qui vous doint paix et paradis.
GOBE UN.
Riflart, entens-tu ces nouvelles?
Oncques mez n'oy les pareilles
Ne les merveilles que cilz nous a
Contées qui à nous cy parlé a.
Il dit, je l'ay bien entendu.
Qu'en Bethléem est descendu
7© ; LA NATIVITÉ
- ' ;<
«!(>
.1. bel enfant sypovrement
Qui est sires du firmament
Et roi du monde et roi des cieur.
RI^LART.
Certes, je l'ay entendu mieux
Que tu n'as fait biau Gobelin.
Mon amy es et mon voisin,
Véoir Talons et je t'en prie
Et sy disons une estampie
De noz .11. bons instrumens.
GOBELIN.
Alons, tu es bons gàrnemens * x
Et chalumeldns touV.n; ensamble.
* RÎFLÂRT. '
Je le vueil , mbnstre moy example
Et après toy, g ? iray trop bien*
GOBELIN.
♦ ...,,,. Or vien .
Cy voisent à Nostre-Dame, et dé loignet die.
GOBELIN. "' '
Il me samble certainement
Que l'enfant voy sy povremerit
Entre ces bestes là gésir ;
Ailleurs ne le vueil-joplus quérir.
Dy moy beau conpatng, le voy- tu?
RIFLART.
Malotru, quoquart, teslu, t
Je le voy mieux que tu ne fats.
GOBELIN.
Tu as menty, voir tu n'onfais,
M N. S. /ESUS-CHRIST
77
Tu n'en fais mie le aamblant.
RTPLART.
Tu difc voir c'est .i. bel enfant;
Je le voy bien avec sa mère.
Je te prie, faisons bonne chière
Et louons Dieu bien haultement.
Quant l'avons veu certainement,
Au peuple bien tost l'anunçons.
GOBELIN.
C'est trop bien dit ; or y alons,
Et en démenons très-grant joie.
Or nous metons tost à la voie
Et je feray une estampie
Pour Ma r ion, ma doulce amie.
GRATEMAUVAIZ.
En mon dorment hier, je songoie
Qu'en la taverne joliz estoie
Et demenoie moult grant feste ;
Mais chanter me cpvient de jeste
Une chançon tropt merveilleuse
Qui au cuer me fut angoisseuse ;
Car quant j'oy mengié et beu,
Je me trouvay tropt bien déçeu ;
Car à paier il me covint.
Ne sçay que mon argent devint,
En ma boùrce n'en trouvay point :
Ce meschief me vint mal à point,
Car gaige me covint lessier,
Qui me fist mon jeu abessier.
•78 LA NATIVITÉ DE N. S. JÉSUS-CHRIST.
Sy prie Diex en bonne espérance
Qu'en la taverne nous doint chevance.
Sy chantons bécus et camus,
Chase un, Te Dcum laudamus.
EXPLJCIT, EXPLIXIT.
CY COMMENCE
LE
GEU DES TROIS ROYS
QUI ALÈRENT AOURER N. S. JHÉSUSCÏUST.
PREMIÈREMENT LE SERMON :
Vidimus stellam ejus in Oriante et venimus cum
muneribus adorare Dominum.
Très-doulces gens , or entendez
Et diligaument regardez :
Noble chose voirrez retraire
Qui à l'ennemy est contraire ,
Que ce soit voir la vraie mère
Du monde , qui sans tache arrière
Porta le juste crucefix
Et celle de quoy estre filx
Doit chascun corps de créature;
80 LB GEU DBS TROIS ROIS.
Car sur fortune et sur nature
Est royne et mère clamée,
Des anges servie et amée
Comme non pareil de value»
Sy est droit c' on la salue
Du salut qui nous conforta
Quant Gabriel ly apporta
Du vouloir Dieu en révélant.
Sy disons en luy appelant 1
A genous : « Ave Maria.
Vidimus stellam ejus, etc. »
Diex ly doint bien qui se tera
Et en paix jouer nous lera !
Or vous prie trestous ensamble
Que regardez ce bon vous samble.
Retraire verrez noble chose
Qui au cuer nous doint estre enclose ,
Et sera à tous profitable
Sy plaist à Dieu Pespéritable.
Chascun de nous sy doit savoir
Que nous devons le cuer avoir
A Dieu qui nous fi$t et forma
Et qui doulcemeftt nous ama ,
Que nestre vpuLt de vierge mère •
Pour nous ofcter de mort amère. ,
Sy entendons diligemment ,
A luy amer parfaitement, .
Et en ces euvres voulions entendre
Que meillieurs ne povons aprendre.
Or vueil retourner à matière
LE GEU DES TROIS ROYS. 8l
Qui sera bonne, ferme et entière ,
Sy en prie Dieu de cner fin
Que venir m'en doint à bonne fin.
Quant le vray Dieu fut nez de mère
En Bethléem, c'est chose clère,
Diex ly pères certainement
Envoia tost isnellement
L'ange nuncier aulx pastoureaulx
Que nez estôit ly roy nouveaulx,
Qui seroit roys de tout le monde
Et qui tout tendroit k la ronde , -
Et qu'au peuple le denunçassent
Que nuit et jour point ne cessassent,
Trestout cecy verrez retraire
S'un pou de temps vous voulez taire ;
Puis sy verrez sans faire aloigne
Comment lez .ni. roys de Coloïgne
Virent l'estoille en oriant
Qui leur aloit segnefiant
Que nez estoit ly roys des roys
Et qu'aourer ly soient toui trois,
Sy com Balaham profétiza
Ainssy le dist et devisa
Qu'estoille ystroit de Jacob
Et sy naistroit lors à oe cob
.1. enfant des flans d'une famme
Sans santir natureil diffamme.
Ainssy se mistrent au chemin
Ces ail. roys comme pèlerin.
L'un de l'autre riens ne savoit
u.
82 LE GEU DBS TROIS ROYS.
Que Diex ainssy les gouvernoit,
Et puis après s'y s'asamblèrent ;
Pas longuement ne demorèrent
Et ce mistrent en une route :
Leur chemin tindrent par Hérode
Et tant qu'avec luy furent
Oncques Pestoîlle n'apperçurent.
Sy ly contèrent leur afaire
Les .m. roys de noble affaire
Qui à Hérode forment desplut,
Mes son courroux riens n'y valut.
Sy dist aulx roys qui retournassent
Par luy quant ils repassassent ;
Ainssy les .m. roy ce partirent:
Tantost leur estoille revirent ;
Dieu en loèrent haultément
Quant il leur fist demonstrement.
L'estoille d'aler s'apresta
En Bethléem ; là s'aresta
Où nez estoit le vray roy
Et là se mistrent en aroy.
Les .m. roys de grant noblesce v
Acomplir vouldrent leur promesse
Devant l'enfant le roy Jhésus :
Là ce sont lez roys aparus.
i Sy ly offrirent leurs présans
Or, mirre avec encens
Que Diex reçut et prit en gré
Dont ilz vindrent en hault degré.
Quant lez roys orent acomply
LE GEU DES TROIS ROYS. 83
Que Diex ne mist pas en obly,
Isnellement se départirent ;
D'eulz r'ennaler sy entendirent.
Par Hérode tindrent l'adresce,
Car tenir vouldrent leur promesce ;
Mais de dormyr leur prist talant.
Sy s'endormirent incontinent
Et tantofct Diex leur envoi a
Son ange qui les avoia
Et leur dist que pas ne r 'a lassent,
Par Hérode, mez s'en alassent
Par autre voie , car morir
Lez feroit sans point aie n tir.
Quant l'ange ot fait son message
Lez .111. roys de noble parage
Se esveillèrent isnellement.
Oy avoient en leur dorment
Ce que l'ange leur avoit dit.
Pas n'alèrent au contredit,
Mais une autre voie espièrent.
Droit en leur pais s'en alèrent
Dont Hérode fut moult déceulz.
Sy s'avisa comme confus
Dez .m. roys qui pas ne venoient
Sy comme promis ly avoient.
Cez sergens manda par grant yre :
Apertement leur ala dire
Isnellement sans plus tarder
Alassent lez portes garder
Que les .m. roys pas ne passassent,
£.
84 LE GEU DES TROIS ROYS.
Mais que tantost les amenassent ;
Mais ils faillirent à leur proie :
R'alez estaient par autre voie
Dont Hérode fut courrouciez.
De mal talant fut tout changiez ;
Sy commanda à sez sergens
Que tous les enfans de .11. ans
Missent à mort sans nul respït
Que de l'enfant avoit despit
Que lez .111. roys aouré avoient,
Et que point retournez n'estoient.
Ainssy furent descolez
Touz lez enfansf et afoiçz •• ■ . .*■ •
Jusquesà .xl.hii. mille'; ,'-
Ce fut tout voir sans point dô guillé.
Diex leur esleut h. meillieur voie
De Paradis la noble joie :
À la quelle nous doint venir
La Trinité qui san» férfir
Fut et est et tout jours sera,
In sempiterna secula, . -
Amen.
Les berchiez soient ou millieu, du champ et dient l'un à l'autre :
Le jeu des berehiez est à la fin de la Nativité Nostre Seigneur qui est
devant le sermon de ce jeu cy et ce fine pour Mariou ma doulct
amie ; et puis voisent où ils vourront. ,
bàltàzaRj premier roy.
Ha 1 trez-doulz Diex que j'ay grant joie !
Louez soit cilz qui tout avoie \
LE GEU DBS TROIS ROYS. 85
L'estoille voy certainement
Dont Balaham fist le trestement
Et dist en la prophécie,
Bien pert qu'elle est assauçie,
Que de Jacob estoille ystroit
Et .1. enfès de vierge naistroit
Diex ly pères omhipotens
Vers lez parties d'Oriant,
Et que .m, roys le requerraient
Qui de sa ligniée ystroîent.
Or avons lonc temps acteixdu
L'estoille qui nous a rendu
Sy grant clarté nouvellement $
Or sçay-je bien certainement,
Car oncques mèz nulz ne la vit,
Suir la vouldray sans respit
Tant que l'enfant aray trouvé
Et de mon trésor a prouvé.
Du plus fin or que fineray
Presant et honneur ly fera y.
Ces te coulpe cy toute plaine
Ly offreray à son demaine.
C'est droit que or affiert à roy ;
De mouvoir veul prendre l'aroy.
Jà pour homme ne le lesray
Que je ne suive cest cler ray,
Ne pour guerre ne pour haine
De moy face de voir ly digne.
N'aresteray ne bourc ne ville,
Non pour quant le roy de Sezille
86 LE GEU DES TROIS BOYS.
Me het a mort et Quîns de Terce,
Car moult leur ay fait grand apresse
Par guerre dont les ay grevez.
Sire, vuelliez que sauvez
Soie tant que trouvay vous aray
Et plus d'arest je n'y feray
Qu'après ce roy je ne m'en voise.
melghion , second roy.
Trés-doulz Dîex , pas ne me poise
De ce fait cy certainement
Qui cy nous fais démonstrement
Par celle estoille que je vois luire ,
Qu'à moi n'a aultry ne puist nuire
Fors profiter en monstrant
La Nativité de l'enfant
De quoy Balaham prophétîza.
Ainssy raconté esté nous a
Que de Jacob estoille ystroit
Et adonc .1. enfès naistroit
Roys des cieulx et roys du motade ;
Je voy bien qu'il est nez au monde.
Par ce cler signe que je voy là
Tant le suivray que g'iray là
Où celuy est qui l'a fait luire.
En ce fait me veul-je déduire :
N'aresteray pour mort pour vie
Ne pour homme qui me guerrie,
Et sy me het le roy d'Arrable.
Or m'en gart Diex Tespéritable
Qui fist la mer et toutez gens :
LE GEU DES TROIS ROYS. 87
Ceste bouite plaine d'encens
Ly portçray pour sacrefice.
Chose ly face qui ly souffise
Et me ramoint à sauveté.
jàspar, tiers roy.
Grant joie ay de la clarté
Que je voy là qui cy resplant,
Qui luit plus cler qu'un oriflant
Dont Balaham fist le trestement.
Ainssy est*il certainement
Q'une estoille ystroit de Jacob,
Et s'y nestrott hors à ce cob
.1. enfant dez flans d'une famine
Sans sentir naturel diffamme.
Or voy bien que cilz est nez :
J'en puis bien estre assignez
Par ce cler signe que je là voy.
Or vueil je prendre errant i'aroy
De le servir sans plus d'arrest.
Tant que saray où l'enfant est
Ne doubteray ne roy ne conte
Tant me bée de quoy face conte
Car ne leroie pour morir
Ceste clère estoille à suir
S'aray trouvay ce doulz conduit
En la quel main nous sommes luit,
Et pour ce qu'a pris corps mortel
Ly porteray offrende tel
Comme de miroq plaine boite*
Oigncment est qui ce tient moite :
88 LE GEU DES TROIS ROYS.
S'afiert bien à la sépulture
D'omme mortel et à nature.
À celuy m'en yray droite voie ;
Or ly prie-je que je le voie :
Ce ray suivray sans arestance.
BALTAZAR.
Sans faire longue demorance
Sy me sarray pour esprouver
Comment conpaignie trouver
Pouray qui s'en voit ceste voie.
MELCHION.
Il me samble que seoir voie
.i. royen my ce cbçmin
Tout seul comme .1. pèlerin •
Baltazar est, ce m'est avis,
Roy d'Arable à tous plevis ;
Espié m'a si com je croy.
À luy yray sanz désaroy,
Mercy et pardon ly requerray }
Sy m'asault ne me deffendray
Qu'à luy n'a aultruy ne vueil mal,
Ains pardon tout de cuer royal
Et vueil com vrais martir morir,
BALTAZAR.
Il me semble vers moy venir
Que je voy Melchion de Sezile,
Ne sçay sy scet par nulle guille
Que je doie passer par cy .
A luy yray crier rrçefloy
De tout oe que méfiait ly ay ?
LE GEU DES TROIS ROYS. 89
Car moult lonc temps guerroie l'a y :
Ne scay si m'en fera pardon.
MELCHION.
A roy Baltazar, ou saint nom
De celui qui sa jus nous maine,
Vous cry mercy de la grief paine
Que vous ay fait en guerroient.
Ce voulez, je ne suis néant,
Prenez mon brânc, copez mon chief ;
Bien en povez venir à chief :
Vers vous point ne me deflendray.
BALTAZAR.
A roy Melchion, non fera y,
Ains me met en voz volentez.
De moy faictes voz talantez :
Copez mon chief, ce povez faire ;
Faites hardiement sanz meflaire
Car pardon vous fais bonnement.
MELCHION.
Sy fais-je à vous certainement.
Baltazar, qui vous amaine cy ?
Ne pour quoy estez venuz cy
Tout seul ainssy sans conpaignie ?
BALTAZAR.
Celle estoille de ray garnie
Dont Balaham fist le très te ment.
MELCHION.
Certes sy vien-ge prestement
Après lui tant que soie assigné (
A l'enfant petit nouvel né
gQ LE GÉU DES TROIS ROYS.
Et pour ce suis-je venuz cy.
Or nous séons .1. pou icy.
Venir me semble le roi de Tarce :
Vers nous s'en vient sanz faire espasse ;
Le plus qui puet vers nous s'adresse.
JASPAR.
Vrais Diex que j 'ay grant léesse !
Baltazar voy et Melchion
Parler ensamble sanz tançon.
Je cuit qui soient acordez,
!Point ne lez voy désacordez.
Je* me tiens en obédiance ,
Vrais Diex, qu'avez grant puissance.
Ces .11. ai guerroiez lonc temps
Ne scay si sont de moy contemps.
. De tout ce que leur ay méfiait
Ne scay s'il yront au défiait :
J'irai à eulz crier mercy
Puisque trouvez lez ay ycy.
Cy voise près d'eulz, puis die :
Seigneurs .11. roysqui estez là,
Aiez mercy de moy qui a
Mespris vers vous en toutes guises.
Toutes vengences soient prises m >
A vous me rens tout à bandon
Et de ma mort vous fait pardon :
De moy faictes touz voz plaisir.
BALTAZAR.
Nous voulons taire voz plaisir
En Tonneur de celui qui ce ray • •
LE GEU DES TROIS ROYS. 91
Nous envoie par conduit vray.
Où alez vous ? or le nous dites.
JASPAR.
Les chose's sont ainsy escriptes
Qui sont prophétiziés de pieçà,
Que une estoille que je voy là
Qui me maine vers Oriant,
Et là est nez ly roys puissant,
Et celuy vois-je aourer;
Servir le vueil et honorer,
Et pour ce suy-je cy venuz.
melchion.
Sire, vous soiez ly bien venuz!
Loez soit Diex de cest affaire !
Bien nous doit à tous .m. plaire
Qui ainssy nous a assemblez ;
Prions ly que désassemblez
Ne soiens tant que Païens veu.
BALTAZAR.
Puis qu'ensy est qui ly a pieu
De nous ainssy aconpaignier,
Or vous prie-je sans espargnier
Que ne veullons demeure foire
Et n'empeschons pas cest affaire ,
Car bien véons noble example.
MELCHION.
Seigneurs, je lou que tous ensamble
Nous nous mestians en esrav
Et pour certain je croy de vray
Que cilz qui touz biens nous envoie
9^ LE GEU DES TROIS ROYS.
Fous fera aler droite vpie
Qu'il le nous monstre par ce beau signe,
Gilz nous fasse de luy véoir digne
Car de tout mon cuer je l'en proie.
JASPÀR-
ïréz doulz Diex, moult désiroie
Avoir sy noble conpaignie.
Il la m'a trez bien ensaignie ;
Loez en soit-il haultement!
Or ly prie-je dévotement
Qui nous maine à sauveté.
melchion.
Or y atons touz assanté
Que bon propos en délay mis
Emble à Dieu de ces amis,
Pour ce qui tost à son povoir
A cuer la fleur de pris avoir,
Cuer mortiex en .1. point n'est oncques.
JÀSPAR.
Certes, c'est voir hastons nous doncques ;
Car cilz qui ne fait quant il puet,
Il ne fait mie quant il veult. , A
Mez cuers est, et je suis cy ;
Seigneurs, aiez de moy mercy,
Car moult me tarde que je le voie.
BALTAZAR.
Certes, sire, j'en ay grant joie \
Et pour ce vous prie, beauls seigneurs,
Alons au plus noble seigneur
C'oncques fut ne jà ne sera :
LE GEU DES TROTS ROYS. g3
Ceste estoille aler nous fera.
Bien pert que cilz est grans sa jus
i
Qui tel signe fait lassus.
Certainement cilz est Dieu vray
Qui sur nous fait luire ce ray ;
Et quand Diex le nous envoie '
Pour nous mener à droite voie ,
Or me dites, qu'âtendohs-nous ?
JViELCHION.
Sire, c'est voir ; avançons nous.
Cy voisent en tour le champ puis die ••
MELCHION. '
Seigneurs, au povoir Hérôde somes ;
C'est .1. grant homs entre lez homes.
Yrons-nous point parler à luy?
Savoir sy scet riens de celuy
Que nous quérons et nous adrecier ?
Ce nous pourra bien avencier.
Bien croy qu'il nous ensaignera.
JA5PAR.
Alons y véoir qui nous dira ;
Ne puet qui n'en saiche parler:
BALTAZAR.
C'est bien dit : penssons de l'aler.
< •
Gy voisent entour le champ jusques le mesagîer ait parlé.
trotemEnu. mesagier.
Aler m'en fault ysnellement
À Hérode certainement
Pour lui conter et rëtraire
De ces .m. roys tout leur aiaire
94 LE GEU DES TROIS ROYS.
Qui entrez sont en son pais :
Ne scay s'il est de eulz hais.
T roter me fault pi g s que le pas ;
Plus ne feray ycy repas
Que ma borce est mal garnie ;
Àler ne puis en conpaignie.
Y n'i a miton ni croisete ',
Une chose est qui me dehete ;
Sy sachiez bien certainement
J'en yray plus Légiérement. , ,<
Yoise .1. tour entour le champ, puis die à Hérode :
Hérode, roys de noble affaire,
De grant Dieu vous vueille parfaire!
Nouvelles vous viens anuncier.
HÉRODE.
Bien soiez venuz, mesagier,
Or le nous dy apporteraient.
TROTEMENU.
Tantost, sire, certainement i ,
Vous en diray trestout le voir.
Hérode, bie vous faiz savoir
Que .m. roys sont en vostre terre
Entrez; ne scay qui viengnent querre,
Et touz ceulz sont sans conpaignie,
Sans bacheler ne sans mesgnie,
Ne je ne scay quelle part ilz vont
Ne de quelle partie ilz sont.
L'aultruy lez viz à Garnemuz
Et tantost vers vous suis venuz.
(1) Petites pièces de monnaie.
LE GEU DBS TROIS ROYS. g5
Ainssy est-il, très doulz beaulx sire.
HÉRODE.
De ce que me diz ay grand yre.
Maistres Hermès, venez avant ;
Plus corrociez suis que devant.
Avez oy que cilz m'a dit :
En mon cuer en ay grand despit.
Il dit que .m. roys entrez sont
En mon royauhnc bien parfont ;
Conseilliez m'en que j'en feray.
HERMÈS.
Certes, sire, je vous diray
Il sera bon que vous sachiez
Quel part ilz vont, et en sarchiez'
Qui vont quérant ne qui demendent.
HÉRODE.
Tantost saray à quel fin tendent.
Mesagier, bien tost ysnellement
Va-ten, bien tost appertement
Et te diray que tu feras.
A cez .m. roys tu t'en yras :
Viengnent bien tost à moy parler
Que savoir vueil qu'ils vont quérant.
TROTEMENU.
Certez, sire, g'i vois, corant
Et vostre commendement feray,
Et aux .m. roys bien je diray
Ce qu'avez dit, mon chier seigneur.
HÉRODE.
Va, n'areste ne nuit ne jour.
$6 le geu des trois roys.
TROTEMEHU.
Aler m'en fault sanz demorée :
Faire me fault bonne journée.
Au ni. roys bien tost m'en yray
Et mon mesage leur conteray.
Cy voise au .m. roys et die :
Seigneurs .m, roys de noble afaire,
Le grant Dieu vous vueille parfaire !
Hérode, le grant roy puissant,
M'envoie à vous tout en présant
Et vous mende ainssy par moy
Que vous ailliez sans nul desnoy
A luy parler ysneliement.
Véoir vous veult certainement ;
Alez y tost sanz plus d'arest.
De movoir me vueil faire prest
D'aler en .1. aultre mesaige ;
Laissier ne vueil pas. mon usaige ;
Je m'y en voiz hastivement.
BAXTAZAR.
Tantost yrons certainement.
Seigneurs , or penssons de l'aler :
Sy alons à Hérode parler ;
C'est .1. grans homs entre lez homes.
En sa subjeccion maintenant sorties,
Et aussy parlerons à luy
Savoir sy scet rien de celuy
Que nous quérons et noua atrecier :
LE GEU DES TROIS ROYS. 97
Ce nous pourra bien avencier ;
Sy alons véoir qui nous dira .
MELGHION.
Espoir qu'il nous en saignera;
Ne puet qui n'en sache parler.
JASPAR.
C'est bien dit, penssons de l'aler.
Cy voisent entour le champ puis die :
BALTAZAR.
Seigneurs, entendez à moy.
Il me samble que je là voy
Hé rode, roy de noble afaire.
Alons-y nostre fait retraire :
A luy parleray le premier.
MELGHION.
Or le faisons sanz dé trier.
Cy voisent à Hérode, puis die :
BALTAZAR.
Hérode, qui a grant povoir
Et qui tout fist à son vouloir,
Vous doint santé, joie et honeur !
HÉRODE.
Bien viengniez-vous, noble seigneur !
Dictez-nous, sy vous vient à plaisir,
Dont estez vous et que quérir
Venez- vous cy en ceste terre ?
Estez-vous chaciez de guerre ?
Dictez-le nous, je vous en prie.
MELGHION.
Hérode, voulez que je vous die.
11. n
gS LE GEU DES TROIS ROY8.
Melchion suis, roy de Sezille
Où j'ay maint bourc et mainte ville,
Et ce roy ancien que cy véez,
Baltazar, est bien avoiez
Qui tient le royaulme d'Arrable,
Et sy Jaspar, roys impérable ,
Riches ho m s est ly jouvenciaulx»
HÉR0DE.
Or me dites se c'est raveaulx
Qui seul vous fait aler jouer.
Ne puis ce fait cy aprover :
A roy n'apartient pais cecy ;
Ne scay pour quoy faites cecy ;
Pour certain savoir le voulons.
BALTAZAR.
Hérode, .1. enfant quérons
Nouvel nez qui est roys dez .roys
Et hauls juges sur toutes loys,
Qui à nous c'est aparu
Par son ray qui de nous véu
A esté, qui conduit et maine
Toute créature humaine,
Vous et toute noz conpaignie, . .
Une estoille qui replanie,
Qui nous maine vers oriant.
Venuz somes par cy parant
Savoir s'en sariez parler
Ne quel phemin puissons alçf ^
Car par le prophète Balaham
Prophetiza sanz nul aham
LE GEU DES TROIS . KOY5. ' 99
>'i
Que de Jacob estoille y stroit
Et .1. enfès de Vierge naistvoit;
Et celluy entre nous qtiérons \
Donc l'estoille veue ayons.
Pour luy servir et honnorer
Venons nous cy, pour aourer,
Et ly portons de nos trésors.
HÉRODE.
Hermès, bien sont de leur sanz hors
Cez .m. roys qui sont cy venuz.
Hz nous dient qu'il est venuz
I. bel enfant qui vont quérant
Vers les parties d'orient, ...
Novel nez qui est roys dez roys
Et hault juges sur toutes loys.
A poy ne nie font enragier ;
CooseilHez-moy sanz estargier >\
Et me dites que j ? en doie faire .^
HERMÈS. ..i
Sire, ne me pouroie taire :
Ce mon. conseil croirre vouliez ,>' ...
Il sera bon que vous sachiez 'A-- u\ ..< >
Leur afaire certainement.
hérode. . i
Sa, beatcris seigneurs, venez avant :
Dictes bien tost sanz contredire > ;
Où alez querre c'est grant %\te ; t \
Maintenant savoir le voulons.: . .-
jasparv ' - • '•
Certes, sire,' nous ne< savons » • ,» u'i
7-
IOO LE GEU DES TROIS' ROYS.
Quel part il est certainement
Pour ce Venons cy vrayment
Pour savoir se riens en savez.
HÉRODE.
Hé! gens estez bien devez
Qui quérez et ne savez quoy .
Maistres Hermès, parlez à moy.
Avez oy que cilz me client,
En ce que trouver il se fient
I. enfant qui est roys dcz roys?
Ainssy le diant-ilz tôuz trois.
De ce fait cy mpult me desplàist,
Car ilz ne scevjônt où il est.
En saveztvous nulles taovelles ?
ttEaMBS.
Sy fais sire, mes ne sont mie belles
Pour vous ; cat nez est en Judée
I. enfès en Bethléem la lpe ; ■ ■ j
Ainsy le vous dy et raconte.
HÉRODB.
Que sces tu? Or le dy et le conte
Ou le chief te feray hosfcer-
B£HMÈS.
Volentiers, sire; sanz doubter
Vous en diray ce qui m'en sanoble
Et croy qu'en verrez bien l'example.
Il est escript par le prophète
Ceste raison^ sy complète :
Tu, Bethléem terre juise,
Tu qui es en petit fiier mipe
LE GËU DBS TROIS ROYS. lOt
Entre lez princes de Judée,
Terre petite est apelée.
Certes de toy .1. roy ystra
Qui tout Ysrael gouvernera ,
Son pueple et gistera d'essil.
Et je croy que ce est sii
Que cilz .m. roys vont sy quérant;
Et sachiez, bien certainement
Que le inonde à luy feront croirre,
Et diront en paroi les voire
Que cilz enfes est roys du inonde ;
Et trestout tendra à la raonde.
Sy regardez qu'en voulez faire
HÉRO&B.
Ce fait cy lie me puet plaire.
Seigneurs, .111. rOys, venez avant :
Quant vous aurez trouvé l'enfant
De cuer prié et aouré,
Servi, amé et honouré,
Je vous pri, retournez par Cy.
G'iray à luy crier mercy,
Car sachiez, je suis désirant
De aourer le roy puissant,
Et me sachiez dire au retour.
A luy yray sanz nul séjour,
Gardez qu'en cela n'ait deffaulté.
MELCHION.
Sy ferons nous sanz nulle fàulte;
Tan tost retournerons par vous,
Car certes n'i a nul de nous
103 LE GEU DES TROIS ROYS.
Qui voz plaisir. ne voulsist faire.
HÉ RODE.
Gardez ne faictes du contraire
Et penssez tost du revenir. -
p\LTAZÀR.
Hérode, à vostre plaisir.
Cy s'en voisent et qyant ilz sont hors de Hérode, die Jaspar ?
JAJSPAR.
Beaulx seigneurs, entendez à flioy :
Nostre estoille plus je ne voy ;
Sy en suis forment esbahis.
BAJLTAZAR .
Certes mes cuers est amesrb
De ce qu'entre nous sy trestuit
Avons pardu ce hault conduit
Qui nous conduisoit et menoit.
Nous avons fait ce qui esnoit
A cilz qui le conduit et maire :
Je me dout que pis ne nousviengne.
Las! où pourrons voie tenir?
MELCHION.
Seigneurs, sy vous vient à praisir
Metons-nous touz .111. à genous ;
Sy prions bien à Dieu pour nous
Par quoy l'estoille nous renvoie
Et que chascun de nous la voie;
Et ly prions dévotement
Qui nous donne conduisement
Que ne savons mais où aler.
LE GEU DES TROIS ROYS. Io3
JASPAR, àgenous.
Vrais Diex en qui n'a point d'amer,
Vueilles nous secourir sy te plaist.
Perdu avons dont nous desplaist
L'estoille qui nous conduisent,
Et en Oriant nous menoît :
Sy ne savons qu'avons meftait.
Vers toy quant vais au défiait
Si te prions doulz roys dez ciex
Qui es vrais sires et vrais Diex
Que l'estoille tu nous renvoiez
Que envoie tu nous avoiez,
Par quoy nous le puissons trouver %
Et tout nostre fait achever.
Car moult grant désir en avons ;
Mèz plus aler nous ne savons,
Perdu avons nostre lumière.
BALTAZAR.
Seigneurs, or faisons bonne chière ;
Je voy l'estoille raparoir.
Or la povez-vous bien véoir,
Car cilz veult que nous la véons,
Seigneurs, qu'entre nous sy quérons;
Car point ne nous a oubliez.
' MELCHION.
II nous a moult bien desliez :
Louez soit- il de cest affaire !
Sy ne voulons demeure faire,
Et penssons fort de l'aler.
104 LE G EU DES TROIS ROY*.
JASPÀR.
S'a mon soahet povet aler,
Nuit et jour d'aler ne fcroie.
RALTÀZAR.
Certainement aussy vouldroie.
. MELGHION.
Cheminons; que Diex nous conduise !
JASPAR.
Alons et jà riens ne nous nuise !
Et ne cessons tant que nous soions,
Et que l'enfant trouvé aions !
Cy voisent .1. tour ou .11. enmy le champ et puis die Baltazar.
* BALTAZAR.
Beaulx seigneurs, entendez à moy,
Et a restez .1. poy en quoy.
Laissiez me dire mon désir
A celuy que là voy gésir
Comme enfant es bras d'une fammc
Qui pain d'ange à homme samme.
Sur Iuyjest l'estoille arestée
Qui de nous a faicte la menée.
Puis s'agenoille devant Nostre-Dame, et puis die •
Sires, enfés en humanité,
Roys des roys en divinité,
Nez sa jus de mère sanz père,
Mais lassus de père sanz mère ;
De mère nez temporelment,
De père perpétuelment,
A roy dez roys, mercy vous cry.
Mon cuer vous doin, ainssy le dy
LE GEU DES TROIS ROYS. Io5
De bouche et sy vous fais homaige.
Et en signe de ce vous ai-ge
Du plus bel de tout mon toéftor •
Qui voir est; j'aporte de Por,
Car or sy apartient à roy.
D'une part, je voy sy l'aroy
Où vostre amour vous fait descendre
e > Qui fait votre mère almomie prendre
Pour prester vous nécessitez,
Car vos enterimes povretez
Avez espousée et enprise.
Dame qui messire tant prise
Qui ne puet plus, prenez cest offre,
Et sy le metez en voz coflre :
Bien fut nez cilz de qui vous prenez,
Car à ,c. doubles le rendez.
A vierge mère et du ciel dame,
A vous me rens et corps et àme
Comme ma dame souveraine
Et de toute doulceur fontaine
Et porte de miséricorde,
NOSTRE-DAME.
Mon filz vous doint paix et concorde
Et ly plaise en gré recevoir
Le don que ly avez fait de voir !
Regardez, mes enfès Jhesus,
Gez .m. roys qui soift venuz,
Vous véoir de longues contrées.
Seigneurs, or nous soient nommées
Lez terres dont venistes cv*
Io6 LE GEU DES TROIS RQYS.
BALTàZAR.
Dame, damc > pour voir vous dy
Païens sommes de longue terre
Qui vostrc filz venons requerre.
Je suis Baltazar, roy d'Arrable,
Et sy Jaspar, roy imparable,.
Et Melchion roy de Sezille
Qui maint bourc tient et mainte ville :
Ainssy est-il certainement.
melchion.
Hé ! trez-doulz roys du firmamant-,
De tout mon cuer servir vous vueîl ,
Amer, doubter, plus que ne sud;
Car je voy tout pour certain
Que vous estes roys souverain.
Sire, enfès en humanité,
Roys des roys en divinité ,
Grant fin et grant désir avoie
De vous véoir, plus ne désiroie.
Or suis-jc venuz à m'entente
Tant suis aie par bois, par sente.
Offrende vous fais d'encens,
C'est une oudeur qui très-bon sent.
Ceste boite sy toute plaine
Vous offre à vostre demaine :
A vous appartient bien tel offre.
Dame, metez-l^en voz coffre,
Et ly priez, Vierge pucelle,
Dame, royne,. humble cncelle '
(1) Encelle, ancilla , servante.
LE GEU DES TROIS ROYS. IO7
Car il li plaise par sa grâce
Que de mez matylx pardon me face
Et que sains et sauiz nous conduise,
Et que nulle riens pe nous nuise.
Vierge mère et du ciel dame,
A vous me rens et corps et âme
Et à vostre filz que vous tenez.
NOSTRE-DAME.
Roy s, cilz à qui le donnez
A cent doubles te vous puist rendre !
Filz, or vueullez en bon gré prendre
Lez dons que cilz vous ont offert,
Cilz n'est mie fol qui vous sert
Ainçois a bon entendement,
JASPAR.
Gloriex roys du firmament,
Ne pou ri oie plus tenir
Que ne disisse mon plaisir,
A vous aire, qui couchiez estes
Sy povrement entre ce? bestes.
Premier estes sans commandement,
Darrain sans point de finement,
Vie sanz mort et jour sanz nuit,
Voie à droit port, vrais en conduit.
Je confesse voz déité .
Et la vraie humanité
De vous, sire, mez grant désir
A voie moult de vous véir.
Or av tant aie et venu
Que à vray port je suis venu.
108 LE GEU DES TROIS ROYS.
Sy vous présente en vos demaine
Geste boite de mirre plaine :
Grant vertu a cest oignement
Je le vous dy certainement.
Si vous prie, dame débonnaire
' Qui à nulluy n'estez contraire
Que retenez cest présent cil
Que j'ay offert à vostre filz,
Et ly priez, vierge Marie,
Que vers lui point je ne varie
Et nous remaint à sauveté.
nostre-dàme. «
Seigneursy sachiez pour vérité*
Que vostre plaisir je fera y
Et mon chier filz je prieray
Pour vous en lui requérant
Qu'entre tous malx vous soit garent.
Doulz Diex, doulz roys, doulz filz de gloire,
Vous vueilliez avoir en mémoire
Cez .111. roys qui cy sont venuz
De loing pats entretenu z.
Beaulz dons vous ont cy aportez ;
Assez ont eu de povretez
Pour vous, biaulz filz, en vous q itérant.
Or leur veuillez estre garant,
Filz dont délivre lu sanz paine
Et com Vierge pure et saine.
En nom de vous prendray cest oflrc
Que bien doit estre mis en ûoffie,
Et vous prie très-doulx biaulz ficx
/
LE GEU DES TROIS ROYS.
ÏOg
Qui estes pères et vrais Diex
Que cez prédomines qui cy sont
Qui leurs prières à vous font
Que lea gardiez d'encombrement
De mal, d'ensnuy d'enpeschement :
R'aler veullent en leur païs.
JOSEPH.
Seigneurs, ne soiez esbahis,
Car cilz pour qui cy venuz estes
Que cy véez entre cez bestes
Vous donrra dez biens à plenté
Et vous remenrra à santé
En voz pais certainement
Que sires est du firmament.
Sy ly prierons moy et Marie
Qu'à touz .m. vous soit en aie
Et vous remaint k sauveté.
NOSTRE-ÏUME.
Mon filz leur donrra à plenté
De ce qu'il y vont requérant.
De touz maulx leur sera garant,
Car moult bien deservy l'ont
Que de loing pais venuz sont :
Cilz s'en veullent tantost r'aler.
JOSEPH.
Traveillez sont de tant aler ;
Sy prie Dieu dévotement
Qui lez conduise à sauvement,
Car ilz n'ont mie estez avers.
Certes beaus dons ly ont offers ;
110 LE GEU DBS TROIS ROYS.
Sy leur sera bien guerdonné.
NOSTRE-DAME.
Cilz à qui il ont le don donné
Leur rendra bien quant temps sefo;
De leurs maulx lez alégera
Car mon filzest miséricors.
BALTAZAR.
À vous me rens d'àme et de corps,
Saine royne de tout le m onde >
Vierge en qui tout bien abonde ;
A vostre filz nous commandons
Et en sa grâce nous metons :
Dame, prenez à vous l'ottroy»
MELGHION.
À vous prenons congié tout troy }
Priez vostre filz qui soit garde
De nous, car certes moult nous tarde
Qu'en noz pais nous en aillons.
, ; JASPAR.
À Dieu, dame vous commandons:
Congié prenons de vous, Marje; •
Sy vous requier Vierge et déprie -,
Que nous veuillez avoir en garde, .
Car vravment forment nous tarde
Que nous soions en noz pais.
NOSTRE-DAME.
Seigneurs ne soiez esbahis,
Car cilz qui tout tient en ces mains
Vous conduie et sauls et sains
En voz pais sans. vilenie.
LE GEU DES TROIS BOYS. III
JOSEPH.
Certes ilz n'y fauldront mie ;
Car il a reçu k voulenté
Le don qu'ilz ont cy présenté.
Cy prierons noz filz et noz père
Qui lez garde de mort amère
Et lez remaint saulz et senez
Es pais dont ilz furent nez •
Et leur doînt la joie parfaite.
Cy s'en voysent les .in. roys.
NOSTRE-DAME.
Joseph ce que dictes me hete ;
Pour quoy je prie mon chier filz
Que ces .jiï. roys veuillez conduite
Que riens qui soit ne leur puist nuire.
BALTÀZAft.
Seigneurs, entendez mon plaisir :
Acomply avons noz désir
Que tant a veoir covetasmes
Et moult de cuer ly en priasmes,
Sy vous diray que nous ferons : • > :
Par Hérode nous en vrons, '•--•-'
Car ainssy nous ly promismes . • ' "
Quant de luy nous départismes
Et ly conterons nostre affaire;
Car certes moult ly devra plaire,
Et pour certain grant joie aura
Quant retourner il nous verra
Que l'enfant à veoir convete,. ;
De l'aourer forment ly hete. ; ^
H3 LE GEU DE8 TROIS ROYS.
Si vous diray que nous ferons :
*
.1. pou ycy .nous dormirons
Et certes ainssy je l'octroy,
Car traveilliez sommes touz troy :
Pieçà ne finasmes d'aler.
MELGHION.
Baltazar, bien ferons de l'aler
Par Hérode la droicte voie,
Mais avant que plus nous esnoie
Je lou que dormions .1. petit;
Car certes, j'en ay appétit.
Forment nous sommes traveilliez,
Puis quant nou* serons raveilliez
Tout droit nous mettons au chemin,
Et Dieu en louerons de cuer fin,
Et après à Hérode conterons
Tout ce que trouvé nous arons,
Car tenir devons nos promesses.
JASPAR.
Tenir nous fauldra lez adresces,
Mais reposer nous fault avant,
Car nous somiqes touz récréant.
De cy dormir suis.feien d'acort,
Car nous avons fait le plus fort
Et puis s'irons en nostre afairq
Qui bien à Hérode devra plaire.
Cy facent sambUnt de dormir jusque» Fange ait parlé.
— DIEU LE PÈRE.
Gabriel, entens b moy ;
Dire te vueil $anz plus d'esnoy
LE GEU DES TROIS ROYSw ll3
J'ay bien entendu ma mère
De moy prier n'est pas amére,
Et m'a requis pour au. prédomines
Dez quielz servy esté nous sommes
Et sont venuz de loing pais
De riens n'ont esté esbabis
Et n'ont mie esté avers,
Àinçois ont leurs trésors overs.
Offrande ont fait à mon fîlz
Que j'ay transmis ou monde essis.
Cez roys sy li ont fait présens
Or, mirre avec encens,
Et viendrent par le roy Hérode
Qui a le cuer félon et rode.
Cilz leur pria qui retournassent
Par luy quant il repassassent ;
S'ilz y vont morir lez fera,
Aultre vengence n'en penrra.
S'iras à eulx et leur diras
Et de par moy leur dépendras
Que par Hérode ne se revoisent,
Mais par aultre lieu sy s'en voisent.
Ma mère m'en a bien proie ;
Por ce vueil qui soient avoié
Par aultre lieu , car obaîr
Doy à ma mère; à son plaisir
Faire comme filz et sy ferai-ge :
Jà de riens encontre n'irai-ge
De nulle riens qu'elle me prie ;
Et ce veul bien que chascun m'oie :
h. 8
I 1 4 LE GEU DES TROIS ROYS.
Qui père et mère ne honorera
Il soit certains de mort morra
Et sy vendra à maise fin.
C'est la conclusion et la fin :
Qui deshonoure père et mère
Il est raison qui le conpère.
Sy te diray que tu feras :
A cez .m. roys tu t'en yras
Et leur nunceras de par moy
Que du tout obaïssent à moy :
Sy t'en va tost sanz plus d'arrest.
GABRIEL.
Certes, Sire, je suis tout prest
A faire voz commandement.
Au roys m'en voys appertement
Eulz anuncier ce qu'avez dit :
Point je n'iray au contredît.
Cy voise au .ni. roys et die :
Seigneurs .ni. roys de grant bontez,
N'aiez voz cuers espoventez,
Car Diex ly pères à vous m'envoie.
C'est cilz qui de touz malx nestoie,
Gommetez-vous en sa puissance :
D'erreur en vraie co'gnoissance
Vous avez son filz aouré ,
Sy en devez estre honnouré.
Il ne veult pas que périssiez
Ne que point d'enconbrier aiez ;
Sy vous diray sanz parabole ,
Entendez bien à ma parole,
LE OEU DES TROIS ROYS. i 1 5
L'aultruy quant vîntes par Hérode
Qui a le cuer félon et rocle ,
Vous ly demandastes le roy
Nouvel né, que en bonne foy
Le quériez pour luy aourer,
Grant fin aviez de ly honorer.
Il vous dist que retournissiez
Par luy et faulte n'y fissiez ,
Et qui le vendroit aourer ;
Il ment, mèz murtrir et tuer.
Et savez tant qu'avec luy fastes
Oncques l'estoille n'aparceustes.
Sy vous mende Diex nostre Sire
Qui est bon pliisicien et bon mire,
(C'est cilz qui de touz mal* nestoie,
C'est celui qui touz biens envoie),
A touz .m. vous mende salut.
Sy vous anunce qu'au retour
Vous en ailliez par aultre tour;
Certes point ne se forvoie
Qui va bon chemin et bonne voie.
Or avez-vûus commandé bien
A son vouloir sur toute rien,
Mèz après bon commancement
Faut-i! bien bon définement.
Percéverez touz jours en bien,
Et amez Dieu sur toute rien.
Qui Dieu amera de cuer fin
Dieu aura et gloire sanz fin.
Icy ne feray plus d'arrest :
8.
Il6 LE GEU DES TROIS ROYS.
De Dieu servir soiez tout prest ;
A Dieu soiez, mez bons amis,
Tout droit m'en vois en paradis.
Cy s'en vofee et Baltazar se lieve et die *
BALTAZAR.
Ha hay ! seigneurs, véez cy merveilles;
Oncques mais n'oy lez pareilles.
Je vous dy bien certainement
J'ay entendu en mon dormant
.1. angle qui est descenduz
Du ciel et nous a defFenduz
Que par Hérode ne retournons
Que malvaiz loier en arons.
C'est .1. tirant de maise vie
II nous feroit perdre la vie :
Tourner nous fault par aultre voie.
MELCHION.
En mon dormant bien Pentendôie ;
Sy loons Dieu de cest affaire
Qui bien nous doit à touz .ni. plaire :
Il ne veult pas que périssons
Ne que par ce traistre nous aillons,
Car tous .m. morir nous feroit.
JASPAR.
Certes bien faire le pourroit,
Car c'est. i. roy de grant emprise j
Faire en pouroit tout & sa guise.
L'ange nous a bien deffendu,
En mon dormant l'ay entendu ;
Si obaissons du tout à Dieu.
LE GEU DES TROIS ROYS.
II 7
Et en allons par aultre lieu.
Car bien devons démener joie.
Loez soit cilz qui tout avoie
Sy ne faisons plus cy d'arrest.
BALTAZAR.
Alons nous en, je suis tout prest.
Que le vray Dieu nous conduise !
MELCHION.
Nulle riens qui soit ne nous nuise
Et aler puissions à droit port !
JASPAR.
Le vray Dieu nous soit confort.
Cy voisent où ils vaurront.
LE SEMEUR.
Grant temps a que je oy dire
.1. proverbe à .1. grant sire,
Et sy disoit, bien m'en souvient :
Qui veult menger ouvrer convient
Sy n'a rentes qui le soustiegne
Dont blé et vin souvant ly viengne,
Il n'est roy, duc ne emperière
Tant soit sage de grand manière
Qui sanz peine povist avoir :
Pour ce fault faire son devoir.
Qui touz jours en quoy se tendroit
Oiseure, sy l'afammeroit.
Diex dit : « aide toy, je te aideray ,
Ou se senon je te fauldray ;
Car cilz qui aidier ne se veult
En grand poverté de fin se treult ,
Il8 LE GEU DES TROIS ROYS.
Pour ce doit l'en grant paine meçtre
En labourer et entremectre.
Pour ce mefault-il labourer
Et ma chevance recouvrer.
Du blé feray en ceste terre :
Aucune chose me fouit aquerre,
Commencier veul tout maintenant.
Puis semeray incontinant.
Cy.face semblant de labourer.
HÉRODE.
Maistres Hermès, entendez ça :
Nous avons atendu pieça.
Cez .m. roys qui par cy vindrent.
Certainement pour fol me tindrent
Quand avec eulz je n'envoiay ;
Certes ne sçay que j'en feray.
Troublez en suis certainement :
Or me dictes appertement
Que j'en feray, conseilliez m'en.
HERMÈS.
Se Diex me met en très bon an,
Sire, ne scay que ce puet estre ;
Je croy qui n'ont pas trouvé l'estre
Encoire où ly enfès est nez.
HÉRODE.
Certes j'en suis touz forsonnez.
Je vous diray que nous ferons :
Lez passages garder ferons
Et la ville sera gardée
De bonnes gens et bien armée.
LE GËU DES TROIS ROYS. I 1 g
Sy ne nous pourront esc ha per:
Ainssy seront-ils a t râper.
Ça, gens d'armes, venez avant ;
Aler vous fault incontinant
Garder lez pors et la cité,
Et se .m. roys d'iniquité
Passent, par aucune meschance
Arestcz lez sanz destriance ,
Amenez lez appertement ,
Sanz y faire arrcstement :
Gardez qu'en cela n'ait deffaulte.
Humebrouet et Hapelopin ensamble dient, et soient armez bien :
Tantost yrons sans faire faulte
Et tout vostre plaisir ferons
Que moult grand désir en avons.
Gy facent semblant de aler garder jusques le semeur ait parlé.
LE SEMEUR.
Dès ors mez ne vueil plus attendre :
Mon champ vouldray ycy comprendre ,
Semer le vouldray maintenant
Sans y faire arrestement.
J'ay oy dire en ,i. proverbe,
Chascun le scet bien par le verbe :
Qui non laboras non menduces.
Plus ne vouldray faire pereces ,
Semer le vueil sans alentir.
HUMEBROUET,
Je me vueil de cy partir;
Hapelopin, cntensà moy.
I20 LE GEU DES' TROIS ROYS.
^■. ... ■■-.■-- — -■» — ■■.■ I 1 — ■■»■■- I ■ — — I- — — ■ ■ ■ — ^. — !■ | I 1
t
Cez roys venir point je ne voy,
Grant pièce esté avons ycy :
Certes point passez ne sont cy.
A Hérode nous en r'alons
De cez roys à luy nous douions.
Or en alons appertement.
t*ÀPE lopin.
Àtendu avons longuement,
Et sy n'avons trouvé nulli
Qui point passez soit au jour d'ui.
Cez .ni. roys point passez ne sont,
Ne scay ce par aultre chemin vont
Sy alons conter et retraire
À Hérode tout npstre affaire j
Ne sçay pas sy li desplaira.
HUMEBROUET.
Certes, je crpy que cy fera.
Cy voisent à Hérode et die :
HUMEBROUET.
Hérode, roys de grant puissance ,
Retournez sommes sanz doubtance ;
Trouvé n'avons certainement
Cez .m. roys qu'alez demendant,
Dont certes trop fort nous esnoie.
Retournez sont par aultre voie ,
Bien nous ont fait faire la muse.
héivodje.
Vecy pour moy une orde ruse :
Maistres Hermès, parlez à moy ;'
Maintenant suis en grand effroy
LE GEU DES TROIS BOYS. 121
De ces .m. roysque j'ay perdus.
Longuement lez ay attendu/ ,
Sy ne sçay que j'en doie faire.
De ce fait cy ne me puis taire :
Conseillez m'en isnellement.
HERMÈS.
Je vous diray certainement
Et bon conseil je vous donrray
Tout le meillieur que je pourray.
Vos geqs d'armes prenez errant ;
Envoiez lez incontinant
En Bethléem, celle contrée
Là où sera la renommée ;
Où seront trouvez petiz enians
En soubz l'aage de .11. ans
Soient tuez et mis à mort
Et qu'à nulz ne facent acort ;
Car ce cilz enfèz vit et règne
Il vous destruira vostre règne :
Sy conseille que tuez tout.
HÉ RODE.
Par Mahon, je feray trestout
Occire sanz nulz esparnier.
Sa, Humebrouet le premier,
Et Hapelopin touz ensamble,
Dire vous vueil ce que me semble.
Àlez vous en sanz plus d'arrest
En Bethléem et soiez prest,
Et me tuez touz lez en fan s
Dessoubs l'aage de .11. 9ns,
122 LE GEU DES TROIS ROYS..
Et gardez bien sanz faire acort
Que il soient touz mis à mort ;
Et ce l'enfant povez trouver
Que lez roys aloient aourer
Que tantost et ysnellement
Le m'aportiez hastivement,
Ou que j'en aie ou bras ou elles
Que plus ne régnera soubz mez elles.
Alez y tost sanz faire arrest.
humebrouet et HAPELOPIN ensamble.
Certes, sire, nous sommes prest
À faire voz commandement :
Tantost yrons apperrement.
pieu le père.
Raphaël, vien sa tost à moy ;
Va-t-en bien tost sanz nul desnoy
A Joseph et ly va nuncier
Qui s'en voisesanz plus targier
En Ègipte, lui et Marie,
Car Hérode a grand envie
De faire mon 61s mectre à mort ;
Mez je li donray bien confort.
Il a commandé lez enfans
Dessoubz l'aage de .11. ans
A mettre à mort sanz demorée
Tout contre val celle contrée,
Car courreciez est durement
De ces .111. roys certainement
Qui retournez ne sont par luy :
Sy en morra à grand esnuy.
LE GEU DBS TROIS ROY S. 123
Or t'en va tost hastivement.
RAPHAËL.
G'i vois, sire ; appertement
Tantost votre mésaige feray,
A Joseph toutraconteray.
Çy facent semblant d'aler jusque» lez diables aient parlé.
BELGIBUS , premier diable.
Bélias, mon beau compaignion,
Entends mon sens et ma raison .
Alons en noz maisons guestier,
Car il en est trop grand mestier,
Et trop bien nous la dépendrons
Ou aultrement nous la perdrons.
Çélias, allons y erraument.
bélias, second diable.
Tu te doubtez trop malement ;
N'iay qui noiis (ace tortz.
BELGIBUS.
Oil, voir bien m'en recors.
Cil enfès qui devoit venir
Est venuz, bien devons gémir ;
Car certes mort souffrera
Et puis sy resuscitera,
Puis vuidera nostre maison.
Certes nez est de Ma r ion,
Et Hérode le fait quérir
Pour le tuer et pour mbrfrrr :
Sy ne sçay pas qu'il en sera .
BÉLIAS.
Ly enfez ly eschapera,
124 LE GEU DES TROIS BOYS.
Je le sçay bien certainement.
A Joseph mande hastîvement
Par son angle que il s'en voise
En Egipte (trop fort m'en poise),
Et qu'il l'emmaine isnellement
Dame Marion et son enfant
Et des mains Hérode sera quite.
BELGIBUS.
Sil enfès est de grant mérite
Et son père le sauvera
Que maintenant pas ne m orra.
Devant ce il vendra son point
Et que trestout mettra à point
Ce que son père a orctené
Que trestout ly est abandonné ;
Mèz une chose me desconforte
De quoy souvant il me recorde
Que nostre enfer il vuîdera
Quant de mort ressuscitera.
Sy en suis trestout forsonnez
BÉLIAS.
Nous serons trop bien assinez,
Et assez arons conpaignie.
Hérode fait une mesnie
De petiz enfans décoler
Qu'en enter ferons droit aler.
Sy lez tourmenterons apprement ;
Jà n'y aront aligement
Puisquil seront en nostre garde.
LE GEU DBS TROIS ROYS. ia5
BELGIBUS.
Bélîas forment me tarde ;
Assez leur feray de meschief
Que bien en venrons à bon chief.
RAPHAËL.
Joseph, amis, entens à moy,
De riens ne soiez en effrov.
Diex ly pères à toy m'envoie
Et veult que de riens ne t'esmoie :
Sy pren ta famé et ton enfant,
En Egipte t'en va fuiant,
Car Hérode sy fait quérir
Touz lez enfans et fait morir
Dessoubz l'aage de .11. ans
Qui sont vrais, purs et ignocens;
Quar il est plain de grant desroy
Et cuide tuer le vray roy.
Sy t'en va tost isnellement
Et plus n'y fay arrestement :
De par Dieu le t'ai-je conté.
JOSEPH.
J'ay tout mon cuer espoventé
De ce que j'ay cy entendu ;
Certes j'en suis touz esperdu.
Entendez ça à moy, Marie,
Et ne soiez point esbahie.
De cy nous en convient aler,
Car Hérode fait décoler
Sy aval lez petiz enfans
Dessoubz l'aage de .11. ans :
I2Ô LE GEU DES TROIS ROYS.
Nulz n'en demeure en ce pais.
Touz cez sergens y a commis
Et Diex le m'a mendé ainssy.
Sy nous fault tost partir de cy
Et en Égipte nous en yrons.
NOSTRE-DAME.
Puis qu'il l'y plaist, nous le ferons ;
Sy nous mettons tost en la voie.
Le vray Jhesus sy nous convoie
Et nous doint venir à bon port
Que nul ne nous puist faire tort ;
Devant moy mon enfant porteray.
JOSEPH.
Mon troucelet tantost feray
Et vous monteray sus la mule
Qui pas volontiers ne recule.
Sy nous métrons tost au chemin,
Tantost avant huy que demain.
Gy voisent Joseph et Marie tout bellement.
BiÉTRis, famme.
J'ay .1. enfant de bel afaire,
Biaus est de corps et de viaire,
De tous enfès est ly plus biaux ;
Bien ly feray touz cez aniaux.
C'est tout mon soûlas et ma joie :
Certes moult bien son temps enploie
Qui ainssy fait telle porture.
YSAREL.
Bien ay fait noble noriture,
Touz jour tenir je le vouldroie.
LE GEU DES TROIS ROYS. < 127
Certainement miex ameroie
A morir que il fut mort ;
C'est ma joie et mon confort :
Besier le vueil trestout en l'eure.
B1ÉTRIS.
Je prie à Dieu que la bonne lieu re.
Soit au mien donné maintenant :
Besier le vueil incontinant,
C'est tout mon soûlas et m 'amour.
YSABEL.
Du mien ne sçay faire clamour;
Regardez con belle toilette !
Besier le vueil en la bouche te.
Hé Diex! hélas! qui se tendroit
De le amer n'en ne pourroit>
En luy n'aroit sanz ne raison :
Chanter ly vueil de Marion.
JOSEPH.
Dame je vueil .1. pou aler
A se semeur à luy parler;
Demander luy vueil nostre voie.
NOSTkE-DAMÈ.
Alez, Joseph ; Diex vous doint joie !
Cy voise Joseph parler au semeur et die :
JOSEPH.
Amis prodoms, entens à moy
Et point ne soiez en desnoy ;
Parle à nous .1. pou sy te plaist.
LE SEMEUR.
Certes pas ne me desplaist :
128 LE GEU DES TROIS ROYS.
^-^— — ^ — — — ^^M — ^— — ^— — ^— ^^^^— | — — ^M II — . ■■ ■■ I - ■■!■■■
Or me dictes que voulez-vous?
JOSEPH.
Je te prie ensaigniez nous
Par t'amour et par ta mérite
Tout droit le chemin en Egiptë,
Et s 'aucun après nous venoit
Qui d'aventure demendoit
Se tu as veu passer nullai,
Sy pourras dire à cellui
Que tu n'as veu venir n'aler
Ne personne par cy passer :
Amis, vueilles pour nous tant faire.
LE SEMEUR.
Prodoms et amis débonnaire
Je le feray très volontiers
Se âme vient par cez sentiers,
Que je voy bien qu'estez prodoms.
JOSEPH.
A Dieu frère vous commandons;
À Dieu aiez bonne espérance ;
Qu'en bien aiez montepliance
Et vous garde d'enconbrement !
hapelopin.
Avant, compains, appertement;
Penssons bien fort de bésoignier
Et faisons tost sanz espargnier.
Faire nous fault nostre devoir
Se nous voulons le gré avoir
De Hérodc le noble roy.
Tuer nous fault par grant desroy
LE GEU DES TROIS ROYS.
129
Tous lez enfens que trouverons
Que jà nulz n'en cspargnerons
Tant qu'arons tué le hardel
Qui tant de paine et de duel
Nous fait : avant, ne lessons rien.
HUMEBROUET.
Avant, compains, vecy le mien ;
De moy sera tost décolez.
BIÉTRIS.
Ha! hay! faulz murtriers, que volez?
Voulez vous tuer mon enfant?
Sanglans truans, larrons puant,
Je vous estrangleray en Peure
HAPELOP1N.
Certez, maintenant sanz demeure
Je descoleray cestuy cy :
James ne partira de cy.
S'ara la teste copée ;
Je ly donrrai telle acolée.
Avant, putain, laissiez aler ,
Tantost vous seray si baler,
Or ça bien tost en maie estraine.
YSABEL.
Diex vous met en maie sepmaine
Larrons murtriers; las ! mon. enfant
A faulz malvaiz tristes puant.
Hay! vrais Diex! las! que feray?
Jamais au cuer joie n'auray.
A mon enfant, las! que ferai- ge?
Bien doy avoir au cuer la raige :
11.
3o , LE GEU DES TROIS ROYS.
Merveilles est que ne me tue.
BIÉTRIS.
Lasse ! le mien forment m'argue
Lasse mescbante mal abeurée l
De quelle heure fu-ge oncques née?
A! murtners, on vouspuîst pendre!
Or ne sai-ge quel conseil prendre
Puisqu'enssy voy mon entant mort.
De laide et angoisseuse mort
Morir m'en fault certainement.
YSABEL.
Je ne puis vivre longuement
En tel esnuy, en tel tristesse;
Jamais au cuer n'aray léesse
Quant j'ay perdue toute ma joie. .
Certes plus vivre ne pourroie :
Il me faut morir tout en l'eure.
HUMEBBOUET.
Sans faire ycy plus de demeuncy
Hapelopin, mon compaignon,
Je te prie que riens n'espargnon
Tant que nous aiens mis à mort
Ce garsson qui nous fait grant tort.
Tant yrons que le trouverons
Et la teste ly osterons,
Anssy qu'au aultres avons fait,
Sans y faire noise ne plait :
Oi 4 en alons hastivement
HAPELOPIN.
Je le vueil bien certainement,
LE GEU DES TROIS ROYS. l3l
Car certes j'ay grant désir
Que puisse ce hardel tenir :
M'espée ou corps ly bouteray :
Autre vengence n'en prendray
Que plus ne vivra, sanz doubtence.
LE SEMEUR.
Vray Diex que tu as grant puissance I
Semé ay ce blé, maintenant,
Cuillir le fault incontinant,
Car je voy bien qu'il en est temps.
HUMEBROUET.
Sa beau prodoms, à nous entens
Et ne vueilliez de riens mentir :
Tu t'en pourroies bien repentir.
Passa-il hui par cy nul âme
Homme n'enfant, varlet ne dame
Qui portassent petiz enfans?' <
LE SEMEUR.
Certez, seigneurs, je vous convant
Conques puis que mon blé semay .
Personne vu venir n'aler n'ay,
Ne créature petit ne grant.
Or vueil saier mon blé errant.
Certainement plus n'atendray.
HÀPELOPIN.
Certes arrière retorarneray,
Humebrouet, mon compaignon ;
Faisons bien, tost sy retournon,
Car plus ne savons où aler.
Piessà ne finàsmes d'aler :
9
l32 LE GBU DES TROIS ROYS.
Le hardel trouver ne povons.
HUMEBROUET
Hapelopin, nous ne savons
Ce tuez est certainement. , *
Alons nous en hastivement
Et à Hérode conterons
Tout ce que fait nous arons.
HÉRODE
Entendez à moy, maistrez Hermès ;
Je voy retourner noz gens d'armes.
Bien croy qu'il ont fait leur devoir :
Tout maintenant le vueil savoir.
Devant moy venir lez feray
Et puis sy leur demenderay
Ce tué ont ce ribaudel.
HERMÈS.
Se trouvé ont le baltardel ,
N'en doubtez, il ont mis à mort :
A lui n'aront point fait d'acort.
Huchier les vueil incontinant ;
Sa, gens d'armes, venez avant :
Dictez au roy ce qu'avez fait.
hapelopin.
Certes, sire, sans plus de plaît
Le vous dirons ysnellement.
Tué avons certainement
Dez enfans assez à planté ,
Que bien aviens la volentç.
Cent et .xliiii. milliers
Avons occis de rioz aciers»
LE GEU DES TROIS ROYS. i33
Esse bien fait , qu'en dictes- vous ?
HÉRODE.
.ï. beau fait ayez fait pour nous:
Mez que vous aiez tué l'enfant
Que cez .m. roys alient quérant
Dictez-moy ce riens en savez.
HqMEBROUET.
Nanil, Sire ; savoir devez
Que point trouvé nous ne l'avons
Et grant paine mis y avons.
Jà du pais estoit partis
Quant de vous f usine s départis
Très donc que lez blez on semoit.
Bons à soier sont orendroit ,
Je vous en dy tout mon avis.
HÉRODE.
Hay ! je doiz bien enragier vis ,
Du sans yssir et foisonner
Et mon corpsf tout abandonner.
Fuiez de cy, touz vous tueray,
Ne point ne vous espargneray ;
Car yriez suis durement
De cez .m. roys certainement
Qui ainssy me sont eschapés,
Que ne lez ay point atrapés.
Morir m'en fault à grant tristresse
Du grant courroux et de détrece
De l'enfant que n'avez tué.
Certes forment suis argué ,
Morir m'en fault sanz plus a tendre.
l34 LE GEU DES TROIS ROYS.
HERMÈS.
* Vueilliez en vous bon confort prendre ,
De riens ne vous desconfortez.
Solaciez-vous et déportez
Puisqu'il ne puet estre autrement.
hérode.
Mestres Hermès, certainement
Mez biens sont trestouz passez >
Car je ne fus oncques lassez
De mal faire toute ma vie.
Sy ne sçay mèz que je die :
Morir me fault à grant doulour.
BELGIBUS.
Bélias, huy nous croist bonour ,
Nous arons noble compaignie.
A Hérode ne fauldrons mie
Que j'ay tant fait pour mon angia
Qu'il vendra tantosC à sa fin.
Il ce veult touz viz enragier.
bélias.
A luy alons sans estargier,
Et faisons tost, sy nous hastons.
De ce tuer fort l'enortons ,
Sy Importerons tout en l'eure.
BELGIBUS.
Or y alons en la bonne heure.
Gy voisent parler à Hérode, et die :
BELGIBUS.
Hérode , entens tost à moy
Que diables suis qui viens à toy.
LE GEU DES TROIS ROYS. l35
Ken sçay qu'à nous tu ez rendus
Et en noz lieux est atenduz
Fay hardiement, et sy te tue,
Car tu seras en nostre mue.
D'un bon coustel te fier tantost :
Je t'aideray ; or fay bien tost,-
Car vivre ne pue* longuement.
HÉRODE.
Murtrir me fault tout maintenant ,
Ha hay ! alas 1 que feray?
.1. coutel vueil, sy me tueray :
Plus ne .vivray certainement.
BÉLUS.
Nulz ne te voit , fier hardiement ,
Boute fort car je ly ay mis.
HÉRODE.
Certez plus ne vueil estre vis ;
Droit en mon cuer en senz la pointe.
Or est ma vie toute esta in te :
Ha hay ! ha hay ! le cuer me fouit.
çelgibus.
Bélias, sa vien à l'asault;
Yien tost, Béliaz, comparas,
Cilz c'est tuez k cez .n. mains.
Voy-le te; cy il est tous mors,
Prenons son âme et son corps :
Oncques ne fut plus malvaiz hons.
Portons le tost en noz maisons ,
Car il fict sa famme murtrir
Et cez .m. filz aussy morir ;
36 LE GEU DES TROIS ROYS.
Et son père trestout vivant
Fist-il boulir en pion boullant.
Il cuida lez .m. roys tuer,
Mais contre eulz ne pot arguer.
Puis sy a fait par sa malice
Dez enfans une grant justice ,
.xliii. mille à grant tort
Décoler et tout mectre à mort.
Or Penportons ysnellement
Sanz luy faire aligement
Que certez bien l'a deservy.
BÉLIÀS,
Avec nous sera servi
D'entremés de gros bâtons ,
Et la sauce d'escorpions,
De coleuvres et de serpens :
Ly ferons-nous touz cez despens.
En .1. beau feu l'en métrons :
Autre aligence ne ly ferons,
Or Penportons sanz faire arest.
BELGIBUS.
Or çà, certez , je suis tout prest
Sy pren de ça et moy de là.
Or çà, de par le diable, çà.
Cy remportent en enfer.
DIEU LE PÈRE. "
Raphaël, amis, entens à moy , '
A Joseph va, dy ly par moy
Qui s'en revoit, sanz faire arrest,
En la cité de Nazareth ,
LE GEU DES TROIS ROYS. ^7
Et que de riens ne s'ébaie ;
Qui s'en revoit lui et Marie,
Que de Hérode pas ne se doubte ,
Car il est mort sanz nulle doubte :
Or t'en va tost isnellement.
RAPHAËL.
Sire, g'i vois certainement
Et plus d'arrest je n'y feray :
A Joseph bien tost m'en yray,
Gy voise à Joseph, et die :
Entens à moy, Joseph, beau-frère,
A toy m'envoie Dieu le père ;
Son angle suis qui viens à toy
Et sy te mande de par moy
Que t'en voise sanz faire arrest
En la cité de Nazareth ,
Et pren ta femme et ton entant,
Sy t'en va tost incontinant ,
Et prens en toy bon reconfort
Que le roy Hérode sy est mort.
Je m'en vois, plus ne t'en diray.
JOSEPH.
Amis, tantost je m'en yray
Puis qu'enssy Diex le me mande;
Je feray ce qui me commande
Que c'est raison certainement.
Alons-en tost hastivement ,
Marie, ma très-doulce amie ;
De Hérode ne doubtons mie,
Sy retournons en Nazareth
l38 LE GEU DES TROIS ROYS.
Et n'y faisons séjour n'arrest.
Or montés, trèz-doulce Marie ;
Ly trés-doulz Diex sy nous conduie ,
Car en sa garde nous metons!
JSOSTRE-DÀME.
C'est bien dit, Joseph ; or montons.
De nous aler forment désire :
Loons haultement nostre Sire ;
Devant moy mestray mon enfant.
JOSEPH.
Loer devons le Roy puissant ;
Marie, démenons grant joie.
Or, alons bien tost nostre voie
Que Diex, qui touz nous a formé.
Qui doulcement nous a amé ,
Nous vueille donner par sa grâce
Qu'en paradis nous aions place.
Sy chantons tant bécus que camus,
Chascun Te Deum laudamus.
EXPLICIT.
CY S'ENSUIT
LA PASSION
NOSTRE SEIGNEUR.
Deus in adjutorium :
Entre nous tuit déprion
S'il ly plaist qu'il me doint sa grâce
Que tel chose je die et (ace
Qui nous soit pourfi table à l'âme.
Sy prierons la doulce Dame
De Paradis qui est sa mère,
Qui ot au cuer douleur amère
Quand elle vit son filz offrir
Aus fauls Juifz pour mort souffrir.
Ly Juifz sans nulle déserte
Firent à Dieu grant honte aperte.
Cri qui la bonne créance a
Cy die le Ave Maria.
Deus in adjutorium meum :
l40 LA. PASSION
Aiez tretuit dévocion
Vers Dieu le Roy de tout le monde,
De qui tout bien partout habonde;
Priez-ly que garder nous vueille
Que l'anemy ne nous acueîlle.
Le sage à propos nous a mai ne
Une parole bien certaine :
Qui bon maistre sers bon< loier atent.
Le doulz Jhésucrist ama tant
Son pueple qu'il se mist a mort,
Pour nous en crois souffrît la mort.
Le souverain roy de pitié
Moult nous monstra grant amitié
Quant pour nous voult char et sanc prendre
En la puce! le Vierge tendre,
Et ly pleut à nestre de famé
Sainte Marie Nostre-Dame;
Et sachiez tuit communément
Diex n'ot oneques commencement
Ne jamais ne définera.
Diex est et tousjours Diex sera,
Mes en ce temps que vint en terre
Par tout avoir douleur et guerre,
Et tristesce et mortalité.
Savez pourquoy ce mot dit é :
Ou temps de lors cil qui mouraient,
En enfer tout droit avalloient ;
Tuit y alloient, c'en est la somme,
Et li mauvais et li preud'omme.
Gy ot glorieuse nessance
DE NOTRE SEIGNEUR. I/fl
Quant cil qui a toute-puissance
Vint entre nous par sa franchise,
Puis souffrit que sa char fust mise
Pour nous au plus cruel martire
Que nulz puisse conter ne dire.
Or veul venir à ma mémoire :
Du hault seigneur père de gloire/
S'il vous plesoit .1. pou entendre,
S'il vous pleist je vous veul ap rendre
Comment Dieu fut mal démenez ,
Vendu, batu, en crois penez.
Les Juifz premier , le menèrent
Chiez Anne où il le lièrent ;
Puis chiez Caiphas sanz demeure
Le menèrent en icelle heure.
Ly Juifz félon plain d'oultràge
Là ly crachèrent ou visage ,
En le détranchant se déduirent,
Puis chiez Piiate le conduiront,
Car tuit voùloient communément
Que Piiate feist jugement
De Jhésucrist le débonnaire,
Mes Piiate nel' vouloit faire,
Car pas n'estoit de sa contrée.
A Hérodes de Galilée
Le fist Piiate droit mener ,
Mez Herodes tost ramener
Le fist , car il ne trêve mie
Que il doie perdre la vie ;
Et li vestit l'en robbes blanches ,
l4? LA PASSION
Grant mauvestié larges par manches.
Chiez Pilatc fut ramenez :
Là fut son corps moult malmenez.
Quant lez Juifz yllec le tiendrent;
De leurs mauvez gens li aprindrent.
Tantost tout nu le despouiiièrent,
À une estache le lièrent ,
Couronne d'aubespine firent
Qu'amis sus son chief li mirent,
D'escourgées tranchans et dures
Firent sur lui maintes romptures ,
Tant le bâtirent sanz refraindre
De son sanc font la terre taindre
Que contrevaï son corps coulloit,
Des grans cous sa char se doulloit.
Après droit ou mont de Calvaire
Le menèrent ly desputaire.
De clous tranchans gros et quarrez,
Fut Diex pour nous en crois barrez ;
Quant il Forent bien attachié
Ou visage li ont craçhié;
D'une lance tranchant ague
Fut sa char ou costé rompue ;
Tant d'angoisse souffrir li firent
Que toutes ses vaines ronpirent. ^
Pour nousJ hesucrist trop de honte
Ot plus assez que je ne conte.
Ce devez-vous trestuit bien croire
En crois ot-ii venim à boire.
Ly faulz Juifz tant le menèrent
DE NOTRE SEIGNEUR. ifà
Qu'en la crois tout mort le lessèrent.
La Vierge pucelle sa mère
Au cuer en ot angoisse amère.
Pour son filz qu'elle tant amoit,
Par grant angoisse se pasmoit
En li humblement regarder.
Lors la commanda à garder
Diex à saint Jehan en tel manière :
«Jehan, garde-la com ta mère.»
Et quant il fut à mort livré ,
Es mains Joseph fu délivré,
Car Dieu ou cuer li enorta.
Ou sépulcre Dieu enporta
En une digne sépulture;
Là fut de Dieu mis la figure.
D'enfer ses bons amis jetta
Et au tiers jour resuscita ,
Et se monstra , chose est certaine ,
Premier à Marie-Magdelaine ,
Et puis auls autres tuit ensamble.
Pour ce je vous dy qu'il me samble
Que tel Seigneur fait bon servir.
Qui sy bien le scet deservir ,
Qui à le servir veult entendre,
Il li scet bien bon loier rendre.
Or ly prions tous sanz faintize
Qu'il nous doint faire tel servize , .
Par confesse et par péni tance,
Et par vraie répantence ,
Par quoy nous puissions trestuit estre
1 44 Lk PASSION
La sus en la gloire celestre
Fidelium defunctorum
Per secula seculorum.
Amen.
DIEU.
Je vucil aler en Béthanie.
Judas, vien en ma compaignie.
Jehan, Jacque, je vous ensaigne
Que chascun de vous en veigne
Àvecques nous isn elle ment.
s. JEHAN.
Sire, à vostre commandement
Tout maintenant obairons ;
Avec vous volentiers yrons
Et ferons vostre volenté.
JACQUES.
Sire, se Dieu me doint santé
Je ne seray ja traveilliez
De vous servir, mez es veilliez.
Alons-y, car bien m'y acorde.
judas.
Maistre plain de miséricorde ,
Trestout vostre vouloir feray,
Car je vous aime de cuer vray,
Sire, car je y suis bien tenu.
SYMON.
Sire, vous soiez bien venu !
DE NOTRE SEIGNEUR. l45
Mesiau ay esté , se savez ;
Vostre mercy guéry m'avez.
Ghascun vous doit de cuer servir,
Car bien le sevez deservir
Que vous estes plain de pitié.
Je vous pry par grant amitié ,
Et de tout mon cuer vous supplie ,
Que vous et vostre compaignie
Veigniez reposer en ma maison.
DIEU.
Symon > tu dis bonne raison ,
Et je y voiz sanz plus demourer,
MAGDÀLÀINE.
Las, meschante, bien doy plorer
Comme pécheresse chétive
La plus qui en ce monde vive.
Plaine suis de péchié d'ordure ;
En punézie de luxure
J'ay vescu toute ma jouvente;
De péchier ne fu oncques lente
Mais en ay esté tousjoùrs preste.
Vilain, bourgois, clerc ou prestre ,
Las, trop ay esté foie famé ,
Dont j'ay moult enconbrée m 'âme. .
Je ay deservy paine et hontage ,
Lasse chétive, que feray-je ?
Dès or est ma vie eunuieuse :
Lasse, tropt suis malheureuse.
Se ainçy péusse venir
Je voulsisse bien dfeffenir,
h. 10
lj\6 . LA PASSION
Mais que je bien confessée feusse
Et pardon de mes péchiez eusse,
Dieu sy le me vueil ottroier.
Vers Jhesus vois pour l'en prier ,
De péchié me vueille getter
Et par pénitence aquitter
De mes péchiez, dont j'ay grant somme.
En l'ostel Symon le preudomme '
Là est Jhesu , je n'en dout mie ,
Et avec luy sa conpaignie;
Pardon requerray dotil ciment ,
Et de cest très digne oignement
Le corps, lez piez ty en ôindray :
Certes^ jamais ne me faindray
De servir le doulz débonnaire.
Dy, Malquin, pourroies-tu fipre
Que .1. peu parlasse à ton maistre.
MALQUIN.
Par le grant Dieu qui me fiât neutre
Je y vois tout maintenant savoir.
Cil Dieu qui fait toot bien savoir
Vous sauve gart et bénéie ,
Doulz Maistre , et vostre conp^igiiie !
Là hors voos demande une famé. -
SfYMON.
Je vois à lui tantost par m 'âme
Pour savoir ce qu'elle veult dire.
■
MAGDALAÏNE.
Symon, bien veigniez-veus, beau sire;
A vous demander je voulote
DE NOTRE SEIGNEUR. l^
Se ver vous tant faire pourroie
Que je peusse Jhésu véoir ,
SYMON.
Cil que vous véez là seoir,
Dame , c'est cil que demandez.
MAGDÀLAJNB,
Beau doulz père, car m'entendez,
Je vien à vous mercy crier
De mez pécfiiez , et déprier
Donnez m'en veilliez pénitence,
Car j'ay bien bonne repen tance.
Le fez de mez péchiez m'esmaie ,
Sire , combien que meffait aie,
Pardon demant dévotement
De cest précieux pignement , ,
Le chef, le corps je vous veil oindre.
De bonne volante, sans faindre ,
De moy toute vous faiz hommaige.
JUI>Àg.
Symon, véez-voos cy grant outraige
De cet oignement respandu ;
Miex le vaulsist avoir vendu
Et pris de l'argent pour repestre
Lezpovres que oindre leûiai&tre.
II valoit bien, se Diex me voie,
.ccc. .d. de la monnoie,
Et jamais riens ne puet valoir.
DIEU.
*
Qui lez povres en nonchaloir
Laissera pas bien ne fiera
IQ
1^8 LA PASSION
Et cil qui bien lez amera
Il ne perdra mie sa paine :
Pour vérité le vous tesmoigne.
Touzjours en nostre conpaignie
Seront, mez ycy ne seray mie,
Sachiez le tout certainement.
Symori, enten-moy sagement ,
Je t'ay aucune chose à dire.
r
SYMON.
Dictes vostre volenté, Sire,
Et je bien vous escouteray.
DIEU.
Et tantost le te conteray.
Qui ambeduy deniers dévoient
A .1. fort usurier riche homme,
Et .1. en devoit en sa somme
.v. cens deniers pour sa partie.
Ly autre quitte n'estoit mie.
i. denier en devoit
Mez ensensons trop les grevoit
Et lez faisoit moult esmaier,
Car il n'avoient de quoy paier.
Ly usurier lez clama quicte
Celle somme que je t'ay dicte ;
Quant se virent quitte clamer ,
Lequel dut celuy plus amer,
Respon-moy à ceste demande.
SYMON.
Se Dieu de grant mal me deflfende
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 49
CiPà qui donna plus grant somme.
DIEU.
C'est droit jugement de preudomme
Symon, vois-tu cy ceste famé
Qui est triste de çuer pour s'âme?
El a droit et sy a raison.
Entré sui en ceste maison ,
Les piez lavez tu ne m'as mie.
Ceste de dueil remplie
N'ez fîna de laver dèz l'eure
Que vint cy de l'eau qu'el pleure
Et de sez cheveux lez essuie.
Son service point ne m'ennuie
Car je sui certain qu'elle m'aime
Et qu'en son cuer pitié réclaime :
En moy fermement elle croit,
De mez piez baisier ne recroit,
Maint mal pas a pour moy passe.
Or en droit me si lassé >
De son préciex oignement
M'a oing le corps dévotement.
La meilleur part a çsleue
Qui ne li sera pas tolue.
Famé, je te truis vers moy bonne :
Toliz tez péchiez je te pardonne ; .
Ta foi te fait pardon avoir.
* MAGDALAmE.
Beau sire, sy^ a grant avoir
Que vout m'avez ycy dopné.
Quant mez péchiez sont pardonna
l5û LA PASSION
Je vous rend grâces humblement
Que autre richesse ne demant.
Lors chante chorus vatum.
Dieu le tout puissans,
De tout bien cognoissans
M'a pour .1. petit don
Rendu grant guerredon
Bien me doy louer de luy.
Doublement désert à celluy
Qui le sert et qui l'onneure :
Je me levay huy de bonne heure.
Quant j'ay tout mon peiché conté
Au prophète plain de bonté,
Quant ma confesse ly o dicte
De mez péchiez me clama quicte :
Je n'ay pas perdue ma paine.
MARTHE.
Tu as bien faite ta besoigne
Mèz une chose trop me grieve :
Ladre mon frère point ne lieve.
Par maladie est si grieve
Trois jours a qu'il ne fut levé ;
Je n'y scay quel consel mectre.
MAGDALÀINE.
Sy mandons par bouche ou par lettre
Quérir Jhesu ou je tant é
Trouvé de bien ; s'aura sancté.
Aussy peut il santté donner
Comme il sait péchiez pardonner ,
Car plain est de miséricorde.
DE NOTRE SEIGNEUR. " 1 5 1,
MARTHE.
Ma suer à ton dit bien m'acorde.
Vallet, Diex te gart dépérir !
Va-t'en tantost Jbesu quérir ;
Di li je li pry séens veigne
Je cuide estré toute certaine.
. MALQU1N.
Dame, se diex me.yeult conduire
Bien feray ce commandement.
Marthe vous salue bien doulcement,
De par moy , et sa suer Marie.
Chascune des ai. sy vous prie
Que le ladre véoir venez
Qui de grief mal est sy penez
Qu'elles cuident que il se muire.
dieu.
Vallet, Diex te veille conduire :
Va-t'en, car je yray saijs mentir
Pour le garder et garantir,
Car du ladre bien me souvient.
Seigneurs, aler il nous convient
Véoir le ladre que tant aime :
Marthe pour lui moult me réclaime;
Il dort, or Talons esyeiller.
S, JASQUE.
Dé ce ne vous fault conseiller :
Alez devant et nous après.
MÀLQUIN.
Marthe, Jhesu, sy est jà prèz
De cy; va li ton me^chief dkev
i5a * LA PASSION
MARTHE.
Bien veignez vous, Jhesu, beau sire !
Se eussiez sy esté beau-père,
Pas ne fut mort ladre mon frère :
Pour ly vous envoiaie querre.
Qr, est-il mort et mis en terre :
Jamez nul bien ne vous fera.
DIEU.
Marthe, sueffre toy qu'il sera
Encor tout vif, dont tu aras
Grant joie quant tu le saras.
Tu le verras prochainement
MARTINE .
Voire au jour du jugement :
Jusqu'à lors ne puet-ce pas estre.
DIEU.
Marthe, j'ay la vertu célestre ,
De ce ne soiez en doub tance.
Touz ceulx qui mourront en ma créance
En pou de heure se je vouloie
Resusciter je lez feroie ,
Et ceulx qui en moy croient et vivent
Et le mal pour m 'amour eschivent,
Ils aront joie pardurable :
Hors seront de la main au déable.
Marthe, crois-tu ce que je conpte ?
MARTHE.
Oil , se Diex me gart de honte ,
Je croy et suis toute certaine
Qu'en vous est vertu souveraine.
DE NOTRE SEIGNEUR. l53
Marie, ma suer, doulce amie,
Vien véoir Jhesu, le filz Marie,
Qui nous est venus conforter.
MAGDALAINE.
Jhesu, je ne me puis porter,
Trop me destraint courroux et ire.
Se eusses sy esté, beau sire,
Encore fust le ladre en sancté.
dieu.
Faitez tantost ma volenté
Et allons à la sépulture.
MARTHE.
Beau sire, sy gist la figure
Du ladre qui tant vous amoit,
Qui tous jours, seigneur, vous clamoit.
En vous s'espérance estoit toute.
DIEU.
Marthe, sueffre toy , sy escoute
Sa sépulture me descuevre
Et je te monsterray bel euvre :
Resusciter je veil ton frère.
MARTHE.
Lessez ester, Jhesu beau père :
Quatre jours a trestous passez
Que uiez frères est trespassez.
II put trop fort certainement.
dieu.
Marthe, se tu crois fermement
Tu verras miracle divine.
Père, qui vertu enlumine ,
l54 LA PASSION
Je te doy bien mercy prier
Servir, louer et gracier,
Car tu faiz tout ce que je commande.
Ladre, vien hors : je te commande
Que tu monstres à tous ta face.
LABRE.
Jhesu, beau père plain de grâce,
Fous sont tous ceulx et toutez celles
Qui ne croient voz vertuz belles :
En vous croist vertu et habonde ,
Povoir avez suz tout le monde,
Vertus faites en petit de heure,
Sire, quel chière.
DIEU.
Je pleure,
Par ce que je scay bien de voir
Qu'encor te convient recevoir
La mort que tu as jà soufferte ;
Sy aras peine sanz déserte.
De souffrir mort c'est dure chose.
ladre.
Père, en qui vertu repose,
Puisque m'avez resuscité
Je vous prie par humilité,
Du déable me veilliez deffendrc.
dieu.
Pierre, Jasque, sanz plus attendre,
Alez ou chastel contre vous
Qui est en la voie contre nous. -
Là une anesse trouverez
DE NOTRE SEIGNEUR.
l55
Liée, vous la deslierez
Et la m'amarrez maintenant.
Se nul la vous treuve amenant,
Qui de riens la vous destorbesse ,
Dictes ly que il la vous lesse,
Car le maistre veult sus monter.
s. jasque.
Bien sarons ce dire et conter,
Sire, se Diex nous gart d'essoigne ,
Tout à vostre commandement.
s. père.
Nostre maistre, mie, ne mant :
Vcci l'ânesse que quérons. .
Jasque, savez que nous ferons ,
Ceste ànesse deslierons.
Su jasque.
Bien dictes; je l'enmeneray
Sanz arrester à nostre maistre.
s. père.
Et je vueil avecques vous estre,
Conpaignie je vous feray.
dieu.
Bien veigniez, dessus monteray,
En Jherusalem en venrez.
A moy conpaignie tenrrez
Que tendis que je suis en vie,
Je accompliray la propbécie :
Venez en trestoussanz plus dire..
s. JEHAN.
Yolentiers vous suivron, beau sire^
l56 LA PASSION
Puisque la besoigne est sy preste.
Dessus le dos'de ceste anesse
A mettre nos robes i vous plaise,
Car plus en cheminerez aise.
Àussy point de celle n'avons.
Le premier enfant de Ysrael chante sus : Gloria laus.
Tu viens cy en nom de Dieu , se savons :
Tu soiez le bien venuz.
Nul ne puet estre maintenus
Sanz toy, sire; sauve nous.
LE SECONT.
Jhesu, tu dois bien de nous
Estre servis et honnourez.
Seigneurs, touz Dieu adorez,
C 'est-il sus ceste anesse là.
LE TIERS.
Frère, esten ce mantel de là,
Pour Jhesu, par dessus monter,
Car il vient paier et cOnpter
Pour trestout le monde.
LE QUART.
Sire où bien abonde,
Filz David, toy servent les angles ;
A toy soit honneur et louenges,
Roy d'Israël, tu nous sauveras.
LE QUINT. .
Jhesu, tu nous rachèteras,
Ce nous recipte l'escripture ;
De mal, de pechié ne d'ordure
JN'cus oncques cure en ton vivant.
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 57
MALQUIN.
Dieu sauve et gart sire Vivant
Et en bien le vueille tenir.
VIVANT.
Marquin, bien puissez tu venir!
Que te fault? me veulz tu riens dire?
MALQUIN.
Je viens parler à vous, beau sire :
«
Nostre (lôy) sera partons morte,
Jhesu novelle loy aporte
Et va preschant par ceste terre
Pour nos gens à sa loy conquerre :
Converty en a grant partie.
VIVANT.
Ceste chose ne me plaist mie :
J'en vourroie conseil avoir.
MALQUIN.
Sire, faites .1. grant savoir.
À Anne maintenant vrez
Et à Gaïphes, et leur direz
Qu'en ceste chose mettent peine.
VIVANT.
Se le grant Dieu me gart d'essoine
Je leur voiz compter ceste affaire.
MALQUIN.
Et je ne me vueil pas retraire ;
Alons, je vous y vueil conduire.
vivant.
Seigneurs, de nostre loy destruire
Ne cesse Jhesu le trahistez
58 LA PASSION
Pour fallourdez que il a dictes
Et du dire point ne recroit.
Du pueple en lui assez se croit,
Décevoir nous veult et trahir,
De vos gens vous fera haïr;
Cecy ne doit-on pas celer
Que fiLz Dieu se fait apeler.
A nostre grant il fait en tendre
Qu'il volt de sa gloire descendre
Pour prendre et char et sanc en ferme :
À nostre loy lait grant diffame.
Avec luy va .xn. gaignons
Que il tient pour sez con paierions;
Touz jours conpaîgirie ly tiennent,
Avec luy partout vont et viennent.
Ly fol croient et ly meachant
La faulce loy qu'il va preschant.
Par son enchantement getter
Fist le ladre et resUBcète^ç
Ce preschèrres que jd vous coripte
Ne se saint devons fa ire h«We
*
Et sus nostre loy met deffence
Pour foire tenir sa créance }
Vous qui devez la toy garder, '
Faictez le prendre sanz tarder.
Sy le faictez tenir de rire.
Vivant, je vous ose bien dire
Se longuement regde i .
Tout convertira nostre règne. .
DE NOTRE SEIGNEUR. l5g
Se le poons à mains tenir
A mercy le ferons venir :
Je m'acorde bien que on le preigne.
GAÏPHAS.
Seigneurs, maie honte ly vteigne
Par qui la chose demourra,
Et qui Jhesu tenir pourra,
Qui ne ly fera honte appert».
Car contre nous IV bien déserte.
Il est escript peur vérité
Qu'il convient de nescessité
Que uns hoitts muire pour la gerit toute ,
Jà de ce ne soiez en doubte:
Mez parlons bô$; ne véez vous «nie -
Judas qu'est de fô compagnie ? • :
Il nous vient je croy escouter.
Jà ne vous fouit de tnoy doubter;
Vers vous ne vett esttfe trahistes y
Mèz tout seurement une diotes
Dont est ce parleraient tenu.
Puisque je sais sus seorraniB,
Je vous ose bien fiancer
Se la chose pujs avancer v
Jà ne me voirrex ârrier traire.
Judas, de ce qtue vêlons faire
Avons r. pou en toy de doufcte.
• judas.
Par ma créance vops jur toute
IÔO hk PASSION
Que courroucié sui à mon sire,
Par quoy vous me povez bien dire
Vostre conseil seurement.
Dictez le moy appertement,
Tantost vostre vouloir feray.
CÀÏPHAS.
Judas, plus ne te celeray,
C'est de Jhesu qui tout fausse
Nostre loy et la seue essauce
Et fait à nostre pueple croire
Qu'il est filz au père de gloire :
À le honnir voulons entendre.
JUDAS.
Seigneurs , se vous me voulez rendre
Argent de ly, je le vendre
A vous et plus n'y attendre' :
Achetez le et me paiez.
vivant.
Judas ne soiez esmaiez :
Se ceste chose puet faire
Que nous aiens le depputaire
De l'argent auras bonne somme.
JUDAS.
Je croy que vous estez prodomme,
A vostre gré m'en paierez;
Mèz escoutez que vous ferez.
De voz meillieurs sergens mandez
Et asprement leur commandez,
Que chascun ait espée bonne :
Cil venoit aucune personne
DE NOTEE SEIGNEUR. l6l
Qui Jhesu voulsist revanchier
Que on le puist tout detranobie^
De ioing me suivez sanz mot dire
Et je yray droit baisier mon sire,
Voians touz eulz eu son visage»
vivant 1 .
Judas, sy a parole sage.
Je te pry que vueillez entendre
A ton maistre en noz mains rendre..
.xxx, pièces d'argent par conpte
Te don, pren lez, n'en aiez honte
Judas, beau frère, or lêz estuie.
judas.
Et je lez prenz point ne m'ennuie :
Sy lez pendray à ma couroie.:
Seigneur* sachiez que je vourroie
, Que voz sergeos y cy fussent
Et leurs arméures eusses :
Sy entendroie à oécy faire *
La monnoie me doit bien plaire,
De quoy mon maistre est venduz ;
Or m'est le disme bien renfluz.
De l'oigneroent dont on l'ongny*
Trop grajat dueil.au cuer m'en poigny
Quant l'oignèmentje vy respaiîdre .
Sur ly, qui l'eut porté vendre. i
Trois cens deniers mouit biein valoit, .
Bien savoie que mal alloit
Quant Magdalaine le dqnna.
ii. • ii
162 LA PASSION
VIVANT.
Judas, en toy vallet bon a :
Chevaliers envoieray querre
Touz lez plus fors de ceste terre.
Vallet va dire 'appertement
Pinceguerre que le dément
Pour son profit et pour s'onneur.
MALQUIN.
Se Dieu me gart de deshonneur,
Volentiers feray ceste voie.
Pinceguerre, Vivant vous prie
Qu'à ly vcgniez mèz qu'il vous plaise.
PINCEGUERRE.
Gommant ? est-il dont à malaise ?
, Je y voiz ; se nul l'a deffié,
Je le rendray pris et lié j
Commant qu'il aille en sa maison
Vous a nulz bons fait trahison,
Quel qui soit ou monde vivant.
Dictez le moy, sire Vivant;
Maintenant vendriez en serez.
VIVANT.
Or y parra que vous ferez
Appertement ce que vous dictez :
Jhesus le màulvaiz faulz trahistez
A, foy que je doy ma santé,
Trestout ce pais enchanté. • " ; » ,
Qui plus vivre le lessera >
Nostre loy pardue sera, .
Car je voua dy pour vérité
DE NOTRE* SEIGNEUR. l63t
Que le ladre a resuscité.
Il a trop fait de mauvesticz,
Je vueil que pris soit et guestiez.
Sy vous dy que riens ne me pris
Se . ii . bons chevaliers de pris
Àvecques vous ne me bailliez.
P1NCEGUERRE.
Je ne doubte pas qu'i fai liiez.
Je m'en voiz j quant je revenrrai
Bons chevaliers vous amerray.
Or, auz armez, Baudin, Mossé,
Chascun de vous ait endossé
Son habert et s'espée pregne ;
Chascun de vous avec moy veghe : ■
Gardez que plus n'y attendez.
baudin. ;
C'est fait, puisque le commandez,
Nous .h. ferons vostré plaisir.
MOSSÉ.
Je vueil ce bon boucler cesir
Qui pour coups ne puet desmentir.
PINCEGUERRE.
Jà Dieu ne vueille consentir
Que nous reveignons sahz bataille.
VIVANT.
Pinceguerre, Dieu ne te faille
De chose que tu ly requières,
Ains te doint toutes tez prières;
Tu me faiz au cuer grant léesse . . ■ .
Quant je voy après toy ta .presse!
1 1.
l64 I<A PASSION
Qui te suit de chevalerie.
PINCEGUERRE.
Par ma loy vous né boudez tqié ;
Or povez bien commant qu'il aille '
Hardiment faire bataille,
Tuit en sommes entafenté» ' . •
ANNE.
Je pry Dieu qu'il vous doint santé -
Et vous doint grant honneur avoir.
P1NCEGUERRE.
Beau sire, nous voulons savoir
Que nous ferons puisque cy sommes.
VIVANT. r
«
Droit est, bien resanblez prodomme
Et je vous vueil la chose dire ; v
Judas nous a vendu son sire.
Avecquez lui vous mènera ;
A celly que il baisera
Tout maintenant sy. ly prenez.
Quant pris sera sy le menez
Droit. sus Anne, car moult ly tarde
Qu'on le pende, ou tut, ou arde,
Ou chiez Caïphes nostre maistre
Allez ; Dieu doint que prist puis estre
Et que se soit prochainement !
baudin.
Nous le ferons hardiement
Et maintenant sanz délaier :
De ce ne. vous fault esmaier ;
Mais, Judas, fay sy ta besoigne
DE NOTRE SEIGNEUR. l65
Que pour toy n'aion point d'essoigi
Car se nul le véult revencher
Je le vouray tout detrapcher :
Or en alons, Judas, beau frère.
JUDAS.
Foy que je doy l'arme mon père^
Bien feray la chose saaz doubte :
Vous me suivras de loin par route.
Par trahison le beseray
Et .1. faitU ris Iy getteray,
Et puis tantost le venez prendre
Et au maistres de la loy rendre.
Quant pris l'aurez je seray quittez.
MOSSÉ.
Tu as bonnes parçlles dictez, . ,
Judas, sachez que ç : e$t affaire
Car plus fort vourrion bien faite, .
Et nous deust on dévorçr.
Malquin veulz tu demourer?
Vien-t-en yeoûr. prendre lç giopton.
Je voiz ne le prise M» bouton
Et de wnijt pute3>i>sly fera>> /
Et ceste c^rd0^pQrl»mjjt,
E t ma lance en oia maip ;pnray , .
Car se je puis jq i'aï^flprr^y
A noz maistres pour le dp striure. ,
Sachez qui nous y venrrçjit nuipe
Ne qui rpqiierre le yourroit
De la mort venter se pourrqit i v , . .
1 66 : LA PASSION
Couper ly vôurroie la teste-
judas.
Encore n'est pas la chose preste
De le maintenant aler penrre.
CAYPHAS.
Quant dont?
JT3DÀS.
CJe vous veil apenre :
Pour la chose estre plus seure
Vous le penrrez par nuit obscure
Quant gent seront à se grisé.
Et pour estre miex avisé
De lanternez garni* serez
Qu'avecquez vous aporterez
Par quoy pourrez miêx aviser •
Celui que voulez justiser.
Il est bien temps que je m'en aille,
Pour ce que son juger ne faille.
Sy m'a tendrez quant revendre ;•
Avècquez moy vouz aiaenrray :' ■
Je ne teray pas grant demeure.
CACHAS. . '
Or va, Judas, en la bonne heure
Et garde bien qu'il ne s'en fuie,
Car sa vie forment m'ennuie.
Avez vous bien Judas oy ?
Vous devrez bien estre esjoy, •
Se assener povez eeste prise ,
Que la char du glouton soit prise*
Attendez le sy qu'il vous trùisee :
DE NOTRE SEIGNEUR. 167
Par quoy excuser ne se puisse
De rien qu'il soit, en nulle guise, .
Et sachez que vostre seryise
Chascun de deniers tout ara,
Que tops jours bo» gré m'en sara t
Je le vous promet et convençe.
PINCBGUÇRRE.
Sire évesques, et je me vente
De quelque heure que Judas veigne, ï
Ne trouverons rievts qui nous teigne
Que n'y aillieps sanz plus; atendpe
Penrre son maître pour vpus rendre ;
Ce vous promct-je t$ut de voir.
s y mon.
Malquin ! : , .
Sire? -;
S Y MON.
Dy oaevoir
A-il point d 3 yau0 ou pot de terre? ..
MALQUIN. - • . ;
Nenny, voir. , .;<
s y mon.
Or en va querre
Et garde que tantost revegnez
Que de toutes putes èstrainez
Soiez tu au jour qui estrenez.
malquin. - '
Sire, trop mal me démenez.
Se avez à .1. pou d'yàuç faijly
l66 LA PAfttftiON
M'avez ope sy mal baHJy .
Certes oncqoez tnéz n'y faillirez :
Je croy que her soir la respaïidistez
Quant vous vous allantes coucfeier,
Car je vous ty au pot touchier !
Dictez, moulez-vous que je y votse?
SYMON.
OH va et le&fe ta boise :
Je vourroie jà qu'e#t eusse.
Et je vourroie jj* que j'en feusse,
Foy que je r voiis doy, revenu.
dieu; ' '•'
Mcz disciplez, je suis tenu
A vous garder et garantir : '
Or sachiez trestotifii sabz mentir
La sainte Pasque aprochè mont (i),
Vous devez estre tous semons
A ma cênd n'y ailliez mie
Que ne m'y teignez conpaignie.
En Jberusafôm véstte voye
Sera ; allez, que Dieu vous voye
(1) Mont pour moût ou 'moult (multam). On trouve un exemple
de cette modification faite pour la rime dan» ces vers de/a Chanson
des ordres, satire trèd-pfqnànte contre les religieux, «hû? au trou-
vère Rutebeuf ••
Béguines a on mont (nour.op a moult)
Qui larges robes ont;
Dessous les robes font
Ce que pas ne Vous di r etc.
DE NOTRE SEIGNEUR. 169
Entre vous .11. Jehan et Pierre ,
Mez la maison n'est pas de Pierre
Où vous verrez entrer .1. homme
Qui pourte d'yaue une somme.
Aprèz yrez ; quant là serez,
Le seigneur me salurez :
Dictez que tost sus )y yenrré
Et que ma Pasque je y penrré,
Et vous m'y ferez conpaignie.
s. père.
Beau maistre, nous n'y faudrqns mie
A faire ce que devisez.
Jehan , .1. pou vous avisez
Se vous savez cognoistre Vomme
Que nostre maistre nous dit comme
Nous nous partismes de luy. . ,
s. jeu an.
Foy que doy , vous vêla celuy
Que nous quérops huy toute JQur.
Ne faisons mie lonc sqjour
Allons aprèz ly sanz tarder. .
s. père.
Allons, Dieu nous vueille garder! ,
Celuy qui nous fist du limon ,
De la terre, vous gart, Simon !
Entendez à nous, beau doulz sire ;
Nous vous somes cy venuz dire :
Le maistre veult cy reciner
Et nous avec sanz deviner
Somes trestous de luy cernons.
l'JO LA PASSION
— I - 1 I - !■ I - 'm ____■_ IL - !..
SYMON.
Beau* seigneurs, ce prisé-je moult
Se Diex me (Joint bonne santé :
De le véoir grant talent é,
Car je sui tout en son servi se.
s. PERE.
Faictes que la table soit mise,
A portez le pain et le vin.
SYMON.
Vollentiers, parle roy divin
Et avec ce bonne viande.
DIEU.
Symon, Dieu de péril defïende • •
Ton corps , et ton âme veille amer.
SYMON.
Sire, où il n'a ne sél n'amer
Vous soiez bien venûz soiens :
Vous ralumez lez non voieps
« Et lez malades garissez.
Se souvent séans venissiez,
J'en eusse joie amiable.
dieu.
Mez disciples, mise est la table,
Séez-vous tuit, sy mengerofts.
Aprèz autre chose ferons,
Car la viande est belle et bonne
Que nostre hoste Symon nous donne.
SYMON .
Se Diex te doint eh bien user
Ladre, car nous conpte la peine
DE NOTRE SEIGNEUR. I^I
D'enfer et commant on demaine
Lez Ames et quel douleur sentent.
LADRE.
Lez diables d'enfer lez tourmentent :
On n'y treuve nully dormant ;
Ainz seuftrent trop cruel tourmant; '
Elles ne sont point asséjour
Mais se u firent de nuit et de jour
Les âmes painez angoisseuses
Qui n'en sont nulles foys oy se use s,
Et sont, se Diez me doint sancté,
De .ix. ! tourmens tuit tourmenté.
Le premier est de feu ardant
Qui tout le corps leur va lardant,
Et tuit cil demennent ce vise
Qui ont péchié par convoitise.
Ou secont n'a-il point de grâce :
Il sont en feu et puis en glace.
Là sont cil qui ont fait le vice
Du péchié de froide mallice.
Le tiers tourmant est de vermine ;
Cil qui ont péchié par heine
Ont conpaignie de couleuvres,'
Et cil qui ont faites les euvres
D'envie, je vous en convent,
v Le dragon iez runge souvent
Les cuers et toutes lez entrailles;
Le crapout leur pènt aus oreilles.
Ou quart il ont trop grand lueur :
Il n'y ont clarté ne lueur, '
I7 2 LA PASSION
Et chascun malgré soy l'endure :
C'est pour le pecbié de luxure.
Ou quint mil dyables lez bâtent
Et entre leurs piez lez ahatent;
Cil ont passé obédiance.
Là seu firent moult grant pénitence.
Ou sixte n'a point de seurté ;
Il sont tous jours en obscurté.
Cil qui le bien pour le mal laissent
En celle obscurté luit abaissent.
Ou .vu 6 , tourment il lisent :
Lez péchiez l'un l'autre devisent ;
II s'entre dient plusieurs ledengez.
Sachiez ce n'est vie d'engez :
C'est pource qu'il ne confessèrent
Leurs péchiez et que Diçu n'aimèrent,
Ne oncques en Dieu il ne crurent
Parfaitement sy comme il durent.
En le .vm\ voient lez diables
Et les dragons espoventables,
Et sachiez nul ne s'y envoyse
Mèz il demainent trop grand noyse.
Ne vont pas au moustier orer
Ainçois ne cessent de pi orer.
Je le >dy à vous qui cy estez,
Le .ix e . n'est mie honestez.
En vérité je le tesiuojgne,
Car tourmenté sont de la poigne
De tous lez maulz qu'en enfer sont
Où touz jours en malvçtiz hair sont.
DE NOTBB SBIGftEUR. Ij3
Encore aoftt-tl plus tourmenté
Et de dyables sont sy tempté.
Je le tesmoing, car bien m'en membre,
Qu'il n'y a celui qui ait membre
Ne soit lié de feu ardant.
Leur péchié ne Ta point tardant :
Le dyable sanz demourance
Leur fait faire trop laide dan ce.
Lez piez leur tient en contre mont,
De dur aguilloq les semont ;
Souvente foys il fait le prestre,
En lieu de pain feu leur fait pestre.
Icy sont pri» à mal amors,
Quanqu'il meinnent c'est la mors»
Chascun est de feu tout léchiez
Pour ce qu'il ont tous lez péchiez.
Encore y a une autre estage ,
Qui est dessus celui ombrage;
Là est le feu du purgatoire.
Ceulz qui attendent la Dieu gloire
Font en ce lieu leur pénitaoce
Dez péchiez qu'ont fait dès l'enfance
Dont confession ont eu.
Pour ce ne sont, il pas chéu
En la fosse d'enfer parfonde;
Mèz seront tosfc de pechié monde.
En l'autre estage on ne voit goûte :
Je y fu, pour ce le dy sanz doubte,
Et n'y a celui qui n'atendç
Cely qui paiera l'amende
174 LA passion
Pour le péchié du premier homme,
Qu'il fist par le mors de la pomme.
Ou quart ly enfant mort ne sont :
En tel point ycy posé sont
Nul bien ne nul mal ne sentent,
Mez entre eulz de dueil se démentent
De ce que pardu ont la grâce
De véoir Dieu en sa doulce face.
D'enfer vous ay te voir conpté :
Je pry Dieu par sa grant bonté
De tel lieu nous veille garder.
DIEU.
My disciple sanz plus tarder
Levez vous de cy ; sy venez
Seoir de ça et retenez
Lez commandemens que je conpta
Du retenir n'aiez pas honte,
Car qui loyalement lez tenra
A bonne fin s'àme venra.
Voz piez maintenant laveray
Et puis sy lez essuiray
De ce ne me devez desdire.
Malquin!
MÀLQUW.
Que vous plaist, beau sire?
A vous du tout je m'abandonne.
dieu.
De l'yaue et un bacin me donne
Et .1. linseul, fait ce pour moy j
Car je vueil sceindre entour moy;
DE NOTRE SEIGNEUR. ^5
Fay maintenant, point n'y a r reste.
malquin.
Sire, la chose est toute preste.
Vecy Tacin et Piaue clère :
Foi que je doy l'âme mon père,
Là où vous voudrez la mettray.
DIEU.
Met le cy, Judas; ça te tray.
Laver te vueil lez piez sanz faille.
judas.
Or faites donc, vaille que vaille,
Vostre bonne volonté, sire ;
Oncquez de vous mal ne vous dire
Non feray-je dorénavant.
dieu. ■
Jehan, tray ça tez piez avant;
Laver lez vueill et essuier.
s. JEHAN.
Ce ne me doit pas ennuier,
Mais je le vous deusse faire.
DIEU.
Jasque près de moy te faûlt traire,
Car je te vueil laver lez piez.
s. JASQUE.
Jà ne me laverez lez piez :
Cil vous plaist, lavez moy la teste.
Encore n'est-ce pas chose honneste
Qui à vous à faire aparteigne.
dieu.
Jasque, de ce bien te souveigne,
f]6 LA, PASSIOK
Je le vueil et il fait sera.
s. JASQUB.
Certes moult m'en en nuira.
Or faites, maiz ce poise moy.
DIEU.
Pierre, tray te ça près de moy ;
Il me plaist tez piez nectoiesse.
s. PÈRE.
Beau doulz père plain de haultesse,
Vous dictes mez piez laverez :
Se Dieu me doint joye non ferez.
Jà ne me sera reprouchié
Que vous aiez mez piez toucbié
Souffrez vous en pour Dieu, beau sire.
DIEU.
Pierre, Pierre, ne me desdire.
Tu ne sces pour quoy faiz cecy ;
Mez ains que me parte de cy
Et tu tez piez lavez auras,
Je te proumet tu le sauras
Le lavement point ne me griève.
Et se je tez piez ne te lave
Jà part n'auras aveoquez moy.
S. PBftE.
Puist que ainssy est dont, lavez-moy
Non pas lez piez tant seullement,
Mez mains et chief entièrement :
Je le vous pry en guerredon. •
DIEU*
Pierre Symon, enten moy don ;
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 77
Et vous trestoust, se vous m'amez,
Se vostre maistre me clamez,
Vostre maistre suis voi rement,
Sy vous dy tout communément
De rien desciple ne doit estre
Souverain pardessus son maistre.
Je vueil que pais soit entre vous,
Car tantost partiray de vous ;
L'eure aproche bien, se me samble :
Pour ce vous amonneste ensamble
Que mez euvres vous essaussez
Et ma créance partout haussez.
A tous vous ay voz piez lavez ;
Pourquoy Pay fait vous ne savez :
C'est .î. example que vous donne.
Vivez ensamble sanz ramponne ;
Ly .1. à l'autre ainssy le face
Se vous voulez avoir ma grâce ;
Car vous estes de péché monde
Puisque vous ay lavé de l'onde.
Judas, non pas je vous convent
Tous ceulz qui sont en ce couvent :
Ce que je vous dy n'est pas feble.
Or retournons touz à la table :
Mez disciples, je suis hais ,
De l'un de vous seray trahis ;
Par ly mon corps «Jstrja vendu,
Par ly seray en crois pendu.
Bon ly fust qu'encore fust à nestre \ ~
Sy ne peust trahir son maistre.
11. 12
I 7 8 LA PASSION
Je vous dy pure vérité.
S. JEHAN. '
Je vous pry par humilité *
S'il vous plaist que vous mfe dictes
Qui pourroit estre le trahistes
Qui vers vous penseroit tel chose.
dieu .
Jehan, bel amy, bien dire t'ose
Le trahistes n'est pas cachiez
Par qui mon corps est dommachiez
Il est cy en ma conpaignie.
JUDAS.'
Sui-je ce ? ne me celez mie ;
Maistre, le dictes vous pour nqioy ?
,. ... DIEU.
Tu le dis certes ; eotour moy
Boit et meugle et repaire .
Qui a pourpencé ceat affaire.
Judas, mongue cette soupe ,> '
Et boy du vinxîu ces te coupe :
Establir vous vutsil tay nouvelle,
Qui sera avenant -et. belle, <>,- r. - .. t
Que ceulzqui bien la garderont) ; .
En mon règne avec raoy jseiîqfct.;
Et sy vous vjrôHitou* ordsner,
A Prestres et vous vneil donner
Le saint Sacrement de l'autel, .
Et chascun face à Dieu au{el, .
Comme vous voierrez !que feray.
DE NOTRE SEIGNEUR. 179
S. JEHAN.
Du fère tost apris seray,
Mez que vous le nous enseignez.
DIEU.
Gardez que bien le reteignez,
Lors de tous maulz serez gardez.
Benoist soit ce pain de par Dé, .
Mon doulz Père qui est en gloire !
Mengez-en en bonne mémoire j
C'est ma char qui est en fort justice.
Sera par tamps pour, vous tous mise.
De Dieu soit benoist ce vin cy ;
Ppur autre chose ne vins cy
Que pour vous donner tel viande
Qui contre péchié vous deffende*
Venez tous que Diex vous ament ;
Ce est du nouvel testament
Mon sanc qui pour vous tous sera
Espandu, et qui m'aimera
Sy l'enpeigne seurement :
C'est tout pour, vostre sauveraient.
Ce vueil-je que sachiez de voir: .
Pour chascun vuetl mort recevok? ;
Maiz une chose pour vous vueil dire :
Vous aurez ennuit honte et ire,
Car ly juifs ont grant çnviq <■
De ce que mon corps est «n vie ;
Rien plus de moy ne puent hair.
Quant cil venra qui doit trahir .. . . '
Mon corps, beau semblant me fera ;
12.
l8o LA PASSION
Par trahison me baisera
En la bouche, lors me penront.
Li faulz juif et m'en menront.
Souffrir me feront grand douleur,
J'en perdre toute ma couleur ;
L'eure approche que je vous conpte.
Tous en aurez paour et honte,
Vous sy' espoventez serez,
Que tous ennuit me lesserez,
Quant vous voerrez lez faulz trahi&tez.
S • PËRE ■
Beau sire, tel chose ne dictes,
Car de ceci point ne m'esmaie
Que jà paour ne honte aie
De rien qui ne puisse avenir.
dieu.
Pierre, quand tu verras venir
Lez mauvaiz qui m'en marneront .
Paour et honte te feront,
Et en auras au cuer tristesse ; •
Et ainçois que li coq chantesse
.11. foys en tel point tu seras < ••
Que . in . foys me renieras :
C'eat vérité • que. j 'ay compté .
s. PÈRE.
Beau doulz père, plaîn de bonté,
De ce sanz raison me blasmez ;
Car de moy estez moût amez.
Ce li aultre s'en voulloient fuire
Sy vucil- je partout conduire.
DE NOTRE SEIGNEUR. l8l
Pour rien tel tour ne vous feroye,
Pour vous mourir miex ameroie ;,
Je vous suivray partout sanz faille,
DIEU.
Pierre, Simon, comment qu'il aille *
Contre raoy ne te doy deffendr e :
Levez sus grâces nous fault ïçqcfFe.,
Beau doulz père toy gracions f ,
Pour tez biens fais et te prions
Qu'en telles euvres nous maintiegpe^
Que nos âmes à la fin preignez
Lassus en ta gloire celestre.
Touz les apostres dieut ; . : .
Amen.
• * *
DIEU.
Ainssy puisse-t-il éstrc!
Séez-voùs cy, je vaiz l'aourer.
Pierre, vien t'en sanz démorer;
Jasque, Jehan, sus vous levez :
My cousin estez, moy debvez
Suivre et garder ; m'àme est triste
Jusques à mort et par mort quitte
Trestuit celles et cil seront
Qui mez commandemens feront. *
Plus avant de cy ne venez.
Tuit .m. ycy vous soutenez
Et gardez que ne sommeilliez,
Mez ourez de cuer et veilliez,
Aiez en Dieu dévocion >
Que n^en triez en tcmptacion.
IÔ2 LA PASSION
Cy prie Dieu premier à genous.
Doulz père, à toy, roy célestre,
Pour ce c'est chose qui puist estre
Que je n'aie pas ceste mort,
Qui jà ducques au ciier me mort,
Que toute (ait ma char douloir ;
Et non porquant le mien Vouloir,
Ne facez mie, mez le tien,
Qu'à ton plaisir du tout me tien.
Tout prest est le mien espris
De mort souffrir pour l'esperis,
Mais ma char sy ce deult forment, '
Car elle acteïit cruel tourment.
Cy retourne aux apostres et die à saint Père :
Pierre, tien toy de sommeillier.
Ne puez-tu une heure veillier ?
Avecques moy veilliez proier
Qu'en temptacion ne soiez ;
L'eure de mon tourment aproche.
s. PÈRE.
Grant doulour prè§ du cuer vous touche ;
Je le voy moult, trè^ bien a ce
Que tout conlreval vostre face
Le cler sanc de sueur dégoûte.
Tainte en est vostre face toute ; t
Aval chéent lez goûtes cléres.
dieu, àgewus.
Encor te prie, beaulz doulz pères,
Se le tourment que sy m'esmaie
DE NOTRE SEIGNEUR. l83
Ne puis eschapper que ne l'aie
Que tu faces ta vôlehté.
Cy retourne auz apostres et die •
De dormir moult en ta lente
Estez quant veillier déussiez.
Se vous en sacion eussiez
Nulle foys ne vous truys levez.
* •
S. JASQUE.
Nous avons tous lez yeulz grevez
De trop veillier ; s'avon mesaise
Se nous dormons ne vous déplaise :
• • •
Car moult grant pièce avons veillié.
. dieu.
Vous n'estez pas trop travaillié.
Veilliez et de Dieu vous souvegne,
Que mauvaise erreur ne vous pregne :
Trop estez endormi forment.
dieu, arrière à genous, die :
Beau père, de ce grief tourment
Moult volen tiers eschapperoie,
Se ta volen té s'y octroie,
Car la mort forment m'espoente ;
Et s'ainssy est qui t'a taie nte
Que muire, je le doie vouloir ;
Conbien que m'en dole doloir,
Le fez de la mort vueil porter.
Un ange chante sus : Eterne.
Filz de Dieu, je te vién conforter :
Ton père dit que par ta mort
l84 LA PASSION
Seront racheté de la mort
D'enfer tuit cil qui bien feront.
Pour toy faire mourir seront
Par tant juif en paine grant.
Rien doubte ne petit ne grant,
Va à la mort ton corps souffrir.
dieu.
Beau père, je vueil bien souffrir
Puisqu'il vous plaist ce grief martire.
JUDAS.
Pinceguerre, je vous vien dire
A Ion, car il en est point.
PINCEGUEftRE.
Or voy-je bien que il n'a point
Sy voir disant en ceste terre
i
Comme est Judas.
BAUDIS.
Nous vient- il querre ? »
Il nous a bien convent tenu.
MOSSÉ.
*
Un prophète mal avenu
Sera se le poons tenir.
Malquin, Haquin, tantost venir
Avec nous vous enconvient
MALQUIN.
Alons donc, mais bien me souvient
Noz lanternes en porteron.
HAQUIN.
Maintenant lez alumeron,
Je vueil aler pour vous aidier.
DE NOTRE SEIGNEUR. l85
JUDAS.
Seigneur, laissiez vostre plaidier.
Tantost avecquez moy venez,
Et gardez qu'autre ne prenez .
Que celui que je baiseray.
Jà moult beau semblant li feray :
De ce sui-je bien enformez.
DIEU.
Reposez vous et vous dormez :
De mon tourment approche Teure
Que ly pécheurs me courront seure.
L'amour que j'ay vers mez amis *
En ceste détresse m!a mis.
En crois me fera estachez
Et ou visage decrachez ;
La mort que fouffrir me faurra
A mez adversaires vaura
Se il se vuellent repentir.
s. JEHAN.
Beau père, sanz la mort sentir,
Ceci bien amender sariez . . ; "
Que nulle paine n'en ariez,
Ce devons nous croire et savoir.
DIEU.
Jehan, bien vueil la mort avoir :
Levez sus que dormi assez
Avez ; velà ceuie amassez
Qui me quièrent, je lès vous montre/
Ne fuion pas mais à l'encontre
Leur*alon ; veci qui m'aproche,
l86 LÀ PASSION
Qui me baisera en la bouche
Pour me trahir ; lors me penront.
Cil homme armé et m'enmarrofct
Que quérez vous que ne oelez ?
PINCEGUERRE,
. i . Homme qui est appelez .
Jhesu de Nazareth. . .
DIEU.
Ce sui-je.
BAUDtn.
Enchanté ay esté ; t» puisse
Bien dire, plu ne fil oncques.
MOSSÉ.
Par ma loy tout ainssy doncques
Ay-je esté et pis encore.
dieu.
Biau seigneurs, que quérez Vous ore
Qu'à ceste heure estez ensambié ?
PINCEGUERRE.
De paour ma la char tramblé
Dont j'ay forment le cuer iré.
Ce que noua quérons te dire :
Jhésu de Nazareth quérons.
DIEU.
Véezmexy. •
BAUDtN.
Judas, que ferons ?
As tu rien oy qui. te plaise.
JUDAS.
Pieu te gàrt, maistre, car me baise
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 87
Et je toy en foy en la bouche.
DIEU.
Ce baisier près du cuer me touche ,
Amis, en baisant m'as tràhy.
malquin.
Jhésu, moult te voyesbahy :
Pris es, te veulz tu pas deffendre ?
MOUSSÉ.
Meillieur gage que la foy rendre
Lui fault sy veuf t se délivrer.
haquin.
Je croy qu'i se vient; d'cny vrer
Hui toute jour de la taverne,
MÀLQUIN.
Haquip , lieve hault ta lanterne
Si le verron tuit ou visage.
haquin.
Foy que je doy tout mon lignage
Je sui tout lié de cette proie.
Makjuûi, beau-frère, je te proie
Que maintenant soit menez.
diexj. î<
Beauls seigneurs, pour quçy me tenez
Sy honteusement Sa&z raison ? **
Sy ne sui-je pas m&tfvais hom
Ne dez gehs en bois efesautières,
Et sy ne sui mûrdrier ne lérres. ■
Oncques'jè rie fiz jriauvestié , • • *
Et vous m'avez «i agaistie
Par nuit obscure pris m'avez,
l88 LA PASSION
Maintez fois de jour bien savez
Vous m'avez oy sermonner
Et de bons exemples donner
Au temple Psalmon monté
A vous mains bons sermons conpté ;
Mez vecy sens de moy tenir
M'avez veù aler et venir
Et de nuit m'avez détenu.
MALQUIN.
Encore tout à tamps venu
Somes à ta malle meschance.
Pren, Jhésu; c'est tien a la chance
Assez de ceulz en soustenras.
Lesse-le, point ne l'en m en ras;
Garde toy d'tii niaiz a toucher ;
Ne te doiz de lui approcher.
De toucher à luin'ez pa? digne
Qui est fils Dieu sur tous le guine.
Tu l'as fer u par tonoultragc,
Tien ce cop pour ton vasselage. .
Il te vaulsist miex aillieurs estre
Que tu n'a pas t'oreille destre : .
Or te taste c'elle te saine.
i>ieu«
Pierre, «'oreille n'est pgs saine* : .
Mais tu U as raison faite
Quant sus liïy as l'espée traitp*. ,
Remet la tost en sa gaine.
Car tout pour voir je te doctrine
DE NOTRE SEIGNEUR. i$g
Qui de glaive nully ferra
Par glaive defenir verra
Sa vie, c'est bien chose voire.
Pierre, de ce me dois tu croirre»
Se je vouloie a ceulz nuire
Qui ont grant fatn de moy destruire
Et d'eulz vouloir faire omicide,
.xii. légions en aide
D'anges, d'arcanges sanz cesser
Àuroie tout pour eulx prisser.
L'oreille que tu ly as roupte
Saine ly refferay sanz doubte.
Vallet, monstre ta blesseure.
MALQUIN.
Se Diex me doint bonne aventure,
Se tu me donnes garison,
Jamais jour nulle mesprison
Ne pourchaceray contre toy.
DIEU.
Je la te rendray sueffre toy
Telle corne elle estoit devant.
MALQUIN. j
Jamais jour ne t'iray grevant
Se tu la me puez rendre entière.
dieu.
Or tray sa près de moy ta chère.
Oreilles, je vueil que tu soies
Ainsi saine comme tu estoies
Devant ce que tu fusses ronpue.
Or taste se je t'ay rendue
J$0 LA. PASSION
Toute saine ta destre oreille.
MALQUIN.
Regardez tuit com grant merveille
Par amour conpains or escoute.
Cil glout m'avoit l'oreille roupte
Par pou la joé ne m'en temma .
Jhesu bien garie la m'a
Je croy qu'il ma enchanté.
HÀQUIN.
Malquin, se Dieu me doint sancté
Jhesu te feroit buef ou vugle
Et sy te feroit bien aveugle
Devenir par enchanterie.
PINCEGUBRRE.
Malquin, tu dis grant diablerie.
De ce que tu nous as conpté
C'est .1. glôut sanz nulle bonté.
Oncques ne pensa bien à faire :
Nostre gent vouloit à luy traire
Et nous cuidoit tous enchanter ;
Mais déz or se puet bien vanter
Quant nostre evesque le tenra
Bien enchanter le convenrra
Sy se veult départir de luy.
BAUJMJf.
Je croy qu'il n'y aura celuy
Qui de luy point grever se/ soigne
Pour pis ameûder sa besoigne
Se Diex me garde de périr
Je voulroie de grans cops férir
DE NOTRE SEIGNEUR. ig
Sus s'échine qui est si gourde. l
Pour ly vauroit ycy sa bourde
S'on le me lessoil justicier.
MOSSÉ.
Jhésu, moult pou te doiz prisier.
Nous aprochon de la maison
A Anne ; ycy la raison
De toy juger pourras oïr
Tout autrement que ne vourras.
C'est céans où nous te menon.
MALQUIN.
Jhésu, puis qu'icy te tenon
Nous te feron assez meschance.
LA BÉASSE. 4
Haquin, se Diex me doint chevantc
Près de cy voy .1. garnement
Que je m'escroy trop mallement.
Dez disciples Jhésu ne soit :
S'il en est trop fort nous desçoit
Se la mort ne me puisse estendre
Qu'anquez dictes puet bien entendre ;
Après vous est tous jours venuz.
haquin. .
Lequel est-ce?
hk béasse.
• • . * • • • » ••
A celle barbe blancbinace.
Musars, que quiers en ceste place ?
N'ez tu des disciples ce maistre? .
IÇ2 LA PASSION
S PÈRE.
Par cellui Dieu qui me fist nestre,
Ne cognoiz celuy que me dictes.
judas.
Sire Armez, je ne viens pas tristez,
Car j'ay bien faite la besongne.
Véez vous cy Jhésu que j'amaine :
Le corps de luy vous ay vendu,
Vivant m'en a l'argent rendu.
Je le vous baille ce le prenez.
A vostre plaisir l'ammenez :
Ce c'est bien fait, dictes le moy.
ANNE.
Foy que je doy l'âme de moy
Ton argent as bien deservy.
Judas, tu m'as à gré servy.
Va-t-en, moult bien m'en cheviray.
judas.
Et de vous me départiray.
A Dieu qui vous est en sa garde.
ANNE.
Jhesu, vifcn sa que trop me tarde
Que tu me dies ton affaire.
Veulz aler contre Césaire :
Dy-le moy puisque tu es pris.
Tu seras se tu as mespris
De nostre loy apetisez.
DIEU.
Ains que me faces jiistiser
Je te diray que tu feras :
DE NOTRE SEIGNEUR. ig3
Ceulz qui m'ont oy manderas.
Quant venuz seront n'atendez,
Mais aprement le demandez,
S'il sevent que je aie conpté
Autre chose fors que bonté :
Lors par conseil en ouvreras.
MALQUIN.
Demain en tel jour enterras.
Garde à qui tu diz ces paroles
Qui sont assez nissez et foies.
Par fierté vas respondre trufes :.
Gy me garderas ces au bufes
Que t'ay trouvé tant te quéru.
dieu.
Tu m'as sanz déserte féru
. Vilainement en mon visage.
S'il te samble que die oultrage
Hardiement sy le tesoiQÎgne.
haquin.
Vassaux, se Diex santé te doigne
Sers tu pas Jhesu le glouton ?
s. PÈRE.
Pour lui ne feroie ,i. bouton :
Je ne sçay que tu me demandes.
Se tu aus fourches ne me pendes
One ne le servy en mon aage,
ANNKS.
Jhesu tu paieras ton paiage,
Mèz se cera moult chèrement.
Liez ly bien estroitement
u.
i3
ig4 LA passion
Lez mains et puis bien le tenez
Et chiez Caïphes le menez.
Quant Caïphes Jhesu verra
De ses euvres ly enquerra :
Or le menez sanz plus cy estre.
malquin.
Ta main senestre sanz la destre.
Je vueil lier maintenant :
Plus soef t'en yrons menant,
Je te promet ; vecy la corde.
Haquin, garde qu'il ne me morde ;
Tu me verras jà bien estraindre,
Et sy ne s'en osera plaindre.
Haquin, compains, or me devise
S'il est lié de bonne guise.
Que te sanble? Est-il assez?
HAQUIN»
Son cuer est jà trestout quasseft,
Sy cstroitement l ? as lié.
Jhesu, Malquin t'a espié,
Tu es de belles contenances.
Par ma loy je croy que tu penses
Comment tu pourras jà respondre :
Miex te vaulsist avoir fait tondre ,
Ne le dy pas en toy gabant.
Je croy que veulz faire bobant
Et mettre coeffe par dessure.
Conpains, il ne fut ennuit heure
Que ce pautonnier ne véisse
Après nous, certes bien voulswse
DE NOTRE SEIGNEUR. ^5
G'on sceult s'il cognoist ce maistre.
MALQUIN.
Trop miex ly vauroit estre à nestre
S'il le cognoist que cy venir
Et sy ne me vueil plus tenir
Que je ne sache qu'il demande.
Vassaux, se Diex ton corps dcffende,
N'ez tu pas et qui revanchas
Jhésu et m'oreille tranchas?
Ces- tu bien, le voy à ta face.
s. PÈRE.
Non sui , se Dieu me doint sa grâce ;
De ce vous puis-je bien respondre.
Se la mort ne me puist confondre
Oncques ne fu en son service.
Las ! moy meschant com je peu prise
Mon bon seigneur et mon bon maistre!
Je vourroie bien estre à nestre.
Las ! moy dolant povre de sen
Moult grant douleur au cuer je sen
De .m. faussetez que j'ay dictes,
Dont j'ay esté faùlz et trahistez.
Or ay-je le cuer desvoié :
Quant je mon seigneur renvoyé.
Certes je m'espris durement.
Sy en requier dévoctement
De tout mon cuer à Dieu le père
Qui reçoive ma prière.
Je m'en repens et me confesse,
Car douleur au cuer me apresse.
i3.
lo6 LA. PASSION
Père, selon ma repcntance
Vueillez moy donner pénitance ;
Que je soie asoubz moult me tarde
À mon méfiait ne prenez garde,
Car j'ay dit .m, trop obscurs vices
Dont j'ay esté et fol et nices.
Beau sire Diex, plaint d'amistié,
Vueillez avoir de moy pitié,
Car je trop durement mèspris.
ÊINCEGUERfcE.
Jhesu, bien voy que tu es pris :
Pour te destruire te prenons
Et à Caïphes te menons.
Caïphes, vez ci le traite
Qui toute nostre loy despite,
Et dit qu'elle est fausse et malvaise.
Vous en devez estre plus aise
Quand Jhesu qui riens ne prisoit
Nostre loy mais la despîtoit,
Nous Pavons pris et amené.
BAUD1N.
Pour vous nous somes bien pené,
Et Judas a fait ceste office.
Véez vous cy Jhesu plain de vice ;
Or en poon faire justice.
Nostre loy ne vous riens ne prise,
A sa loy nous vouloit tous traire
Et sachez que de nous mal faire
A estez tous jours esveilliez.
DE NOTRE SEIGNEUR. 197
MOSSÉ.
Caïphes, tost vous conseilliez
De Jhcsu ce fault glout destruire.
Oncques ne vous fîna de nuire ;
Nouvelle loy a commandé
Et sy Ta jà moult avencié
Pour enchanter lez gens enconbre.
Tant le croient que c'est sans nombre
Et vous vont trestuit délaissant.
Nostre loy va trop abaissant,
Contre nous forment se tra veille ,
Or escoutez trestuit grant merveille :
S'il va bien nos gcn& enchantant
Le mauvais glous se va vantant
Le temple Dieu despesera
Et puis après le refera
Dedans .111. jours comme devant.
Va-il bien la gent décevant :
Dieu tout en vis pourrait ce faire.
Nous veult-il seurmonter Gésaîre ?
Il est de folie esméus, •
De rien ne doit estre créuz
Il ne scet fors que mal et honte.
Encore fait pis que je ne conpte,
Se c'est voir de ly le sachiez.
càïphàs .
.Ihesu , dy es-tu entachiez
De ce que os icy conpter
Que nostre loy veulz seurmonter?
Respon, il fault que je le sache.
I98 LA PASSION
Seigneurs , Jhesu a pute tache ;
De respondre ad ce n'a cure.
Pourras-tu prouver celle injure
De quoy tu dis qu'il est coulpablez ?
mossé .
Oil , sire , par gens estables ,
Par Malquin et Haquin ensanble.
Bien le sceveiit, sy cpm moy sanble j
Demandez en leur tesinoignage.
caîphas
Malquin , Haquin , trop estes sage :
De ce me dictes la vérité.
malquin.
Le Dieu me doint grant dignité,
C'est ce que cil vous a conpté.
HAQUIN.
Par te grant Dieu plain de bonté ,
Mossé vous a la vérité dicte.
De Jhesu le glouton traite
Oncques il n'ot de nul bien cure.
caîphas.
De par Dieu le grant, te conjure
Que tu me dies se tu ères
Jhesucrist filz de Dieu vif père.
Se tu Tes , dy le moy beau frère ,
Tout clérement que je t'en proye.
DIEU.
Tu l'as dit , mais se je disoye
Que filz Dieu le puissant je fusse
Et que sa très grant force eusse ,
DE NOTRE SEIGNEUR. IQÇ)
On diroit que diroie folie.
Toute voie n'en doublez mie ,
Vous me verrez en jugement
A la destre Dieu qui ne ment :
Là paiera chascun sez débitez.
CAIPHAS.
Tu es donc filz de Dieu ?
dieu.
Vous le dictez
Et avez dit que je le suy.
CAIPHAS.
Dèz que cognoissance reçui
Et de viel , de petit , de grant ,
N'oy despiter Dieu le grant
Sy com se musart le despite.
ANNES.
N'a-il pas grant obscurté dictes ,
Le glout eu cuer très deputaire ,
Quant pareil à Dieu se veult faire ?
Sy ne fault point de tesmoignage :
Il est jugé par son oultrage
Quant il se fait à Dieu sanblable.
PINCEGUERRE.
Seigneurs, ne tenez pas à fable ,
Mais moult très bien vous avisez
Comment ce glout soit justisez.
Dèz or mais nous départirons >
En nos hostelz nous en yrons ;
Cy taire venir nous pourrez
Toutes heures que vous vourrez :
200 LA PASSION
Du yostre rien ne demandons,
Au grant Dieu nous vous commandons,
Tuit en vostre voulenté sommes.
ANNES.
Seigneurs, vous me sanblez preudommes y
Vous m'avez bien en gré servi ;
Bon loier avez deservi
Et bon loier çhascun aura
Sy que tous jours gré me saura.
♦ Alez , au grant Dieu vous commant.
malquin.
Jhesu enten-tu bien romans ? "
Je te vueil cracher en la face.
C AÏPRAS •
Haquin , se tu m'aimes pourchaces
Pçur sez yeulz bander une bande.
HAQUIN.
lia maie poission l'estande ,
Vez cy la bande toute preste.
GAÏPHAS.
Bandez-ly lez yeulz de la teste
Et pour le loier de ses truffes
Ly portez de grosses buffes
Et sy en jouez à la chipe.
MALQUIN.
Bien saura chiper sy me chipe.
Je le tenteray sy par la chape
Que je le rendray s'il meschape.
Haquin , n'est-il pas bien bouchez ?
DE NOTRE SEIGNEUR. 20 1
HAQG1N.
Oïl , que fust-il or ouchiez.
Jhesu qu'es-tu cy venu querre ?
De par le diable sié-te à terre ;
De par moy auras ce présant.
Dy moy, ay*-je le poing pesant?
Or ne t'ay-je pas faulx noie ? *
malquin.
Haquin, tu ne m'as pas proie
^ue de mez yeulz ne ly apreigne.
Roy, maie passion te teigne !
Qui t'a féru, car le me devine?
Esgar com il besse l'eschine,
Le jeu je croy ly abelit.
HAQUIN.
Oncques mais n'ot tant de délit,
Roys qui fust de sy grant poissance.
Jhesu, tien ce cop a la chance ;
Qui t'a féru, car le me compte?
MALQUIN.
Ha ! tauix roy 'que tu sces de honte !
Nous te voulons endoctriner,
Mais il te convient deviner
Qui t'a donné sy gros chopin.
haquin.
Encor ara-il ce lopin !
Bien ly plaist ce jeu à aprendre.
Fier fort, il a la char trop tendre.
Qui t'a féru, roy, car, parole?
202 LA PASSION
MALQUIN.
11 a esté à bonne escole :
Trop grant plaist ne va pas menant ;
Mais sy ne parle maintenant
Je H donrray tel oreillon
Qu'il y aura du vermeillon.
Tien ce cop ; sui-je mensongiers ?
HAQUIN.
Il n'est pas hors de nos dengiers ,
En nostre jeu moult se délite :
Sy a-il chère de trahite.
Roy, ce cop tu me garderas
Et puis après devineras
Se ce sont collées de nopces.
MALQUIN.
Haquin, je voy de grosses bosses
Sus son dos que faites luy as.
haquin.
Non ay, voir.
MALQUIN.
Par ma foy, sy as.
Je vueil que de moy ly souveigne :
Ce cop est tien ; par pute estraine
Je ne vueil pas que tu m'eschapes.
HAQUIN.
Malquin, je te pry que tu frapez
Bien fort de çà et moy de là.
Roy, te remues ; qu'est-ce le ?
Garde bien de toy remuer :
Nous te ferons sy fort suer
DE NOTRE SEIGNEUR. 2<>3
Que ton mal te terminera.
MALQUIN.
Benoist soit qui fort frapèra
Tel cop que je l'oie sonner.
HAQUIN.
Or, le me regardes donner
.1. beau cop du poing sanz faintise.
Roy, qui te fiert, car le devise ?
Tu es je croy en lestardie
Ou ta char est acouardie,
Ou tu n'es pas batu assez.
Malquin , je croy que tu es lassez :
Fier de grans cops sus la serveile.
MALQUIN.
Je ne me pris une cenelle
Se par moy n'a Teschine plate.
HAQUIN.
Par la foy que tu doys Pilate,
Or léesse voir que tu feras.
MALQUIN.
Par Dieu, Haquin, tu m'aideras.
Ferons tous .11. sur son madré.
haquin.
Tu as resuscité le ladre
Par ton malvais enchantement ;
Mais se li évesques ne ment
Encor le conparras tu chier.
Mal osas le ladre huchier
Et à nos gens dire telz fauves.
Roy, meschant roy, que ne te sauves
3<>4
LA PASSION
Ou destruiz seras sanz rançon .
GAYPHAS.
Seigneurs, laissiez vostre tançon ,
Ne bâtez plus se députa ire :
Autre chose nous convient traire.
Sir Annes, car nous conseilliez,
Vous en devez estre esvei liiez,
Comment Jfaesù pourrons destnjire ?
ANNES.
Appareillié sui de lui nuiçe ;
S'il vous plaist mener le ferons •
A Pilate et H conterons
hà grant mauvestié du trahite.
cayphas.
Moult bonne parole avez dicte :
le vueil bien que il soit menez.
Or tost, my sergens, ça venez
Menez en Jhesu sus Pilatct
MALQUIN.
Ha ha ! com il a la char mate
Ce roy et com il est devex.
HAQUIN.
Haa ! qu'il a dessous sez chevex
De mal se je l'osasse dire.
Liève sus, vien à ton martire :
Malquin, aide-moy à le tenir.
judas.
Ha mort, car me fay détenir :
Je sui meschant maleurez
Et trahisie faulx parjurez;
DE NOTRE SEIGNEUR. 3o5
Bien m'ont lez diables enbahy :
J'ay le sanc du juste trahy,
Cil Dieu qui a toute puissance.
Je mourré par désespérance :
Des or m'estuet desconforter.
4 Vivant, je vien raporter
L'argent f point n'en ay despendu,
De quoy j'ay mon seigneur vendu.
J'ay péchié trop fort mallement :
Vecy vostre argent; je dément
À vous que me laissiez mon maistre
Qui fait tous biens venir et nestre.
C'est cil de qui tout bien abonde
Et cil qui puet suz tout le monde.
Sire, car le me délivrez. .
vivant.
Judas, t'es-tu puis enyvrez
Que ton maistre nous vendis
Et doulcement la main tendis ?
De noz deniers receuz trente
Quant ton maistres gelas en vente.
De le prendre nous enhortas
Quant .xxx. deniers 1 enportas.
L'argent preiz et receuz:
Se tu te tiens pour déceuz,
Judas, de ce bien te souveigne :
Qui ainssy fait, ainssy le preigne.
En ce point ton maistre mis as,
De le penre nous avisas :
Se tu as ta mauvestîé faite
2o6 LA PASSION
Une aultre fois miex sy te gai te.
Se bien as fait tu le sauras :
Judas de Jhesu point n'auras ;
Or lesse ester ton sermonner.
JUDAS.
Au diable je me vois donner,
Quant mon màistre ay ainssy grevez.
Vivant, vostre argent recevez,
Véez le là, je n'en ay cure.
Hé mort félonnessc et obscure
Pren moy, je suis fauiz et trahistes :
A cent diables je me rens quites.
Quant j'ay osé mon seigneur vendre
Sanz remède je me voiz pendre.
Diables, prenez mon espérit.
VIVANT.
Seigneurs, l'argent que Judas quit ,
Qu'il a ycy à terre mis,
Je ne vueil pas qui soit remis
Ou temple en la commune bource :
Pas de bon lieu ne vient-il ; pour ce ,
Le dy-je s'en achèterons
Ung champ où qu'il souffrir feront
A Jhesu grant douleur amène.
MALQUIN.
Le champ de Mach, de par ma mère,
Est tout mien ; je le vous vendre.
vivant.
Ces .xxx. deniers t'en rendre :
Voy-les ycy, je te lez baille.
DE NOTRE SEIGNEUR. 207
MALQUIN.
Et je l'octroy comment qu'il aille.
Dès-or le champ vous abandonne.
ANNES.
Pi la te, vccy la personne
Qui sy fort nostre loy tourmente.
Par son sermon nos gens enchante :
Il est digne de mort avoir.
PILATE.
Seigneurs, aultrement vueil savoir
Pourquoy jugez à mort cest home.
CAIPHAS.
Car Jhesucrist et roy se nomme j
Cuidez c'il ne fust mal faiteurs
Et sus nostre loy enchanteurs
Que cy le vous amerrissons
Ne que à mort le jugessons?
Je vous (dy) qu'il a deflendu,
Je l'ay oy et entendu,
Qu'on ne doint point à Césaire
Ce qu'on iy doit, et pour ce traire
Gy va-t-on faire grief tourment.
PILATE.
Puisque l'accusez sy forment
Prenez loy et sy l'cnmenez.
Selon la loy que vous tenez
De son corps- faictes jugement.
CAÏPHAS.
Je vous respon appertement
Bien vourions la mort de luy;
2o8 LA PASSION
Mais ne poons juger nully
Puisqu'il n'a la mort deservie»
PILATE.
Jhesu, dy-moy toute ta vie :
Tout maintenant délivre toy.
Tu es roy des Juifs.
DIEU.
De toy
Seul tu le dis ou tu l'as oy dire ?
PILATE.
Pour te faire souffrir martire
Tous ces Juifz t'ont à moy livré ;
Il vouroient jà que délivré
De ton corps trestous les eusse ;
Mais j'ameroie miex que je fusse
Bien endormy que je disse
Faulz jugement ne ne feisse.
Pour Juifz mie ne me tien :
Il m'est avis que je te tien.
Que leur as-tu fait? ce me dy.
DIEU.
Prévost Pilate, je te dy,
Puisque tu veulz que je responde,
Mon royaulme n'est pas en ce monde.
Se mon royaulme ou monde fust
Tel honte faite ne me fust.
De moult bon cuer me servissent
Et pour leur roy me tenissent
De paroles, de fais, de dis.
DE NOTKE SEIGNEUR. 2O9
PILA TE»
Doncques es-tu roy ?
dieu.
Ta le dis,
Que y sui com fu-je nez t
Combien que soie mal menez.
Pour ce m'envoia en ce monde
Mon père en qui tout bien abonde
Que vérité je tesmoitignasse
Par tous les lieus là où je allasse,
Qu'en moy n'a point d'iniquité.
PI LA TE.
Dy moy quel chose est vérité ?
Seigneurs , je veuil que chascun sache
Que je ne truis en Jhesu tache
Qui ne soit et bone et honneste.
AHNES.
Prévost , par lez yeulz de ma teste
Il a trop durement méfiait
Quant toute nostre loy défiait.
Il scet partout trop bien trischer ;
Trait a à soy par son preschier
De Galilée plus de xx. m.
De nos gens jusques en cette ville :
Mallement nous a triboulez.
PILA TE.
Beaulz Seigneurs, bien voy que voulez
Cest home cy faire destruire.
Tantost je le feray conduire,
(Par ma gent bien sera tenu)
11. i4
2IO LA PASSION
En Galilée dont est venu
A Hérode tout maintenant.
Quant Hérode verra venant
Jhesu devant (Uy , lors sera
Tout lié , tantost le jugera ,
Car moult ly tarde qui le teigne.
CAÏPHAS.
Mandez-ly tel vengence en preighe
Tost le Face pendre ou tuer.
PILATE*
Valiez , allez moy saluer
Hérode le roy de noblesse,
Plain de valeur et de proesse.
Jhesu vous ly présenterez
De par moy et ly conterez
Lez beaulx jeuz dont il scet joier.
HAQU1N.
Ce ne vous doit pas ennoier ,
Mais vous doit abeliir à faire.
- Or sa roy au cuer députaire ,
Quant devant Hérode venras
Moult bien de rire te tenras.
La pance jà de paour te sue.
MALQUIN.
Sire roy , par. nous vous salue
Pilate qui vous aime monlt
Plus que prince de tout le monlt
Et vous prie par amitié
Que de ce glout n'aiez pitié.
C'est Jhesu que vous amenons :
DE NOTRE SEIGNEUR. 211
Qu'il ne s'enfuie le tenons.
Pilate vcult que jugement
Faciez de luy hastivement ,
Car il vit trop , c'est grand péché.
Ly pueples est par luy triché ,
Car nostre loy leur veuit deffendre.
En luy lez fait croire et entendre ,
Tout le monde va enchantant
Et à chascun se va vantant
Qu'il est filz Dieu le roy de gloire:
C'est .î. fol qu'on ne doit pas croire.
De nos gens à son gré desploie ;
Sa vie au prevost ennoie :
Il vous fait de son corps présent.
HÉRODES.
J'aim mielx ce don que nul présent
D'or fin qu'on m'éust présenté.
hàquin.
Sire , se Diex vous doint sancté ,
Faictes ardoir ou décoler !
Ce glout ; trop nous veult défouler
Que mescréans nous veult tous faire
Et nous veult tous à sa loy traire.
Pour Dieu faites le tourmenter :
Il sut bien lez gens enchanter , ,
II fait les aveugles voians / ~
Et sv fait lez sourà èlér.oians , ! ' *-
Et sy fait lez gens -mors revivre , " .-.
Lez malades de mort délivre
Et lez hors dur sen rasonage.
•4
212 LA PASSION
Il garist lez gens dé la rage ,
Il fait le contraiz tout drois eatre ,
Il se fait filz au Roy célestre
Et ce fors pour nous trahir.
UÉRODES.
Jhesu y ne te doiz esbahir ;
De parler à moy n'aiez honte.
Vien près de moy et sy me conlc
De quelz euvres tu veulz jouer
Et n'aiez paour de m'ennouer:
Respon-moy ce que tu vourras.
Malquin , garde se tu pourras
Faire parler à moy cest home.
malquin.
Je ne me pris pas une pome
Se Jhesus à vous ne parole.
Glout a pou je ne t'afole
Que parlez au roi Hé rode.
De tes bourdes .1. pou le lobe,
S'en auras plus soef martire.
HÉRODES.
Je le feray tenir dessiro
Se il parler à moy ne deigne.
Jhesu , avant que pis. te veigne
De tes offences coopte, moy
Et sy te tr^y ça,près> de moy.
Dont te vient or^ceste licence
Que tu fais novelia créance
Et veulz la loy de Dieu abatre?
DE NOTRE SEIGNEUR. ?t3
Tu as faim de te faire batre
Se ne respotis appartement ; l
Dy ce que te demant
Et je te feray assez grâce.
haquin.
Rien ne prise vostre menace :
Se ne le faites tourmenter
Il vous pourra bien enchanter.
Il en soet toute la manière.
mérodes.
Jhesu, liève hault celle chère
Parle à moy, je le te commande
On m'a mandé que te demande
Qui tu es ne dont tu es venu.
Tu veulz bien que soiez tenu,
Pour le filz Dieu en ceste terre
De par qui viens-tu cecy querre?
Le pueple t'en va à l'encontre.
Se tu es filz Dieu sy me monstre
Une partie de ton couvine.
MALQUIN.
11 est de moult bone doctrine.
Il ne vous fait mie grant noise.
Jhesu renvoise toy, renvoise,
Parle de par lez vifz mauJGôs,
Se mon toupet fust escbgufez
La bouche sy fort te bâtisse
Que parler sy h^ult te feisse
Qu'il n'est sy sourt qu'il ne t'oist.
21 4 LA. PASSION
IIÉRODES.
S'ilparlast .1. pou m'esjoist
Et sy en fusse .1. pou plus aise.
Jhesu je te pry qui te plaise
Que tu me dies qui tu es.
Je croy que tu soies rouez,
Je ne t'oy ennuit mot dire :
N'aiez paour d'avoir martire*
Il m'aparlient que bon droit rende :
Conbien que de juifz entende
Que tu soies bien mauvais hom,
Ne te feray-jc que raison.
Or me dy se ta loy nouvelle x
Veulz essaucer et faire celle
Finer qu'on croit communément.
Or le me dy seurement :
Tout ce me puez tu bien conter.
Or me dy veulz tu seurmonter
Le roy Césaire que tant aiment
Que leurs gouverneurs le réclaiment?
Jhesu respon aucune chose.
Tu as moult fort la bouche close :
Par foy je croy que n'oiz goutc.
La teste sy me deult j'à toute
Tant me suis à toy débatu.
Respon ou tu seras batu :
Tu ne m'as povoir d'eschaper.
Comment te es-tu lessé haper?
Se tu point de povoir eusses
Pas lessé prendre ne te fusses :
DE NOTRE SEIGNEUR.
2l5
Tu es fol et meschant et nice.
HÀQUIN.
Il est plain d'orgueil et de vice ;
En sus de vous le bouteray,
Ou visage li cracheray.
Parle, meschant, que mal feu t'arde !
maxquin.
Tu as la langue moult couardç;
Or ne sces-tu mais sermonner
Ne tes fàulz examples donner.
Dy moi est tu bien pou prisé?
HÉRODES.
Malquin, je me suis avisé
Ce que je feray de ce glouton.
De ly nedonrpie .1» bouton :
Il ne scet riens fors que malice,
Il a le visage trop nice.
Arrière tous vous en yrez
A Pilate et sy ly direz,
Je le salue sans nulle somme
Et sy li renvoie cest homme.
J'ay bien fait ce qu'il m'a mandé,
De sez faiz li ay demandé:
Rien n'en oi ne cogné u,
Ne mot dit, vous l'avez véu.
Je n'en vuëil pas jugement rendre
Pour tant qu'il ne se scet detfendre.
En vostre pais l'enmenez ;
Que ne s'en fuie le tenez,
Mais ainçois que partiez de cy
31 6 LA PASSION
i (
Ceste grant robe blanche cy
En guise de fol ly vestez
Et ceste aumuce ly metez :
Lors sanblera bonne personne.
MALQDIN.
Jhesu, roy Hérode te donne
Pour vestir ceste blanche robe.
Tu en auras le cuer plus globe,
Bien te yra se la puez user.
HÉRODE.
Menez l'en saftz nul lieu muser
Et sy dictes à vostre maistre
Que lez diables le firent nestre
Et bien le sanble à sa manière.
Dictes Pilate qu'il enquière
De sez faiz et sache de voir.
S'il doit par droit mort recevoir
Que tout tantost sanz plus atendre
Au champ le face mener pendre,
Et mon amy tousjours sera :
haquin.
Moult volentiers il le fera
Tout ainssi corn vous le mandez.
A Dieu soiez vous commandez,
Nous en alon, coogté prenon.
Jhesu, je croy nous te menon
Là où ton corps bien tourmentez
Sera ; bien suis eatalentez
Pe toy grever sanz trouver grâce.
DE NOTRE SEIGNEUR. 31 7
MALQUIN.
Le grant Dieu qui lez maùlx efface
Doint à vous, Pilatc, grant joye!
Le roy Hérodes vous envoie
Cest home de nulle value
Et plus de cent fois vous salue
Et dit qu'en gré servy l'avea.
A tous jours mais s'amour avez,
Moult vous aime de cuer et prise.
pilate.
Bien veignez tu ; or nie devise
Pour quoi as Jhesu ramené.
MALQUIN.
Hérodes qui a cuer séné
^Le rov moult bien li demanda
De sez faiz et ly commanda
Que ly deist qui il estoit
Et moult souvent l'amonnestoit
Que li voulsist dire et conpter
Pour qaoy il vouloit seurmonter
Le puepJe par dessus Césaire ;
Mais le glout au cuer desputaire
Pour rien que Hérodes li déist
Ne pour honte qutan li féist
Ne voult respondre nulle chose.
Lors dist le roy : « Sire, je n'ose
De cest home jugement rendre.
Par qu'il doie mourir ne pendre. »
Puis après moult le renpona
Et ceste robe li donna.
2l8 LA PASSION
Lors ceste aumuce li méismes
Et de Hérode nous departismes.
Arrière l'avons retourné ;
Le roy l'a moult bien atournc
De ceste robe blanche là.
PILATE.
Or le me menez par de là;
Faites tost, seigneurs, venez en.
haquin.
Tan tost le menrons , alez en
Devant et nous yrons après.
pil ate .
Ce n'est pas trop Iqing que jà près
De ce lieu où nous alon sommes.
Dieu gart sez seigneurs, cez preudomes
Et doint à chasoun grant honneur.
ANNES.
i
Et Diex vous gart de deshonneur.
Que demandez ne que a tendez
Que ce glouton vous ne pendez ?
Trop vit je doubt qu'il ne s'en fuie.
PILATE.
Beaulx seigneurs, forment vous ennuie
Bien le voy que Jhesu vit tant.
Mallement le alez despitant
Et dictes qu'il ne dit que lobes.
Je vous dy que le roy Hérodes
A qui envoie je l'a voie
Pour or que sus ly ne Savoie
Forfait dont jugier le puisse
J
DE NOTRE SEIGNEUR. 21$
Que sus m'ame ne méféisse,
Hérode ne scet nul méfait
En ly dont doie estre défait,
Ne je n'y truis cause de mort.
CAYPHASt
Grant dueil et grant rage me mort
Au cuer quant jo vous oy ce dire.
Faictes le morir à martire
Apperteraent sanz delaier.
PILATE.
Je suis tenu à vous paier
Ung home que à Pasques vous doy.
Cestui vous livre por le doy;
Dictes, le voulez retefiir?
• ÀNNES'.'
Nenny, mais faictes tost venir
Barrabam, si nous en paiez.
PILATE.
Jhesu, se tu es esmaiez
Nul n'en doit estre esbahy :
De ces gens es forment hay.
Malquin, Haqurn, Jhesu prenez
Et après moy le ramenez :
Lors de nos jeus li apenrons.
màlquin.
Sire, tantost le remettrons .
Pour li faire tourment assez.
PILATE.
Roy, je croy que tu es lassez :
Tu te serras en celle route.
220 LA PASSION
HAQUIK.
Roy, tu aras ceste sacoute ;
Te sambly que près de toy sçye?
PILATB.
Celle robe rouge de poye â
A ce roy îxftinteqant veste/.
Et puis eu son chj$f li metez
Une couronne bien pjgpant
De joncs marins qui sont pojgnaps.
Fay tost, c'est pour le couronner
Et .1. cèstre ly fay donner :
En sa main je vue il qij'il le teigne.
haquin.
Malle meschançe ly pveîgpe!
Bien appareillier ]ç savez.
C'est fait $y tost que dit t'avez.
Roy tu dois bipn démener feqtç,
Riche couronne as $n la teste,
Ta personne biçji rpy resanblç.
Malquin, alon moy jpy ensable
A genous ce roy 4ép?J6r.«
MALQUlft.
Je pense que mercy prier.
De tous mez péchiez je ly vpise. .
Il ne fait pas or fcrpp gra#t noise,
Talant n'a de soy retrçqer :
Par foy je le vojs saluer ;
Se m'a-il fait .1. iaulx i^gart..
Le roy des Juifz, Dieu te g*u*t !.
DE NOTRE SEIGNEUR. 221
Par ta foy, roy, or nous devise;
Se tu veulz ci tenir t'assise.
Veulz tu lez mefais adresser ?
Se à mort me poist on bkssDP,
Tu seras jà trop bien firapé.
MALQUÏN.
Roy tu ne m'es pas eschapé,
Trop miex batrc te convenra.
Tien ce cop, sy t'en souvoara
Porce que es de parler sy baus.
haquin.
Malquin, tu es mauvais ribaus
Quant tu Tas ainssy cboppiné.
Bon roy que n'as tu deviné
Lequel t'a féru sy forment ?
Roy ne te vas pas endorment
Et ne pren pas ce jeu à truffe.
Tu me garderas ceste buffe,
Ce n'est pas pour bien que te vueille.
MÀLQUm.
Haquin, pour ce qui ne se dueille,
Je ly donrray .11. horions.
Bien voy qu'en luy nous nous fuyons,
Moy, toy, de fine amour entière.
wlatb.
Lessez ce roy, qu'en une bière
Fust ore le corps de luy mis.
En maie peine m'a huy mis :
Gardez que chascun bien le teigne.
Encor convient-il qu'il s'en veigne
%22 LA PASSION
Après moy sanz plus arester :
Pour ce vueil qu'on le laist ester.
Seigneurs, vecy .1. homme bonnes te;
Par le grant Dieu ce n'est pas beste,
Il est trop mallement grevez.
Par la foy que vous me devez
Vueilliez avoir de li pitié.
CAYPHAS.
Je vous pry par grant amitié
Que de Jhesu me délivrez.
Maintenant soit à mort livrez,
Ne m'en alez plus à l'encontre.
pilate.
Vecy Jhesu, je le vous monstre ;
Prenez lay et crucifiez,
Mieulx que povez le chastiez,
Point ne truis qui soit malvaiz home.
GAYPHAS.
Il doit mourir et c'est raison
Et c'est droit selon nostre loy.
Il a faicte nouvelle, loy
Et filz Dieu se fait appeler.
PILATE.
Vien sa , Jhesu, ne me celer
Dont tu es, tantost le me dy.
N'enten-tu pas ce que je dy ?
Or dy se à moy tu parleras.
Se tu n'y parles mal feras :
Tu sces bien que j'ay sus toy puissance
De délivrer ou de grevance.
DB NOTRE SEIGNEUR. 22$
Se je vueil, morir te feray,
Se je vueil je te laisseray,
Dont bien parler à moy déusses.
DIEU.
Sus moy puissance n'eusses,
Mon corps en tes mains pas ne fust
Se povoir donné ne te fust
Du souverain père de gloire;
Et de ce me dois tu bien croire.
Car cil qui en tes las m'a mis
Plus grant pechié sur ly a mis
Que tu n'as à faire ceci.
LA FAMME PILATE.
Mes cnfans, levez-vous de cy ;
Je vueil que avecques moy venez '
Et simplement vous contenez :
Je vois parler à vostre père.
LA FILLE.
Or, alez devant, doulce mère,
Car me tarde que je y soie
Et que le bon prophète voie
A qui on veut le tourment faire.
LE FILZ.
Nous serons partans au repaire
Là où nous trouverons celuy
Où nulz homs n'a pitié de ly,
Mais lehéentde grant beine.
LA FAMME.
Le Dieu qui vertus enlumine
Sy gart le seigneur de maison.
2 24 LA. PASSION
PILATE.
Bien veignez vous, et quel raison
Ne quel besoihg cy vous amaine ?
LA FAMME.
Je sui toute nuit en tel paine « .
Pour ce prophète qu'on martire
Dont j'ay oy tant de bien dire.
Ceulx qui lui font cest ennuy faire
Ont trop fort cuer et deputaire ;
Il est bons bons plain de bonté.
On m'en a tant de bien conpté,
Tant d'onneur et d'enseignement
Que pour pitié je vous déniant
Qu'il ne soit pas crucefiez.
Pour Dieu, sire, ne l'occicz,
Ne ne ly faictes nul tourment.
A tort le héent sy forment
Ly juif plain d'iniquité.
Je vous pry par humilité
Que faciez ce que je demande.
PILATE.
Se Dieu de péril me defFende,
Se de ce geter le péusse,
Grant pieçà geté le eusse :
De ce son ennui me poise moult.
LA FILLE.
Cely Dieu qui forma le monlt
Gart mon père et ceulx de la place.
PILATE.
Et Dieu te doint honneur et grâce,
DE NOTRE SEIGNEUR. 225
II
Ma très-belle fille jovante.
LA. FILLE.
Certes, Sire, moult suis dolânte
Du prophète que vous avez
Fait tant de mal et vous savez
Nulles gens de luy ne se dament,
Fors ces Juifz qui point ne l'ament.
En ly a sy bonne personne ;
Partout de bons examples donne.
Ung chascun le devroit amer,
Les Juifz en sont à blâmer.
Délivrez-le par vostre foy,
Par pitié et par bonne foy.
Sy l'en lessiez aler tout quicte.
PILATE.
Fille, quelle parole as-tu dite ?
Contre leur loy je mefferoie,
Et trop fort le courouceroie
Se je fesoie ta requeste.
Foy que doy lez yeulz de ma teste,
De son courouz forment m'ennuie.
LE FILZ.
Dieu, qui fait le vent et la pluie,
Sy gart mon père d'avoir honte.
pilate.
Bien veignez, beau filz ; or me conpte
Se point de besoing, sy te chace.
LE FILZ.
Je vous diray que je pourchace
« »
Ce prophètë.qûe vous véçz.
• i5
326. LA PASSION
Trop vilainement le menez;
Ung chascun le bat et le frape ,
Ung le prent, ung autre le frape -,
Ung chascun l'a sy desciré
Que du corps l'ont bien eu pi ré.
Nul encor ne s'en trait arrière,
On le fiert devant et derrière ;
Chascun le fiert , chascun le blesce ,
Chascun pour mal vers luy s'adresse,
Pour Dieu, car ly donnez congié.
pilate.
Dy-moy, beau filz, as-tu songié
Par Dieu de qui tout bien abonde,
Pour tout l'avoir de tout le monde
Pas délivrer ne le pourroye?
Sa délivrance bien vouroie ,
Mais je n'oy oneques nuily
Qui vousist une fois de luy
Ung bon tesmoingnage porter.
LA FAMME P1LATE.
Se Diex me vueille conforter,
Je tesmoingne pour vérité
Je ne sçay ville ne cité
Où tous biens de luy on ne die,
Forsceulx qui sus lui ont envie.
Il ne fist oneques mesprison
De quoy deust estre en prison.
Qu'il ne s'en fuie miex le gaitiez
Que c'il fust murdrier a&Uiez ;
Sanz raison ly faictea despit.
DE NOTRE SEIGNEUR. 92'
Se on puet en ly mètre respit
Faites-Jy mètre par vostre âme.
ANNES.
«
Ne allez pas croiant celle famme :
Tant que vivre le lesserons
Amis Césaire ne serons ,
Car moult Césaire contredit
Cil qui Boy du pueple se dit.
Jhésu doit bien mort recevoir,
Car je vous tesmoing tout de voir
Qu'il a dit qu'il est filz de roy.
PILATE.
Beaubc seigneurs, vecy vostre roy
A qui vous faictes trop d'injures.
caîphas.
Ostez, ostez, n'en avons cure :
Cruccfiez sanz arester.
PILATE.
Puisque ne m'en lessez ester,
Vostre roy cruceliray.
ANNES.
Vérité je vous conpteray :
Nous n'avons roy fors que Césaire.
PILATE.
Seigneurs, pour Dieu, jugement faire
Sus Jbesu le prophète, n'ose.
Je ne tf uis en luy nulle chose
Dont doie mourir honteusement.
Haquin, de l'iaue te demant,
Se tu en as point donne m'en t.
i5.
228 LA. PASSION
Seigneurs, entendez sainement :
Devant vous mes mains je nettoie ,
Pour ce que tout ygnocent soie
Du sang de cest juste homme cy;
Devant vous je m'en lave cy.
De le juger bien vous souveigne :
Pas ne vueil que Diex me rèpreigne
Quant il les âmes jugera.
De ce m'àme quitte sera,
Je le vous lesse et m'en départ.
CAÏPHAS.
Se Dieu en m'âme preigne part
Nous prenon son sang sus nos âmes ,
Sus nos enfans et sus nos fammes ,
Et le péchié qui en puet estre.
Malquin, pren-le par la main destre
Et tu Haquin par celle chape,
Et gardez qu'il ne vous eschape.
Roy, tu sera jà bien vestu
Que tu soies le mal venu.
Tu as régné trop longuement,
Car desvés tost appertement
La robe rouge que as vestue.
Jhésu, tu es a monthe mue
Ou tu as l'oreille ainssy sourde :
Bien est rabat ue ta bourde.
Roy, devestir tu ne te daignes ;
Malquin, gardez que bien te teignes
Celle robe du dos ly sache
Et puis tout droit à celle estache
DE NOTRE SEIGNEUR.
23 9
Le me va maintenant lier,
Car .i. pou le vueil chastier.
Grans çscourgées porterez
De quoy sez costez frôlerez,
Car je vueil qu'il soit bien batu..
• MALQUIN.
Roy, ton sermon est abatu ,.
Nul n'aura plus raercy de toy.
Or tost, Jhesu, despouillie-toy ;
Or çq alons, tp pqez bien dire ,
Que tout droit vas à ton martirc:
Sus toy batre me vous lasser.
DIEU 4 .
Famme que par çy voy passer,
Vueilliez .1. pou vers moy venir.
' Cç drap.vouldroie .1. pou tcnir>
Mon visage y vueil essuier.
véronoe.
Ce ne me doit pas ennuier,
Mais mo doit abellir sans taille.
Tenez le drap, je le vous baille :
A moult bien emploie le tien.
dieu.
Véronce, bonne famme, tien,
Vecy ton drap, dy qu'il t'en sanble
VÉRONCE.
Beau très-doulz Sire, il resanble
Trestout proprement vostre face..
Regardez trestous la grant grâce,
Le grant honneur, la seignorie,
*5i.
?3o LA. PASSION
Que Jhésucrist le filz Marie
Veult que je garde sa figure. N
C'est cil qui de nul mal n'a cure ;
Vecy sa glorieuse ymage
De son très préciex visage.
Sire, moult bien le garderay,
Pour l'amour de vous l'ameray
Et sy vous met bien en couvent
Je la regarderay souvent
Pour ce que de vous me souveîgne 5
Mais je prie Die» que jnale veigne
Grâce à Juifz prochainement.
Trop vous mainent honteusement,
Sans raison par leur cruaulté.
Tous estes plain de loiaulté,
Doulz Diex ^ à tort vous vont grevant.
HÀQUW,
A ceste estaçhe ci-devant
Tout maintenant liez seras.
Malquin , sces-tu que tu feras ?
Despoulle-lay sanz arester
Et je vueil tandis aprester
La corde dont je le lieray.
MALQUIN.
Or fay ce que je te diray,
Fay-li celle estache embrasser,
Et je li vueil tandis lasser
Ses picz à ce tref de ma corde.
IIAQUIN.
Je n'ay pas paour qu'il nous cslordc,
DE NOTRE SEIGNEUR. 23
Ne que de ci puisse eschaper.
Bien est lié, or du fraper
Honny soit qui bien n'y ferra.
MALQUIJ*.
J'ay sy féru qu'il y parra
À toujours mais, ce sçay-je bien,
Dy-moy, meschant roy, di-je bien,
Quant j'ay ta char sy bien sequouse?
HAQUIN,
Tu m'as asséné sus le pouse ,.
Sy cotn ton coup c'est destourné:
Roy, put jour t'est huy adjourné :
Je croy-que jà le cuer li fault.
MALQUIN.
Haquin, je te créant il me fault
Trois clous pour le crucefier.
Me oseroi~ge en toy fier
De le garder tant que reveigne?
HAQUIN.
Malle grant honte li aveigne
Qui de luy garder point s'esmaie.
MALQUIN.
Dont ne fineray tant que j'aye
Trois dons bien bons à mon talant.
Dieu gart le bon fèvre galant.
Fay .m. clous Ions, gros et quarrez,
Desquelz Jhésus sera barrez
En la crois ; puis te paieray,
Et tout ton y ou loir je feray.
Fay tost, met le feu en la forge.
232 LA PASSION
LE FÈVRE.
J'ay une apostume en la gorge,
Ne je n'ose boire de vin.
Foy que je doy le Roy divin,
Mes mains ne fussent pas oyseuses,
Mais elles sont toutes roigneuscs.
Autrement ne lez dresseroye
Pour quenques tu as de mon noyé.
Je sui tout plain de goûte flestre,
Je me gis chascun jour en l'estre,
Car je ne me puis remuer.
LA FÈVRESSE.
S 'on ne me puîst ennui t tuer,
Ne se Dieu me gart ma sancté ,
Le prophète Ta enchanté.
J 'a mer oie miez qu'il fust teigneux,
Que tousjours fust sy desdeigneux,
Car jamais rien ne gagnerait,
Et foy que te doy, bien ferait
Ta besoigne sy li plaisoit.
Hier main plus grant euvre faisoit,
Car il a les mains toutes saines ;
Or le reverses se tu daignes,
Lors saras-tu se je me bourde.
MÀLQUIN.
Galant, as-tu l'oreille sourde ?
N'as-tu pas oy Maragonde?
FÈVRE.
Le mau feu d'enfer la confonde ,
Sy vraiemcnt comme elle ment.
DE NOTRE SEIGNEUR. ^33
Garde à mes mains; je te dément
S'il a ycy point de faintise?
fèvresse.
Atise ce feu-ci, atise,
Malquin - y or pues-tu bien savoir
Soufler te fault se veulz avoir
Tes clous, et je les forgeray.
MALQUIN.
Maragonde, je soufleray
VolentierSj foy que je te doy.
FÈVRESSE.
Férue me suis sus le doy
A ce clou -ci ; fère la pointe
Qui du sang Jhesu sera oing te.
Est-il fait de bonne testée?
malquin.
Bien seroit la chose aprestée
S'estoient fait li autre duy.
FÈVRESSE.
Ne voiz-tu com je me déduy
A ci férir sus ceste enclume?
Sy tu n'y voiz bien sy alume.
Est-ce fait de bonne magnière?
MALQUIN.
Qui meillieur voudra sy le quière ;
Délivre- toy de l'autre faire.
FÈVRESSE.
Malquin , il ne te fault que taire.
Je te créant je ne me sçay faindre :
Jhcsu, se tu vculz pourras poindre.
234
LA PASSION
De cestuy est-il lonc assez?
MALQUIN.
Je suis jà de soufles lassez ,
Ne m'en chault quant j'ay ma besongne.
FBVRESSE.
Malquin, paiez-moy sans eslongne ;
Raille-moy de tes deniers quatre.
MALQUIN.
Voy-Ies te, ci je revois batré
Avec Haquin mon compaignori
Dessus l'eschine à ce gaignon:
Tu as Jhesu moult bien gardé ;
Beau conpains, l'as-Ju bien lardé ?
J'ay les clous que suis allez querre :
Nulz si bons n'a en ceste terre,
Or lez regarde bien> doulz frère.
haquin.
Foy que tu dois l'âme ton père,
Entent à rouiller cest ma 9 tin.
MALQUIN.
Jhesu, entens-tu bien latin?
Es-tu encor désennyvré ?
Je te dis tu seras livré
Au jour d'uy à la très grant moi fe.
HAQUIN.
N'ara pour ce respit de mort
Qu'il se face des Juifz Roys.
MALQUIN.
Tu ly as fait plus de .x. roys
De couleur rouge sus les longes.
DE NOTRE SEIGNEUR. 235
HAQU1N.
Par le grant Dieu, ce n'est pas songes,
Encor li en feray-je maintes
Dont mes eacourgées seront taintes!
Et tu, que feras? dy-le-moy.
malquin.
Foy que je doy l'âme de moy,
Son corps sera par moy rouillié,
Si que du sang sera brouillé.
Il n'a ci nul qu'il en def fende.
HAQUIN.
Roy, malie pôission t'estende.
Qu'est-ce? as-tu paour? la char te tranble.
Tu n'as pas mantel, se me sanble,
Qui soit fourré de penne vaire.
CA1PHAS.
Menez-le au monlt de Calvaire,
Car je vueil qu'il soit là pendu
En la crois, et fort estendu :
Faictes tost, il est assez oingt.
MALQWN.
Vous dictes voir, il est bien point.
En parfont il n'a homme ou monde
Qui plaie li feist si profonde
Com je li en ay plusieurs faictes.
HAQUIN.
Malquin, qu'est-ce que tu agaites?
Deslie aval et je amont.
ANNES.
Seigneurs, car le menez amont
236 LA PASSION
Tout maintenant en la crois pendre.
MALQUfN.
Nous te menrons sans plus atendre*,
Mais sa robe nous demandons
Que vous la nous donnez en don
Tantost que nous Tarons pendu.
ANNES.
Ce ne vous vert jà deffendu,
Nous voulons bien que vous l'aiez.
HAQUIN.
Or dois-tu bien estre esmaiez
Que de mort n'aras plus respit.
Malquin, met-li tout par despit.
Geste grant crois sus ses espaulcs,
MALQUIN.
Tien, Jhesu, or m'en esbaulles;
Haquin, maine devant la dance.
MAGDELAINE.
J'ay au cuer si grant habondance
De dueil, que plorer me convient.
Beau très-doulz Dieu, bien me souvient
De la paine qu'avez soufferte
Et que vous souffrez sans desserte.
Le monde bien rachetidsez,
Autrement, se vous vousissez,
Sans souffrir mort si angoisseuse.
SECONDE MAGDELAINE.
Je pleur com la plus doioreuse
Et la plus meschant que je sache.
Je voiz le doulz aignel sans taiche
DE NOTRE SEIGNEUR. li*]
A son col une crois porter ;
Pour ce ne me puis conforter.
Roy des roys, ils n'y voient goûte ;
Tel vous descire et vous déboute
Qui sus tous vous deust honnourer.
TIERCE MAGDELAINE.
Lasse dolant bien doy plourer
Quand je vous voy ci tourmenté.
Juifs ont malle vo lente
Vers vous, sire de tout le monde.
Je pri à Dieu qui les confonde
Et qui les mette huy en mal en.
DIEU.
Hé ! filles de Jhérusalcm,
Tel dueil sus moy ne démenez
Pour tant que je suis mal menez.
Je vueil souffrir la m'ort amère,
Car c'est la volenté mon père.
Ma mort n'est que mort trespassable.
Filles, sus vos enfans plourez
Et sus vous qui ci demourez.
Véez ci le temps qui approuche
Chascune dira de sa bouche :
(( Braheigniez qui ne conceuptes,
» Fammes qui oncques enfans n'e.usles,
» Ventres qui oncques ne portastes
» Et mamelles qui n'alectastes ,
» Benois et bcnoistes soiez. »
En ce temps leur vous recoiez
Quant Dieu prendra de mort vengence
38 LA PASSION
Lors recevront tel pénitance
Ceulx qui venront en ce termine
Qui tous seront pris par famine.
Es cavernes se cacheront >
Et auls montaignes crieront
Qu'elles les veignent craventer ;
Lors femmes se pourront venter
Qu'elles mengeront par grant rage
Leur enfans n'y ara si sage :
Yci n'ara il point de joye.
HAQU1N.
Jhesu, se le grant Dieu me voye
Il semble que soiez lassez
Ou que tu as les pieds lassez
Ou tu te veulz desconforter :
Ta crois ne pues pas bien porter.
Tu te fains mauvais roy trahistes ;
Jà pour ce n'eschaperas quittez.
La crois dessus toy osteray,
À .t. autre la baillcray
Qui moult très bien la portera,
Car ton corps pendu y sera.
Dès cv vol len tiers te tuasse.
•s
MALQUIN.
Haquin, cel homme qui là passe
Semble Symon, par vérité :
C'est un homs plains d'iniquité.
Appeliez l'ay, si parlerons
A li et porter li ferons
La crois ; bien porter la sara.
DE NOTRE SEIGNEUR. a3g
Quand sus son col mise Para.
Huche le, fay le coy tenir.
haquin.
Symon, il te fault ci venir.
Vien avant, Symon, beaulx amis;
Malquin en office t'a mis,
Ne scay se de cuer le feras :
Ung pou ceste crois porteras .
Jusques en ce tertre là-devant.
symon.
Seigneurs, ne m 'allez ci grevant :
Il fait péché qui me ataine.
Encor me deult toute Peschine
Et ay le corps si tenpeaté
Du labour où j'ay huy esté.
Celle crois porter ne saroie :
De repos bon mestier aroye,
De vostre crois porter n'ay cure.
haquin.
Vilains bos de pute nature,
Vilain serf et vilain puant,
Naguères tu estoies truant.
La crois porteras maintenant :
Se plus danger en vas menant
Frapé seras de bonne guise
De mes ,11. poins et sans faintize
Tes .11. filz et tuit ti parent
Ne t'en porteront jà garant.
Tez filz servent ce losenger ;
Mieulx les en vausist est ranger.
24 O LA PASSION
Ne sçay se tu les admonnestes ?
Toy eteulz tous mauvais estes;
Vilain , ces tes crois te fault penre.
Pren la, ne la m'en fay reprendre
Que la teste ne te bâtisse.
SYMON.
Du porter moult bien me souffrisse
Se je m'en péuse excuser,
Mais je ne l'ose refuser.
HAQUIN.
Jhesu, voiz-tu ci ton tourment ?
Maintenant te vueil deslier
Et puis tantost crucefier.
Ces clous te feront par raison
Mener trop sanglante saison :
A ma guise te vueil mener.
malquin.
Je vueil de ton corps estrener
Ceste crois qui est toute neuve.
HAQUIN.
Je le tenray qu'il ne se meuve,
Foy que doy, le jour de demain.
malquin.
Je clorai sa senestre main
Par de ça, et de là la destre.
Pardevers lez piez me fault estre,
Jhesu, tu né puez deffendre
Que tes piez ne te face estandre.
Roy, or m'osé-je bien vanter
Que tu saras bien enchanter
DE NOTRE SEIGNEUR. ^I
Se de ci te pues eschaper>
HÀQUm.
Malquin, il fault destraper
De ces .n. larrons qui ci sont.
malquin.
II pert bien que ti amy sont,
Tu ne les veulz pas oblier.
Je vueil cestui-ci deslier
Et au senestre le pendray.
hâquin.
Et je cestui pendu rendray.
À destre, soustien-toy, sou s tien.
Cest est pendu, pense du tien ,
Pay tôst. Qu'est-ce? que penses-tu?
malquin.
Jf'ay aussy tost fait comme tu.
Seigneurs, vous ne perderez néant.
Tous les larrons je vous créant
De ceste terre sont pendu.
Véez-vous-en .1. ci estendu
Qui estoit le principal lierres.
HAQTTÏN.
Combien que soies enchantierres,
Sy t'avons-nous ci ataché,
Que se tu veulz avoir sancté
Ces .m. clous te fault arracher.
MALQUIN.
Roy, yci te convient sacher
Ou getter ton enchantement.
haqv'n.
Gaigné avons le vesteoient
u. 16
2^2 LA PASSION
Jhesu ; je Io que le départe
Avant que je de ci me parte.
Ceste robe que je te monstre
Penray j pren celle-là en contre.
Et de ceste-ci que ferons?
MALQUIN.
Mie ne la despesserons ,
Ainçois la Iesserons entière
Et en jouerons a la première
Griache h qui elle sera.
HAQUIN.
Et qui le jeu refusera
Malle grant honte li aveigne !
Tu as .vn. poins; Dieu bonne est rai ne!
Malquin, beau- frère, ne te ennui t, |
Il a moult bonne chance en .vin. !
.vin., dy .vm. — Ho! voy ma chance.
malquin, .
Ce soit à la malle meschajnce
De cely à qui elle fq. } ,
Roy, par ma loy oncques ne fu
Que tu ije fusses mal vais hpm. ,
Or as maintenant ta raison..
Tu as dit que despeperoqs - : • .
Le temple et puis le referons
En .m. jours; es-tu bien bourderres?
VIVAJST. .
a
Haa, Jhesu, corne. tu es grant lierres!
Se tu es filz Dieu que atens-tu ?
Dy-moy, pourquoy ne descendu
DE NOTRE SEIGNEUR. 2 43
De celle crois appertement.
Très-meschant roy, je te demant
Comment osas-tu oacques dire
Que tu fusses roy de l'empire?
Respon; ne deigjies-tu respondre ?
ANNES.
Nous ferons ta char en crois fondre.
Tu m'as tant de fois raconté
Qu'en toy avoit tant de bonté
Que tout le monde sauverois.
Par ma loy, bien voy non feroies
Quant tu sauver ne te puez mie ;
Mais se tu puez sauver ta vie .
Et de la crois descendre à terre
Nous t'irons de bon cuer requerre.
Or, nous fey ceste démontrance
Et tenrons tous ta créance,
Car moult bien sera advenant.
CAÏPHAS.
Pilate, escripsez maintenant
Qu'il se faisoit roy tout puissant.
Sa folie miex cognoissant,
Sera quand on verra Pescript.
PILATE.
Volentiers metray en escript .
Tout ce que bon me semblera :
Sans toy nul. ta crois n'enblera.
Jhesu, n'aiez paour que mal te face.
Seigneurs, se Diex me doint sa grâce,
J'ay bien fait ce que dît m'avez.
16.
^44 LA PA8SI °N
CAIPHAS.
Par ma loy, sirê, non avez :
Jhesu nostre loy de spi soi t.
Mettez y que roy se disait
Des juifs ; atez y ce mettre.
PILATE.
Je ne m'en qaier plus entreiriettre,
Foy que doy vous, beaulx doulx amis ;
Ce qu'ay en cel escript là mis
Y sera, oster ne Pen quier.
CAIPHAS.
Centurion, je te requier
Et te prie tu preignes en garde
Ces larrons que forment me tarde;
Que Jhesu soit tout par tué.
CENTURION .
â '
Se de Dieu soie salué
Sy feray-je moult volenliers.
Malaquin, bon compains entiers,
Fay tost; par ta loy, va me querre
Mossé, Baudiri et Pinceguerrej
Dy leur que j'ay d'eulz ci afaire.
MALAQUIN.
Foy que je doy le roy Gésaire» , . ,
Je y vois puis qu'en couvent te l'ay,
Seigneurs chevaliers* sans; délay : ,
Vcneiz tous »<mi. appertempiit
Pour ouïr le. commandement ..
De CeitfjmOn nostre maistre.
DE NOTRE SEIGNEUR. 2^5
PINCEGUERRE.
Par le grant Dieu qui me fist nëstre,
Tous .m. ferons sa voltenté.
BAUDIN.
Se le grant Dieu te doint sancté,
Malaquin, amis, va devant.
M OSSÉ .
Dieu qui fjst la pluie et le vent
Gart Centurion mon seigneur.
centurion.
Bien veignez, j'ay joye greigneur
Que n'oy oncques en ma vie.
On m'a commise la baillie
De ci garder et vous serez
Avecques moy et me ferez
Conpaignie à cy veillier.
Or, nous gardons de sommeillier ,
Car se on nous enbloit en dorment
Ces larrons, courrouciez forment
Seroie, ce vous fais savoir. .
Je ne voudroye pour nul avoir,
Car tropseroit honteuse chose.
MAL LARRON.
Cuides-tu que moquer ne t'ose,
Dy, Jhesu ? Pour ton beau chapel
Au mains as-tu rouge la pel !
Elle est bonne à penre huas (i).
Jhesu, or me dis que tu as,
Qui si fort te plains et soupires.
(1) Elle est bonne à prendre un mil on, un faucon (huas).
246 LA PASSION
Par le grant Dieu tu es te pires
Lierre qui soit par ci aval.
Descen de ceste crois aval,
Or y parra que tu feras.
Lors diray-tje que tu seras ■
Filz de Dieu ; se tu l'es sauve toy:
BON LARRON.
C'est grant merveille que de toy.
Encor est-ce de tes paroles?
Gestas, gardes que tu rigoles
Ne à qui tu as dit tes ouït rages.
Par Dieu, tu n*es mie bien sàgeè
Mais fol musart.
MAL LARRON.
Ce sçay-je bien.
Oncques toy ne moy ne féismes bien,
De ce ne m'as qu'un pou apris.
BON LARRON.
C'est voir, mais qui Jhesu a pris,
Fait penre ne mettre à tourment,
Bien sçay que péché a forment,
Car filz est ad père célestre;
Mais moy, toy devons cy bien estre,
Car nous l'avons trop bien gaigné.
Maint hom avons nous meschengné
Et destourbé pour son avoir.
Gestas, ce pues-tu bien savoir,
Je te lo que mercy li cries
Pour tes péchez et li dépries
Qu'il les te vueille pardonner.
DE NOTRE SEIGNEUR. ^7
MAL LARRON.
N'ay cure de ton sermonner:
Dy va, je te dy et par droit
Il ferait trop bien qui l'ardroit,
Car il est bougre et ypocripte.
RON LARRON.
Tu mens comme lierre trahîtes.
Dy raoy pourquoi tu le lédenges ?
Il est trestout sire des angles
Et sy veult ceste mort souffrir
Pour tous ceulx d'enfer garantir
Qui ly vouront mercy crier.
Doulz Diex, je vous vueil déprier
Que j'aie de vous celle grâce
Que m'àme vous voie en la face.
Pour mes méfiais dont ci je pens
Vous cry merci et m'en repens.
Sire, de cuer pleurant le dy.
DIEU.
Certes, certes et je te dy
Que cy ne feras lonc séjour.
Avec moy seras en ce jour
En paradis, en ma maison.
MÈRE DIEU.
Beaulx doulz filz, c'est bien sans raison
Que Juifz vous ont couronné.
Grant courrous au cuer m'ont donné
Quant souffrir vous font tel tourment.
s. JEHAN.
Ne vous conplaignez sy forment,
348 LA PASSION
Dame, tel dueil ne démenez,
Mais humblement tous contenez
Et lcssez vostre dueil ester.
MÈRE DIEU.
]Mon deuil doy-je bien aprester
Quant je voiz que mon fitz je pers.
De dueil mouray se je le pers.
Lasse! nul n'a de lûy mercy;
Jehan, j'ay trop le cuer nercy.
Moult forment me doy garmenter :
En crois voy mon filz tourmenter
Et sy est tout son corps plaie.
Mon cuer est triste et esmaté
Quant je voy mon doulz filz mourir >
Que tous déussent seignourir
Et il l'ont sus crois es tendu.
S. JEHAN.
Ceulx qui en la crois l'ont pendu
Sont de cuer félon et trahite.
Moult ay le cuer dolent et triste
Quant en ce point mon maistre voy.
MÈRE DIEU.
Lasse moy, dolente voy
Mon filz livré à tel justice.
La couronne qui li ont mise
Est de jons plus poignant qu'espine.
Toute léesse en moy décline :
Àins que mon filz mourir véisse
Mourir avecques luy vousisse.
Mort fay de moy trestout ton plein ;
DE NOTRE SEIGNEUR. 1iJ\g
_ . _ I _ | ^. !■ . ■■■■ l_ ■
N'en puis mes, se je me conplains
Quant je voy mon filz défenir -
Dont joye rtie souloit venir
Et le cuer m'en part de douleur :
Beau filz, je voy voslre couleur
Toute pallir et toute taindre.
Lasse! moy bien me doy tomplaindre.
Certes bien vouroie estre morte ;
Mort viengs à moy et si m 'en porte.
Je n'ay cure que après luy vive.
Or sui-je bien, mère chétive;
Certes > ma mort forment me tarde
Quant mon iilz et mon père èsgarde
En guise de larron destruire.
Nul ne faint point de luy nuire.
Lasse! comment sa couleur est mate.
Le forfait des pécheurs achate
Sy qu'il en est livré à mort.
dieu.
Famme seufl're toy ; pour ma mort
Ne te dois pas desconforter.
Je muir pour sancté aporter
Nez à ceulx qui sont très passer.
Se tu me vois ore lassez
En ce tourment qui sy me tranche,
Hors en seray dedens dimenche.
Lors seront maintes âmes liées
Qui sont pieçà du corps parties.
Les bonnes joye demenronl,
Àvecqucs moy tousjours verront :
25<> LA PASSION
Famme, famme, conforte toy.
Jehan, qui est sy près de toy
C'est ton filz. Voiz tu ceste famme,
Jehan? C'est ta mère; corn ta dame
La sers de fin çuer débonnaire.
Je t'ay esléu ad ce faire,
Garde la bien comme ta mère.
s. JEHAN.
Je vous rens grâces , beau doulz père>
Quant de vous suis sy cogneu
Qu'à ce faire suis esléu.
Je feray débonnairement,
Sire, tout son commandement 9
Et de bon cuer la garderay.
LA MÈRE DIEU sus : « Vcni Creator. »
Triste dolente que feray ?
Bien me devroit le cuer partir.
Hé! mort, car me fay départir;
Car j'ay vescu trop longuement.
Le cuer m'estraint si asprement,
Je l'a y d'engoisse si amer!
Beau filz, pour tous m'estuet paswer,
Et pour le mal que soustenez.
s. JEHAN.
Dame, tel dueil ne démenez;
Souffrez vous et lessez ester.
Vous n'y povez rien conquester :
Il veult sauver tous sez amis ;
Dame, pour ce son corps a mis
En tel paine et en tel durté
DE NOTRE SEIGNEUR. 25 1
Pour eulx getter de Pobscqrté ,
D'enfer, qui est tout plain d'orduro,
M^ÈRE DIEU.
>
Il seuffre angoiesse trop obscure,
Mon douta filz; son pueple aime mou H
Et si n'a nul en tout le mont
Qui pour luy tel fès soustenist.
Bien vouroye que mon père fenist
Sans plus au monde demourer. .
De cuer m'estuet plaindre et plourer ;"
Quant je voy mon filz justicier,
Je doy bien ma vie peu prisier.
Jamais joye ne puis avoir
• • • ••• • • .• • •
Mais yray dueil toudis menant.
He! mort, car me prens maintenant ;
N'en puis mais se je m'esbahis.
Beau filz, Juifz vous ont trahis,
Honteusement vous ont pendu
Et vostre corps ont estendu
En celle crois et par envie.
Lasse ! comment puis estré en vie?
Qui jamais me confortera?
Beau filz, vostre mort me fera
Grant dueil et grant rage mener.
En chantant die.
Beau filz je doy bien forcener,
Il n'est nulz qui me confortast :
Bien voudroie la mort m'emportast.
Au cuer grant angoésse me point;
252 LA PASSION
Envis vous cuidasse en ce point
Jamais ne pourroye voir
Quant je vous fesoie seoir
Par grant désir en mon giron
Moy et vous nous départirons
Vous vous mourez et je demuir
Se poise moy quant je ne muir.
Filz, pour quoy mon cuer lessés?
Or est bien du tout abessez
Le soûlas que vous me fesiez
Quant en la bouche me besiez,
Par doulceur plaine d'amitié.
dieu.
Beau père, preigne toy pitié
De tous ceulx qui ce mal me font,
Car ne scevent à qui le font.
Leur méfiait leur soit pardonnez.
J'ay soyf.
CAÎPHAS.
Beau seigneurs, je vous pry, donnez
A ce roy ce qu'il vous demande.
La maie poission l'estende!
Tant nous abuy fait de paine.
Je croy que la mort le demene,
A boire demandé nous a.
haquin.
Certes, enfantosmez nous Jia.
Boire ly donrray se voulez
Buvrage qui oneques coulez
Ne fu; jà bien ne li fera.
DE NOTRE SEIGNEUR. 253
Or escoutez quielx il sera :
Pour ce que Jhesu voy sy maigre
D'amer de beste et de vin aigre
Sera destranpé ce buvrage.
ANNE S v
Par ma loy, Haquin tu es s?ge ;
Donnez ly bien je my acorde.
HAQUIN.
Je penray celle escuelle orde;
Dedens vuçil mettre la poison.
Tien meschant roy, boy à foison
Et garde n'en y lesse goûte.
DIEU.
Or est acomplie trestoute
La prophétie ; dès or mourai-je
Pour sauver tout l'umain lignage.
Beau très doulz père je baille
Entre tes mains mon espérit.
LES ANCRES sus : « Vtni Creator. »
Vous estep t0q$ hors du. péril
D'enfer , celle orde vil puour;
Pour ce je vous a port lueur .
Et lumière de paradis,
Par Adam qui pécha jadis
Tous estoient en enfer mené,
Mais la mort Jhesu ramené
Vous a trestous a sauvemeni.
CENTURIONS, . .
Seigneurs, sachez certainement
254 tA passion
Cilz estoit filz Dieu et homs juste.
Vous trestous qui à sa mort fustes
Se bonnes personnes fussiez,
Savoir de voir bien déussiez.
Les pierres fendre vous veistes,
Et la terre crouler sentistes ;
Le soleil et le jour pardirent
Leur clarté, trestuit si le virent
Qui furent à ly justicier;
Filz Dieu est , on le droit prisier,
Cbascun le doit croire et savoir. ' *
MALQUIN.
Je ne voudroie pour tout l'avoir
De Jherusalem la cité
Que vous déissiez vérité.
Où avez vous ceci songé ?
Pilate, donnez nous congé
D'aler véoir en escalvaire
S'en ses larrons a mais que faire
Que on nous a fait justicier.
Les cuisses leur faudra brisier
Se ainssy est que nul z d'eulz plus vive;
La chose doit estre hastive,
Car du Sabath approche l'eure.
pilate. .
Alez y sans faire demeure
Et Longis avec vous menez.
Longis, ceste lance tenez;
En vostre main la porterez
Et ses conpaignons aiderez :
DE NOTRE SEIGNEUR. 255
* - ■■ ■ ■ I , ■ ■■■ I É I I ■ ■ I I
I
Je vous en pry par amitié.
longis.
Oncques n'oy du larron pitié :
Il me tarde jà que je y soye;
Mais il n'est goûte que je y voye.
Lequel de vous me y veult mener ?
HAQUIN.
Pener me vueil de vous mener ;
Or en venez tout maintenant, .
Au larrons vous voiz droit menant.
Or, escoutez que nous ferons
Quant devant les larrons serons :
Chascun au sien se couplera
Et les cuisses ly brisera.
Longis, savez que vous ferez :
Les cuisses Jhesu briserez,
Par quoy mourir plus tost il puisse
Se ainssy est que vif on truisse.
Malquin, ces .m. larrons là vivent.
MALQUIN.
La mort à leur povoir èschivent,
Je croy bien vouroient tous jours vivre.
Pren ce baston et te délivre ;
Brise les cuisses à cely.
HAQUIN.
Tu sces bien je ne doubt nully
De bien savoir faire l'office..
malquin.
Je vueil qu'on me teigne pour nico
Se cestuy tantost ne partue. >
256 LA PASSION
Ha! Jhesu, comme bas laide veue ;
Je croy que il n'est pas en vie.
longis.
D'autre chose je n'ay envie
Fors que de Jhesu tourmenter.
Haquin, je m'ose bien vanter
Je ly feray mes jeus putr.
HAQUIN.
Jhesu n'a povoir de fuir,
Car il me semble que mort est.
De vostre lance qui forte est
Ou cousté destre le peignez
Et gardez que ne vous feignez ;
Mais bien en parfont le plaiez.
Nous voulons que vous essaies
S'il a en !y de vie point.
longis.
Lié sui quant il est en ce point.
Car je le hay de tout mon cuer.
Haquin, ma lance en droit le cuer
Apointe trestout droitement.
haquin.
Volentiers, ferez roidement :
En droit le cuer je l'ay mise.
LONGIS.
Roy, au cuer te fier sans fa in ti se.
Combien que j'ay perdue la veue
Sentiras-tu ma lance ague.
Bien sçay que je t'ay la char rpute ;
Je sens sang ou yaue qui dégoûte
DE NOTRE SEIGNEUR. 257
Sus mes mains contre val ma lance.
Ne sçay sy m'en venra meschance,
Mais mes yeulz en vueil nettoier.
Doulx Dieu, chascun vous doit proier,
Diex estes, ce sçai-je de voir :
Je m'en doy bien apercevoir*
Vous m'avez fait honneur et grâce,
Enluminé avez ma face
Dont je sui moult lié et joians,
Car je estote non voians.
Fort vous féry, pas ne foilly,
Tant que vostre sang en jaiUy.
Le sang qui en est desseoduz
M'a mes .11. yeulz tous clers refiduz:
Je vous féry, se poise moy :
Doulz Diex, aiez mercy de moy
Et ne vous vueilliez courroucier
Quant je vous ay osé blecier.
Les Juifz qui sont do put aire
Le me commendèrent à faire
Et je l'ay fait par mon oultrage.
Beau sire Diex qui mon visage
M'avez esclarcy en pou de heure,
Ains que la mort me coure seure
Mon méfiait car me pardonnez.
Dieu de qui tout bien es donnez
De cuer humble .mercy reqijier.
Jamais mal faire je ne quier :
Les faulz Juifz sy m'amenèrent,
À vous férir me commandèrent :
H. 17
3 58 LA PASSION
Hors de foy sont et renoyé.
SAINTE ÉGLIZE.
Tous ceulz qui t'ont ci envoie
Je le promet ne sont pas sage,
Mais ont fait trop fol vasselage.
Cil est filz Dieu, ce pues savoir,
Son sang t'a (ait lumière avoir.
Ceulx qui en la crois l'ont pendu
Se sont bien au diable rendu.
Se de bon cuer ne s'en repentent
Il saront que ly diables sentent.
Ce tesmoing à tous sans mentir
Qu'il a voulu la mort sentir
Pour tous les bons d'enfer gecter
Et pour tout le monde aquicter
Ceulx qui bien baptisé «eront
Et mes commandemens feront
Et croiront en la Trinité.
VIELLE LOY.
Tu n'as pas dit la vérité^
Qui es-tu? ton nom me devise.
SAINTE ÉGLIZE.
Je sut nommée Sainte-Églize.
Et tu, qui es? car le me compte.
SYNAGOGUE.
Se le grant Dieu me gart de boute -
Ne fcray pas lonc prologue :
J'ay pieça nom Synagogue;
Mais par le grant Dieu, tu è» foie
Quant tu as dit telle parole.
DE NOTRE SEIGNEUR. 25g
La Trinité que peusse estre ?
Je te creveray ton oiel destre,
Ce sçay-je bien encor ennuit,
Se tu dis chose qui m'ennuit,
Ou je te turay de ma lance.
Je croy ce te fait dire enfance :
Tes toy que tu ne le compères. '
SAINTE ÉGLIZE.
La Trinité est Dieu ly père,
Dieu le Filz, ly Sains-Espéris.
C'est .1. Dieu qui de tous péris
Garde Sainte-Crestienté.
C'est cil qui donne la sancté ;
Ce sont .m. personnes ensanble
Et .1. seul Dieu : dy, qu'il t'en sanble?
Oserois-tu ceci desdire?
SYNAGOGUE.
Je ne saroye ce livre lire.
Dyva, tu ne me dis que fables
Mais j'ay la loy Dieu en mes tables
Que enseigne Abraham, Ysays,
Et Moyse par le pais
Moult grant pièce les sermonna. .
Ceste est la loy que Dieu donna
Quant il ot en ces tables mises
Ou mont Sinay à Moyse.
C'est la loy d'encienneté,
Et tu veulz or nouvelleté
Tout par toy maintenant ci faire. .
2Ô0 LA PASSION
SAINTE ÉGLIZE.
Je te feray assez tost taire.
Tu ne fais que sors et charaieg.
Respons-moy que le mal-jour aiez,
Ou Dieu puet tout ou rien ne pue t.
Se tout puet, doncques ne le puet
Nulx homs desdire par raison ?
As-tu bien perdue ta raison ?
Dieu a voulu nestre de famme
Pucelle, Vierge, sans diffamme ,
Et a voulu sa char humaine
Ait souffert la mort souveraine ,
Gomme bien pert qu'il est pendu
En la crois et tout respandu -
Fut son sang, et pour ce voir
Yci suy pour le recevoir ;
Mais au tiers jour sera revis
Ainssy com je le te devis;
Et te dy sentence est rendue
Que ta loy sy est confondue
Arrez de »x% commandemens.
SYNAGOGUE.
Par ma loy, gloute, tu te mens.
Se avoies bien leu nos gloses
Tu n'oseroies dire telz choses.
Bien puez savoir, se tu n'es yvre,
Mort homme n'a povoir. de revivre»
Jhesu est mort, ainssy est-il^
Et comment donc revenroit-il ?
Sy grant povoir n'a pas nature ;
DE NOTRE SEIGNEUR. 36 1
Mais nous avons une figure
En nos gloses qui moult m'eapoeitf*.
En celle figure se vente
Le prophétie que ma court toute
Par .1. seul hoxae sera route.
Celly n'est pas à son vouloir.
L'angel chante sas : « Hostis Herodes . »
Vieille Loy, bien te dois douloir,
Tu dois bien plourer et suter,
Car perdu as au desputer :
Saincte Église a le champ gaigné.
Or, sont Juifz bien meschaignié ,
Diex a leurs escrips deffaciez.
Crestiens, Dieu veult que faciez
Ce que Saincte Église dira.
SAINTE-ÉGLIZE.
Àpelle .1. clerc qui te lira
Geste leçon qu'on t'a leue,
Aussy as-tu malvaise veue ;
Fay bientost il te fault deflendre
Ou il te convient à moy rendre ;
Or fay lequel que tu vourras.
SYNAGOGUE.
Je me rens vaincue ; or pourras
Désormais régner par tous règne
Chevauche à bandon et régnes
Partout, plus ne m'ose vanter ;
Le chant que j'ay oy chanter
À toute aveuglée ma face.
2Ô2 LA PASSION
JOSEPH.
II m'est pris talent que je face
A Pilate une requeste
Qui ne sera pas deshonpeslc.
Ne sçay s'il la refusera,
Mais gaires ne ly coustera :
C'est de Jhesu cel home mort.
Juifz l'ont par envie mort,
En celle crois l'ont estendu
Et entre .11. larrons pendu.
Bien ly ont trestui couru seurc
Je n'en voy nul qui pour ly pleure.
Sy se faisoit-il bien amer ,
Mais pour ce qu'il se fist clamer
Roy des Juifz 2 quant il le sorent,
Sy grant dueil et courrous en orent
Qu'ilz en ont pris vengence obscure ;
Or n'a mais plus nul de ly cure.
A Pilate tantost savoir
Voiz se je le pourray avoir
Par requestes ne par prières ;
Et j'ay esté encor nagaires
Nouviau chevalier, pour ce croy-jo
Qu'il le m'octroiera sans ploige ;
Car c'est ma première demande.
Pilate, sil Dieu vous deffendc
De mal, qui fist le firmament.
PILATE.
Joseph, le grand Dieu vous ament.
Que vous plaist ne que venez querre?
DE NOTRE SEIGNEUR. 2Ô3
JOSEPH.
Pilatc, je vous vien requerre
Et vous vueil doulcement prier
Que vous nie vueilliez oçtroier
,i, don que vous demanderay.
PILATE.
Demandez et je le feray ;
Faire le doy sans contredire,
JOSEPH.
Pilate, bien savez, beau, sire,
Chevaliers suis nouvellement.
Le corps de Jhesu vous demant :
Mort est, Sire, donnez-le-moy.
PILATE..
Foy que je doy l'âme <Jfr raoy ,
Pas trop grant don ne demandez.
Joseph, .1. petit attendez
Et tantost sans dilacion
Je mandera y Centurion.
S'il est mort par luy le saray,
Puis tost donné le vous aray.
Vallet, va quérir en message
Centurion au fier courage ;
Va tost, dy ly qu'il veigne cy.
malquin.
Ce vault fait, levez-vous de cy,
Sire, en qui prouesse surmonte.
Se le grant Dieu vous gartde honte v
Venez au prévost maintenant.
264 LA PASSION
/
CENTURION.
Je y vois, car c'est bien avenant
Que toute sa volenté face.
Du grant Dieu qui a toute grâce,
Soit luy Pilate maintenu.
Mandé m'avez, je suis venu,
Dictes-mov vostre volenté.
PILATE.
Se Diex me doint bonne sa ne té
Je ne vous vueil pas décevoir.
Savoir vueil de Jbesu le voir
S'il est mort ou s'il est en vie.
Joseph a de ly grant envie :
S'il est mort je ly vueil donner.
centurion.
Bien ly povez abandonner,
Foy que je doy ma baronnie ;
L'âme ly est du corps partie ;
Ce sçay-je bien certainement.
pilate.
Joseph, vostre commandement
Du corps Jhesu faire pourrez
Toutes heures que vous vourrez ;
Mais pour ce que vous ne faillies ,
Je vous lo bien que vous ailliez
Auls evesques et sy leur dictes
Que ce corps est vostre tout quictes
Et que nul ne le vous deffende;
Car c'est la première demande
Que vous avez à moy requise.
DE NOTRE SEIGNEUR ; 2Ô5
Les Juifz en ont fait justice
Et vous voulez le corps avoir.
Par droit ilz doivent bien savoir
Qui l'ara de la crois osté.
JOSEPH.
Je vois tantost à leur hostel.
De par Pilate, seigneurs Ponce,
Je vous dy et sy vous anonce,
Que le corps de Jhesu mien est.
ANNES.
Non est voir.
JOSEPH.
Par ma loy sy est ;
Pilate le m'a octroie
Et m'a à vous .11. envoyé
Pour le vous dire (or le vous dy-je),
Qu'il le m'a donné quitte et lige.
De la crois le vois avaler,
ANNES.
Joseph, où voulez-vous a 1er?
Dictes-vous, vous emporterez
Le mort ; par ma loy non ferez,
Estes-vous fol ou enragiez ?
Pour le garder sui estagiez
De mon avoir, de corps et d'âme,
De mes enfans et de ma famé,
Et avec moy tout mon lignage.
CAYPHAS.
Joseph, vous n'estes pas trop sage
Quant vous nous dictes ces paroles,
266 Lk PASSION
Car elles sont nices et folles,
Et sy vueil bien que vous sachez,
Jbesu est sy bien a tachiez
En celle crois, que bien sarez
Hault fa vêler quant vous Parez;
Et sy vous fais bien à savoir
Quiconques le vourra avoir
Tels enseignes aportera
Que mieulx créu que vous sera.
Qu'il soit vostre, rien n'en savon,
Et de vous soupeçon avon
Que ne nous vueilliez décevoir.
Point n'en arez, sachiez de voir :
Aultre que vous y fault venir.
JOSEPH.
Seigneurs, quoi qu'en doie avenir,
II m'est donné et je l'aray
Et jà gré ne vous en saray.
A Pilate sans nulle esloigne
Je vueil compter ceste besoigne ;
Moult me tarde que le mort teigne.
Pilate, grant bien sy vous veigne
Courrons me fait le cuer estaindre :
De Caïphas et d'Armes plaindre
Me vieng à vous que trop contraire
Sont vers moy de ce que vueil faire.
Jhesu ne veullent que j'enporte
Et sa char est en la crois morte,
Car tous .11. contredit le m'ont.
De ce courroucié sui-je mont;
DE NOTRE SEIGNEUR. 267
Ne sçay se d'eulz estes amé,
De par vous me suis réclamé ;
Il client que riens n'en feront.
PILATE.
Joseph, tout courroucié seront
Quant ilz le vous ont contredit.
Vous l'arez puisque je l'ay dit :
Nicodemus tantost y va
Avecques vous et leur dira
Que vostres est entièrement.
Nycodemus, allez briefment
A Annes et Gaïphas dire
Que j'ay au cuer courrouset ire.
Quant il ont Joseph tant lassé
Et mon commandement passé
Plus ont mespris qu'il ne leur sanble.
Toy et Joseph yrez ensanble
Et leur dy qui l'y lessent penre ;
Sien est, nul ne l'en* doit repenre
Et je ne vûeil pas qu'il y faille
Ne que nul encontre Iuy aille
Ou forment les courrouceray,
NYCHODEMUS.
Le mesage moult bien fera y.
Joseph, beau-frère, or eh venez :
Droit à ces maistres me menez.
Lié suis quant avec vous m'a mis.
JOSEPH.
Nychodemus, beau doulz amis,
Le corps du mort tenir vourroye.
268 LA PASSION
Certes, dire je ne pourraie
Comme j'ay grant sain de l'avoir.
NYCHODEMUS.
Ce veulz-je bien croire et savoir,
Et sui lié de ce vous dictes,
Car pour Jhésu sui forment tristes,
De ce que à mort l'ont méhaigné,
Et sy n'y ont-il riens gaigné
A de cy l'oster je m'acort.
JOSEPH.
Nychodemus, bien d'un acort
Sommes moy toy ad ce faire.
Or pry-je Dieu le débonnaire
Que bien fassiens nostre besoignc
Et que nous ne truisson essoigne
Vers les félons hors de créance.
Nychodemus, j'ay espérance
Que Dieu veult que facien ceste euvre
Pour plus dignement le recoivre.
Or pense du sagement dire
Le commandement de ton Sire.
Voy-les-y, la va,sy leur conpte.
NYCHODEMUS.
Joseph, se Dieu me gart de honte
Je leur vois dire mon mesage.
Seigneurs, vous n'estes pas trop sage ;
Mespris avez vilainement .
* s
Encontre le commandement
Que Pilate a commandé,
Que Joseph ly a demandé
DE NOTRE SEIGNEUR. 269
Le mort, point ne le fist muser,
Il ly donna sans refuser :
Pas trop ne le fist requérir;
Mais quant Joseph le vint quérir
Penre le corps ne ly lessastes,
Mais moult forment le rechinastes >
Et chascun de vous l'en blamoit
Et moult forment se réclam oit.
À vous dis par prévost Pilate
N'y ara cil qui ne l'achate
De vous se plus ly escon dites.
Pilate dit qu'il est sien quittes
Et veult que tost ly soit donnez.
ÀNNES.
Dès or ly est abandonnez,
Je vueil qu'on le ly délivresse.
Or le voit querre et emportesse,
Je n'en yray plus à l'encontre.
CA.YPHAS.
Velà le mort, je vous le monstre
Joseph, or le povez despandre ;
Nul ne le vous veult plus deffendre ;
Dès or nous en lessez ester.
ÀNNES. '
Nous sommes foïz de cv ester
Quand somes délivre de ly.
Quant il sera ensevely
Tel pourra veoir sa sépulture
Qui Pemblera par aventure :
De l'aler bien est se mfe samWe.
270 L4 PASSION
CA1PHAS.
Anne, se ainssy est qu'on l'emble,
Honni soit-il qui les hostages
De quoy nous sommes tous en gages
A Pila te jà paiera !
JOSEPH.
Nychodemus, moult bien sera
Que je voise chevance faire,
Commant j'aray . 1. bon suaire
Pour ce corps là ensevelir.
NYCODEMUS.
Joseph, moult me doit enbellir
La parole que vous oy dire.
Je yray avecques vous, beau sire,
Moult volontiers pour vous aidier.
JOSEPH.
Nicodemus, sans plus plaidier
Alon moi toy voir sy pourron
Prendre du quel nous vourron.
Ce mercier nous en puet bien vendre.
Sire, car nous vueilliez entendre.
Avez nulz beaulz draps neufs de soye?
MERCIER.
Je croy moult très bien que je soye
Garny de ce que demandez.
JOSEPH.
Beau doulz sire, car nous vendez
Des très plus beaulzt que vous aiez,
Et vous en serez bien paiez .
En tel argent èom vjous vourrez.
de notre seigneur. 271
LE MERCIER.
Dès or acheter en pourrez :
Ma marchandise vous desqueuvre.
Jà pourrez acheter bonne ouvre :
J'en ay de magniéres diverses.
J'ay soye rouge, Indes et Perses, .
J'ay soie noire, soies fines;
Plus blanche que n'est fleur d'espines ;
J'ay beaulz poil les seur argentez
A feilles d'or par my plantez;
Draps vers de soye à or bendez
Et sy ay de plusieurs sendels,
Soye vermeille et puis morée,
Et ay soye qui est dorée;
J'ay bougueren et estamines,
J'ay bourœs faites de euvres fines,
J'ay saintures et gibecières,
Courroyes de maintes manières,
Pourpres samis trcssiers et guindés,
Voilles noirs et rouges et Indes,
Coèffes à or bonnes et riches,
Queuvrechiez, crêpez et afiches,
Espingles d'argent sororées,
Grosses couroyes d'argent dorées,
Clhapiaus apellez et couronnés
Et pierres précieuses et bonnes,
Noires et vers et ronges sarges,
Couvertoers de sendal bien larges ;
J'ai paille de divers ouvrages,
Pourtrait sont à bestes sauvages
272 LA PASSION
Qui samblent lion et liépart,
Et en ay encor d'aultre part ,
De riches, fais nouvellement,
Qui sont pourtrait mesmemcnt,
De blanches et de rouges roses
Qui sont parmi le drapt encloses ;
Poilles roïez, couroyes à perles,
Draps à papegauls et à merles.
A briefs paroles deviser
Ne vous pourroyé deviser
Tout quanque j'ay de marchandise,
Et ay .1. drapt que forment prise,
.1. sydoine, mais il est vers.
Soies tout certains qu'il n'est vers
Qui jà le puisse transpercter,
Et sy ne sçay.je pas mercier
Qui miex de moy en soit asiez.
JOSEPH.
Beau très doulz sire, or vous taisiez :
Ce sydoine j'acheteray.
Dictes moy que j'en paieray :
Ce corps y envellopperay
Et de celle crois l'osteray
Que j'ay tant Pilate proyé
Que il m'a le corps octroie.
Or l'en vueil porter douloemem
En .1. serqueu que proprement -
J'ay fait faire pour le couchier ;
Et vous dictes que ver touchier
Ne puet à ce sydoine digne ?
DE NOTRE SEIGNEUR. ^3
Pour ce y mettray ce corps bénigne :
Benoist est et Benoist doit estre
Car filz est au Père célestre.
A tort ly ont ce fait Juise :
De bon cuer ly faiz ce servise,
Car il n'est nul qui bien le serve
Qu'à .c. doubles ne le deserve.
Sire, or prenez de mon avoir,
Car le sydoine vueil avoir
Pour le prophecte ensevelir.
MERCIER.
Joseph, moult me doit embellir
La parole que m'avez dicte.
Le sydoine vous arez quitte :
Vostre est et vous l'emporterez,
Ne jà deniers n'en paierez.
Marchant sui qui en marchandise
Ay tousjours m'estudie mise.
Le sydoine ly vueil donner,
Bien le me puet guerredonner,
J'en ay bonne dévocion.
JOSEPH.
Ce n'est mie m'entencion ,
Sire, que pour nyent je l'aye.
De la cherté point ne m'esmaye ;
Vecy assez monnoye bonne.
mercier .
Le sydoine quicte vous donne ;
Allez, à Dieu je vous commande,
u. 18
2<y4 LA PASSION
JOSEPH.
Je pry à Dieu qu'il le vous rende
Et qui vous vueille conforter.
Ce sydoine te fault porter,
Nichodemus ; je le te baille.
NICHODEMUS.
Joseph, je vous dy bien sans faille
Ce sydoine moult m'abellist :
Du corps tenir ay grant délit;
La besoigne point ne m'anuie.
JOSEPH.
Or en alon, Diex nous conduie.
Aûjpurd'uy beau don gaigné ay
Que Pilate sy m'a donné :
C'est Jhesu que je vois despendre
De celle crois sans plus attendre,
Car je le voy moult tourmenté.
NICHODEMUS.
Joseph, se Diex me doint sancté
Je ly vois le bras desclouer.
JOSEPH.
Tu dis bien, je t'en doy louer :
Au pié de la crois demourray ,
Car recevoir je le vourray
Quant je le verray jus venir.
NICHODEMUS.
Or entendez au soustenir,
Car je voy bien que il se abesse.
josbph.
Seurement aler le lesse
DE NOTRE SEIGNEUR. 275
Et vieng avant sy m'aideras,
Et le sydoyne getteras
Sus ly et puis l'enporteras,
Et ou serqueu le coucehras
En ce sydoine dignement.
NICHODEMUS.
Sire , à vostre commandement
Je suy près et appareilliez.
De le servir suis esvei liiez
Et seray tant com je vivray.
JOSEPH .
Doulz père, vostre corps livré
Avez pour nous à grant tourment.
Contre vous ont mespris forment
Ly félon Juifz de put aire.
Quant ilz vous ont osé ce faire
Hz sont faulz et mal vais trahi ste.
Doulz Dieu, j'ay pour vous le cuer triste;
Par grant tort vous ont mesheigné
Et sy ne Pavez pas gaigné.
Vous estes filz de Dieu le père
Et naquistes de Vierge mère.
Vous estiez Dieu plain de pitié
Et par vostre grant amitié
Qu'avez eu à vos amis
Que Adam en enfer tous a mis ,
Avez voulu mort recevoir,
Chascun puet bien apercevoir.
Quant Longis, qui ne voit goûte,
Vous ot la char du costé route,
18.
276 LA PASSION
Port vous poigny, pas ne failly,
Tant que vostre sang en sailly
Sus ses mains; lors les a p roc ha
De sez yeulz et les antoucba
Du sang, par quoy r'ot sa véue
Qu'il avoit longuement pardue.
Longis, qui devant non voîans
Es toit, en fut lié et joians.
A celle heure que vous mouristes
De l'angoisse cjue vous souffristes,
Ciel et terre toute trambla.
Ce fut pour vous lors bien sambla
Que definement déust estre.
Doulz Dieu, filz au Père celestre,
En vous est toute m'espérance,
En vous est trestoute puissance.
Mors ont les chiens envieux :
De cest oignement précieux
Oindray vos plaies sans faintise;
Beau doulz père de bon servise,
Tousjours mais vous vueil servir.
Or vueilliez que je déservir
Vostre très-doulce amitié puisse ,
Par quoy avec vous je me truisse
Quant départiray de ce monde.
NICHODEMUS.
Doulz Dieu de qui tout bien abonde ,
Vous dictes, ce sçay-je de voir,
Que mort vous failloit recevoir ;
Au tiers jour resusciteriés,
DE NOTRE SEIGNEUR. 2«7H
D'enfer les vostres getcriés.
Cy a moult grant humilité;
Dieu père plain de vérité ,
Car me vueilliez donner la grâce
Que je puisse véoir vostre face
Quant la mort me fera fenir.
CÀÏPHAS.
Malaquin, va sy fay venir;
Annes, dy-ly je le demande.
MALQUIN.
Volentiers. Caïphas vous mande
Qu'à ly tantost parler venez.
ANNES.
Malaquin, bon vallet senez,
Je vois puisqui l'a cpmmaadé.
Caïphas, vous m'avez mandé.
Je suis venu sans arrester.
CAÏPHAS.
Sire, tout ce lcssez ester ;
Parlon vous et moy d'autre chose
Que pour vérité dire je ose.
Fol est qui dit que soions sage :
Occis avons par grant oultrage
Le prophète ; s'il resuscite
De sa mort ne seron pas quitte
Pour ce que l'avons justisé.
ANNES.
Qui dyabîe vous a avisé
De ce dire? estes-vous yvres?
Caïphas, gardez en vos livres.
278 LA PASSION
Où la vostre créance est mise.
Vostre loy point ne vous devise
Que nulz homs en vie reveigne,
De quelque heure que mort le preingnc;
Grant yvresse vous oy compter.
gaïphas.
C'est voir, mais Dieu puet seurmonter
Toute chose et par droicture,
Dieu puet plus que ne fait nature.
S'il est filz-Dieu par vérité
Vous le verrez resuscité
Àinçois qu'il soit .111. jours en liera,
ANNES.
Je ne vous oy pas volentiers
Ces malvaises paroles dire.
Vous estes maistre de l'empire
Et avez sy foie créance.
Bien sçay Dieu a toute puissance
Et qu'il est sanscommancement
Ne jà n'ara de finement.
Quant Dieu voudra il nous touldra
La vie, mais jà ne mourra :
C'est un homs que avons tué.
CAÎPHAS.
Sire Anne, bien entendu é
Ce que respondu vous m'avez^
Mais de vérité bien savez
Que .1. Dieu puet tout sans nulle some
Et se met bien en guise de home.
Tantost que cest home tenismes
DE NOTRE SEIGNEUR. 279
Jusques à la mort le batismes :
Sanglant fut devant et derrière.
Se Dieu est, aie est arrière
En paradis en sa maison;
Que ce ne fust pas sans raison
Que ainçois que la mort l'estendist
Convint que la pierre fendist
De son sang et en fut quassée,
Et quant s'àme fut trespassée ,
Je vis le temps noir et enquble
Et plain d'obscurité moult horrible.
Dont je fu moult espoventez.
ANNES.
Par foy, vous estes enchantez
Quant de ly point vous vous doublez :
Lessez ester , sy me conptez.
Jhesu sy est de bons amis;
Joseph, ou sépulcre Ta mis,
Nulz n'y avons qui le gardege.
S'il avient chose qu'on i'emblege,
Geste derrenière erreur seroit
Qui très-bien y regarderait
Plus malvaise que la première.
Or vous diray-je la manière
Comment nous nous encheviron.
A Pilate nous en yron
Vous et moy ceste chose dire.
caïphas.
Alon, ne vous en quier desdire ;
Je m'acort bien à celle chose.
280 LA PASSION
ÀNNES.
Cil Dieu en qui mercy repose
Gart Pilate qu'il ne ly veigne
Chose de quoy son cuer se pleigne
Com celly que devons amer !
PILATE.
Diex qui fist la terre et la mer
Vous vueille de tous maulz deffendreî
ANNES.
Pilate, vueilliez nous entendre :
Jbesu est ou sépulcre mis.
Nous ayons plusieurs anemis
Qui tous de sa mesgnie sont,
Qui pour sa mort courroucié sont.
Il se pourroient bien asambler
Pour le prophète a 1er embler.
Pour .c. marcs d'or n'el vourions :
Conseillez-nous se pourrions
Avoir nully pour le garder.
pilote.
Seigneurs, vous n'avez que tarder ..
Je lo que quérir envoiez
Les chevaliers, et leur proiez
Que à venir cy point ne tardent,
Et que le sépulcre bien gardent ;
Bon est à faire à mon avis.
CA1PHAS.
Se on l'emble ou s'il est jà vis
Forment courroucié en seray.
far Malaquin tost manderay
DE NOTRE SEIGNEUR
28l
Centurion ; rien ne le leigne
Qu'à mon hostel tantost ne veigne.
Sy li requerray sans tarder >
Chevaliers pour le corps garder.
Vallet, met-toy tost à la voie;
Dy centurion je iy proye
Cy veigne, j'ay mestier de luy.
MALQUIN.
Sire, je ne doubte nully
Que ce'mesage bien ne face :
Bien m'en a Dieu donné la grâce.
Je y vois donc et de vous me part.
Centurion, cuer de liépart,
Le grant Dieu vous gart de périr.
Par moy vous envoie quérir
Caïphas ; venez-y beau sire.
CENTURION.
Ce ne vueil-je pas contredire :
Je y vois tantost puisqu'il a dit.
Caïphas, Malquin m'a dit
Que mandé par ly vous m'avez.
Or me dictes se vous avez
Mestier de rien que puisse avoir.
De ma gent et de mon avoir
Povez vostre volonté faire ,
Car par moy n'y ara contraire,
Ne jà desdit vous n'en serez.
caïphas.
Trois bons chevaliers manderez
Qu'à moy veignent sansdélaier.
282 LA PASSION
CENTURION.
De ce ne vous fautt esmaier :
Je feray moult bien ce message.
Or sus, chevaliers de barnage ,
Vos bonnes armeures prenez
Et tout maintenant en venez
Après moy, car je le commande.
PINCEGUERRE.
Se Diex de péril nous deffende
Après vous volen tiers yron.
baudin.
A vous tous .111. obéiron
A quanque vourrez deviser.
MOSSÉ.
Maistre, chascun vous doit prisier :
Vous avez dessoubz vous .c. homes
D'armes apris comme nous somes.
Moult estes plain de grant noblesse :
Hardement, fierté et proesse •
Dçvez avoir plus que .1. lyon.
• ANNES.
A bien veigne centurion
Et sa conpaignie qui est bonne.
Chascun semble fière personne.
Foy que doy ma barbe chanue ,
Je suis lié de ceste venue :
Moult semblent avoir vassellage.
CENTURION.
Ce sont chevaliers preus et sage :
Ils sont hardy et courageus
DE NOTRE SEIGNEUR.
283
Et qui leur désert oultrageus.
Fort home sont et bien esleu,
Bien esprouvé, bien cogneu ;
Je les ay moult bien essaiez :
Oncques ne les vy esmaiez
Pour host ou chevauchie ou guerre,
Pour nul qui les envoiast querre.
J'en ay tels .c. en ma baillie :
Chascun porte espée fourbie
Et bon escu et bonne lance,
Qui tous me servent dès m'enfance,
Ne nul de eulz ne m'ose desdire.
Se ceulx-ci ne vous plaisent, Sire,
Pes autres vous yray quérir.
ANNES.
Centurion, Dieu de périr
Les vous vueille tous .m. deffendre!
Il me semble qu'il? devroient rendre
Trois coups d'espée sans fa in ti se.
CENTURION.
Je les met en vostre servise
Et leur enjoing et leur commande
Que chascun à bien faire entende
Ce que commander leur vourrez.
ANNES.
Et je les prens ; dès or pourrez
Seigneurs faire ma volenté.
Or vous teigne Diex en sancté :
Je vous diray que vous ferez.
Ce monument-là garderez j
284 LÀ PASSION
Joseph y a Jhesu couchié :
Encor n'y a nully touchié.
Je me doubt trop qu'auqun ne l'emble ;
Sy vueil qu'entre vous .111. ensanble
Allez au sépulcre veillicr
Et vous gardez de sommeillier
Par quoy vous ne soiez deceu.
Soiez tous .in. bien esméu
Pe bien veillieret escouter.
PWCEGUERHE.
De ce ne vous estuet doubler :
Le monument sy bien sera
Gardé que jiul ne Semblera ;
Se on l'emble nous le vous rendrons.
BAUDIN.
Au garder très-bien entendrons ;
Se nul s'en vouloit approcher
Pe m'espée le vouldroie brocher
Tel coup que jamais ne gariroit.
MOSSÉ.
Moult chèrement le conparroit
S'aucuti estoit qui y venist.
Il convenroit qu'il defenist
De ceste espée qui est bonne.
CAÏPHAS.
Moult est chascun bonne personne
De vous .111. hardie et fière ;
Moult y pert bien à vostre chère.
Alez-vous-en ; Diex vous conduie!
DE NOTRE SEIGNEUR. 285
PINCEGUERRE.
Ne doubtea jà nul de nous fuie
Pour chose que avenir nous puisse,
Et se ainssy est que je y truisse
Nully qui jà y soit venu,
De moy sera-il bien tenu
Que pour riens miex ne convenra.
BAUDIN.
Qui ver le monument venra
Il ly vauroit trop miex assez
Qu'il eut les .11. piez quassez,
Car la teste ly couperay.
MOSSÉ.
De m'espée tant fraperay,
Se je y voy nully qui y veigne ,
Que la teste n'ara pas saine :
Jamais ne sera qui n'i père.
PINCEGÙERftE.
Foy que je doy l'âme mon père.
Je croy que somes espié.
.1. pou de soupeçon j'ay
Que sa mesgnie ne nous entende.
BAUDIN.
S'il y vient nully qui y tende
Le doit par aucune aventure.
Il sara se m'espée est dure :
Fendre ly en feray la teste.
MOSSÉ.
Se je voy nul qui se y arreste
De mon coup ly feray présent.
386 LA PASSION
Je ly donrray gros et pesant
De ceste espée, qui bien trenche .
PÏNCEGUERRE.
Et je de la moye qui est blanche
Ly vourray la teste couper.
Sy ly tourray le goloper :
Ycy tout mort le lesseroye.
BAUDIN.
Je te diray que je feroie :
Qui y venroit par son oultrage,
La teste me lesseroit en gage ,
Ce te dy-je pour vérité.
MOSSÉ.
Tout ly or de ceste cité
Pas celly ne garentiroit
Qui ver ce monument yroit
Qu'aler s'en péust sans escbaces.
PÏNCEGUERRE.
Seigneurs, car lessez vos menaces,
Que se je y voy nully venir,
De rire le feray tenir,
Je ly leray veufve sa famme.
BAUDIN.
Conpains, je te jur par ceste âme,
Se nul vient ci pour nul mal dire,
Mourir le feray à martire :
Je te dy voir, quier qui te mente.
MOSSE*
Chascun de vous forment se vante ,
Mais m'espée a telle proesse
DE NOTRE SEIGNEUR. 287
Se nul au monument s'adresse
Jusques au dens le pourfendray.
PINCEGUERRE.
Las, moy dolent ! qui atendra
Ces gens qui sa venir je voy?
Seigneurs, meilleur confort n'y voy
Fuions~nous-en tout maintenant.
baudin.
Las, chétif ! que voy-je venant?
Que cy a d'ommes amassez !
Hz sont trop plus que nous assez ;
Fuir vueil pour moy garantir.
MOSSÉ.
Seigneurs, tost vous voy repentir
De faire ce que disiez.
Vos vantances devisiez
Et maintenant voulez tuit fuire !
Or puissant mal se conduire
Se .1. petit de vent vous a vanté,
Sy estes tuit espoventé
Et pour droit nient regardez.
Comment oseriez garder
Ung grant règne ou une conté ?
PINCEGUERRE.
Par le grant Dieu plain de bonté,
J'ay moult très-grant paour eue.
Or est ma force revenue,
Je suis tout fort et tout hardy.
BAUDIN.
Se j'ay esté acouardy ,
288 LA PASSION
Bien sçay que j'ay ma force toute.
Se nul au monument sans doubte
Venoit tantost seroit tuez.
MOSSÉ.
Beaus seigneurs, ne vous remuez.
Ne vous devez espovanter.
C'est vent qu'avez oy venter.
Tcnez-vous-cy, ne vous doubtez,
Mais au monument escoutez
Qu'il n'y veigne nully toucher.
Et les angles sus : Pange lingua.
Seigneurs, je vieng de par celly
Qui a esté en crois penez.
Crestiens, joye démenez :
Resuscité est tout de voir.
Il a voulu mort recevoir
Pour trestoute crestienté.
En bonne église estes rente
Se vous la voulez deservir.
Seigneurs, pensez de Dieu servir ;
Pour vous est perciez ses costez.
Du dyable vous a tous ostez :
Recouvré bon seigneur avez.
PINCEGUERRE.
Or me dictes se vous savez
Dont ceste vois puet estre yssue?
Je ne l'ày pas bien entendue
Ne je ne sçay qui dicte l'a ;
Mais je voy .1. blanc home là
Qui sus son col une crois porte :
DE NOTRE SEIGNEUR. 289
S'en enfer ne soit m'àme morte,
De paou, le corps me croule tous.
BACDIN.
•
Je sui le plus paoreus de tous,
Je n'ay membre qui ne se deuil le;
Mon cuer tranbleplus que une fueille,
De paour le poil me hérice ;
Je me tien pour fol et pour nice
Quant sui venu en ce service :
Dès or mais ma vie peu prise ;
De dueil mourray en cest place.
MOSSÉ.
Tel paour ay ne sçay que face :
De paour m'est le poil dressiez.
Certes, moult sera courrouciez
Cayphas quant il le sara.
Mdult grant dueil au cuer en ara,
Car pour ce chant qu'avons oy
Somes trestuit sy esbaby
Je sui devenuz tous lourdes.
PINCEGDERRE.
Bien sont abatues vos bourdes.
Moult très-bien vanter nous savons ;
Beau seigneurs, mal gardé avons
Jhesu qui la k>y despisoit.
Bien sçay qu'ersoir séens gèsoit;
Emblé est, s'en seron blasmé.
Or ay le cuer de deuil pasmé :
Je sui de mourir en balance.
h. 19
2gO LA PASSION
BACOIN.
Par ma loy , sy a grant meschance :
Véoir vueil se c'est vérité.
Las! comment s'en est-il allez?
*
Or devons bien estre esbahy.
Oncques mais ma vie ne hay; (
Tel dueil ay que mourir m'estuet.
MOSSÉ.
Nagaires encor y estoit.
Las! comment l'ont peu cmbler?
La paour qu'ay me fait tranbler.
Certes, bien vourroie défenir :
Je ne me puis mais soustenir ;
Dormir me convient cy à terre.
sathan.
Or sommes-nous trestuit en guerre.
Céens nous convient enfermer,
Nos portes et nos buis fermer ,
En nostre enfer appareillier,
Car Jbesu nous veult traveillier.
C'est force, se sçay-je de voir;
Il le nous convient recevoir.
Jhesu est bous qui a doublée la mort \ '
Il diat.s'ârae troublée jusque* à mort
Estoit, et adversaires
M'a esté en tous mes affaires.
Il a esté cruceiiez par moy*
Par moy est glorefies.
Il vuidera tout cest estage
Sy com je pens en mon courage.
DE NOTRE SEIGNEUR.
291
S'il est filz Dieu pas n'en fauldra ,
Mais assez tost nous assaudra.
Jhesu m'a tousjours decéu,
Car aucuns mors que j'ay eu
Mis en la charte de céens,
Tu le sces, que tes yeulz véens,
Par sa parole les délivre.
BÉELZÉBUS.
Qui est ce Jhesu qui fait vivre
Par sa parole seulement
Les mors ? Dy, je le te demant.
Et non pour quant par aventure
C'est cil qui de la charte obscure
De séens le ladre getta
Qui jà puoit, et qui dit a
Qu'il briseroit nostre maison ?
sathan.
Je te respon et par raison ;
C'est cil Jhesu qui nous a folio
Tant seulement par sa parole
Qui nulle fois ne se parjure.
BÉEL2EBUS.
Par tes vertus je te conjure
Que tu ne m'amènes mie
Tuit cil qui sont de sa mesgnie,
Qui ne scevetit amer milly.'
Quant ilz oient parler de ly ,
N'i a sy hardy qui ne trenble.
J'ayme trop miex celluy «qui emble ,
Ou .1. murtrier ou .1. hérite,
19
2Q2 LA PASSION
.1. parjure ou .1. faulz hermite :
À telz gens sont de mon convent ;
Mais je te promet et convent
Que (se) tu Jhesu y amenés/
Il nous ostera nos demaines,
Nos richesces, nos seignories
Et toutes nos grans galeries.
Et sces-tu qui t'en avendra ?
Trestous tes chartriers en menra
Avec le père cspéritable
Droit en la vie pardurable.
Lors tuit de mal heure serommes ,
Qu'il sera sires de tous hommes
Et de toutes les âmes mortes.
DIEU.
Princes d'enfer, ouvrez vos portes :
Le roy de gloire le commande.
Gardez que nul ne le deffende,
Car je vueil aler visiter
Mes amis et les vueil getter
Tous hors de la maie prison .
SATHAN.
Par la foy que doy Trayson
Que j'aime, or suis moult esbahis :
A cestuy coup seray trahis.
Béelzebut, sy te fault venir
A ces portes fort soustenir.
Fay que cil huis soient verroulé
Ou housse, batu et roullé
Serons et tuit achetivé.
"« »
DE NOTRE SEIGNEUR. 2g3
DAVID,
A bon port sommes arrivé ;
Foy que doy moy, par temps verray-je
Mon droit sauveur en son visaige.
Véez-Ie-vous cy qui nous vient querre :
Dès ce que je vivoie en terre
Ne dy-je pas : « Aiez fiance
« En Dieu et en sa grant puissance ,
« Car il est vray Dieu et sera
« Et ses amis confortera? ix
Je le prophetizé jadis
Qu'il nous m en rr oit en paradis
Et d'enfer tout sire seroit
Et les portes en b ri seroit.
Certainement je l'ay oy.
YSAYAS.
Nous devons bien estre esjoy,
Car je vous dy pour vérité,
Yecy toute la Trinité
Qui nous vient maintenant quérir.
Je l'ay oy à l'uis férir ;
Mais trop me tarde que le voye.
S. JEHAN BAPTISTE.
Seigneurs, ou temps que je vivoio
Ou fleu Jourdain le baptisé.
Le filz Dieu bien l'av avisé
Que c'est cil qui nous vient secourra.
Ly diable ne saront tant courre
Ne fuir qui ne les aquière.
C'est cil de certain qui lumière
294 LA PASSION
En soy-meismes nous a porte.
Il a hurté à la porte
Le très-doulz àignel préciex;,
DIEU.
Ouvrez, je suis roy gloriex :
A moy tuit obéir devez.
Se vos grans portes ne levez
Maintenant elles seront rouptes,
Non pas une seule, mais toutes;
Malgré vous tous je y enterray.
BÉELZEBUS.
Seigneurs chartrier, et que feray ?
Qui est-ce roy de gloire ? dictes.
ABAÇ13G.
Ce roy est de tous péchez quictes ;
C'est le sire puissant et fors,
Qui rien ne prise tes effors.
Je te dy pour voir et sans faille >
Puissant est en toute bataille ,
Et pour ce a-il nom roy de gloire*.
sàthàn.
kas dolent ! je pers ma mémoire !
Nous somes vaincu, nul n'en double.
Je voy jà nostre porte roupte ;
Jhesu vient séens à sa guise ,
Par sa force et par sa mestrise.
Ou sépulcre mort a esté,
Mais y n'i a guairesesté.
Jhesu, que viens-tu séens querre?
Tous les éléments et la terre
DE NOTRE SEIGNEUR. 2g5
Ont esté tuit espoventé
À ta mort ; or es en sanctê.
Jhesu, tu es moult amiable,
.1. fort puissant et amirablcs.
Lesse-nous entiers nos liens
Et je te promet et fians
Plus ne feray riens contre toy.
dieu.
Chétif Sathanas, sueffrè-toy.
Tu es des diables ly ainnez;
Pour ce seras-tu enchainnez
Et en celle chartre là mis ,
Car j'en vueil oster mes amis.
Jamais nully no tenteras,
Mais en enfei: tous jours seras
Sans jamais nul jour remuer.
BÉELZEBUS.
Tu cuidoies Jhesu tuer,
Mais y t'a mis en prison claude.
Tu fëis pécher par ta fraude
Eve et Adam le premier homme ;
Tu leur féis mordre en la pomme
Qui crut en l'arbre deffendu.
Cil sans péché t'avoit rendu
Les richesces que tu avoies :
Or me dy que tu te vpuloies
Quant tu fcsis Jhesu mourir.
SATHAN.
Je me cuidoie aseignourir
Par dessus trestous ceulz du monde.
296 LA PASSION
BÉ EL ZEBUS,
Tu sces que ly juste sont monde
De tous peichez et de tous viees.
Comment as-tu esté sy nices
Que tu as fait Jhesucrist pendre?
Te sces qu'à ly nous convient rendre
Par force tous ses prisonniers.
DIEU.
Sathan, tu seras préconniers
De tous les tourmens de séens.
BÉELZEBUS.
Hé, Sathanas, très-méchant!
On ne te povoit chastier.
Pour quoy as fait crucefier
Sans cause ce preudomme cy?
DIEU.
En lieu d'Adam ce diable cy ,
Béelzebus, je met en ta garde ,
En. ly raonstrant Sathan.
Car je vueïl que tousjours mais ardç.
Venez à moy beneuré ,
Venez à moy ; j'ay enduray
La mort pour vostre délivrance.
Mes sains qui avez ma sanblanec,
Yssez hors trestuit de cestestre.
Adam, baille-moy ta main destre:
Venez hors de Pobscurté
D'enfer ou a tant de durtc :
v Sy serez en ma conpaignie.
\
DE NOTRE SEIGNEUR. 297
, ADAM.
Sire, j'avoie grant envie
De véoir vostre doulce face ,
Et vous m'avez fait sy grant grâce
Que vous avez tout essarté.
Enfer pour moy donner clarté
Et ceulz que j'avoie tréchié
Par mon très-horrible péchié,
Par vostre mort vous les avez
De trestous péchiez sy lavez
Qu'il sont sy cler que je m'i mire
En les regardant, beau doulz sire.
Vous me faites grant amitié
Quant vous avez de moy pitié ,
Et quant par la main me tenez.
EVE.
Très-doulz Dieu qui nous cnmenez ,
Je péchié trop vilainement
Contre vostre commandement
Ou fait de désobéissance.
Souffert en avez pénitance
Jusque a la mort, ce sçay-je bien ;
Vous m'avez pour mal donné bien :
Jhesucrist, je vous en mercie.
dieu.
Regardez tous se il a cy
Beau lieu; je le vous abandonne.
Mon père à chascun de vous donne
.1. lieu tout pour l'amour de moy.
298 fcA PASSION
MAGDEL AINE SUS 1 Jhesu redemplar omnium^.
Lasse dolente, lasse raoy !
Tousjours mais dueil mener me fault
Quant je voy que cil me deffauft >
Que je doy dessus touz amer.
MARIA JACOBI.
Bien me doy chetive clamer:
Jamais au cuer joie n'a ré
Quant Juifz jusque à mort navré
Ont celly dont bien nous venoit.
MARIA SALOMÉE.
Cil qui toutes nous soustenoit
Et qui avoit toute bonté,
Est mort, dont j'ay le cuer monté*
Dolent et mat et courroycié.
MARIA MAGDALAINE.
En tout plain de lieus l'ont blecié
Juifz par leur forcenerie.
Or alon en l'espicerie
Oignement pour ly oindre prendre. '
MARIA JACOBI.
Ma très-doulce conpaigne tendre,
Je m'acort à vostre vouloir.
Juifz félon, Diex vous maudie;
Sa mort me fait toute douloir.
MARIA SALOMÉE.
Je m'ottry, bien doulce Marie ,
À ce faire que dit avez.
Assez d'onneur de bien savez :
Pour Dieu bon oignement prenez.
\
DE NOTRE SEIGNEUR, 399
MAGDALAINE.
Mes conpaignes, or en venez ,
Car quant chiez l'espicier serons ,
Tel oignement achèterons
Se le trouvons "qui bon sera.
En parlant à l'espicier.
Dieu qui le monde jugera,
Sire, sy vous vueille garder.
l'espicier.
Et Dieu vous vueille regarder
En pitié toutes .m. ensemble.
Courrouciées estes, se me semble,
Et sy me semblez bonnes dames
Toutes .m. et bien preudefames.
Je croy qu'au cuer avez mesaise :
Se j'ay nulle rien qui vous plaise,
Dictes-le-moy; vous en arez
Sy on marchié que vous vourrez
Ne demander ne requérir.
MAGDELA1NE.
Nous venons tel chose quérir
Dont je croy qu'avez à planté,
l'espicier.
Dame, se Diex me (Joint sanclé
Ma marchandise deviser
Vous vueil qui fait à priser ;
Et puis après sy en pourrez .
Acheter ce que vous vourrez,
Jf'ay poivre, gingenbre et canelle,
ÔOO LA PASSION
Poudre de saffran bien nouvelle,
Nois muguettes , pomes garnates,
Giroffle, citonal et dates,
Garingal, folion, pénites,
Cubèbes, rasis, nois confy tes ;
J'ay gingenbrant et pignolat,
J'ay trop bon sucre violât,
J'ay grosse et grêle dragie
De girouftlc et d'anis glagie ,
Poivre lonc, commin, reguelice,
Amendes, ris et verdegrice ;
J'ay gruel c'on n'a pas pillé,
Colon batu, coton fille;
J'ay sire jaune et sire vierge ,
J'ay du persin Massidoine;
Je fineroyc bien d'un siroine;
J'ay bon candi t gros et brisé,
Et graine de paradis é ,
Sucre dur pour faire claré,
Gingembre blanc, confit paré ;
J'ay poudre pour bon pignement faire ,
Et ay séens bon laictuaire ;
J'ay poudre de sucre à cassons ,
Et alun plus cler que glassons ;,
J'ay encens gales baie noire
Que je achetay en coste foire,
Et ay de bon mugueliet
Qui en ceste boite cy est;
J'ay bjanc de flour et roige mine
DE NOTRE SEIGNEUR. 3d
Et aultre arquenetc fine ;
J'ay vermeillon ettainturc Inde,
Figues et raisin de Corinde ;
J'ay yaue rose et oille d'olive
Autant comme espicier qui vive ;
4
J'ay brésil, miel et errement,
Et de quoy on fait oigne ment;
Plusieurs herbes, bonnes espices,
Car je me cognois bien en yces
Qui sont sus ces sachiez escriptes.
Se rien voulez sv le me dictes : .
J'ay encor moult de bonnes choses
En ces .111. boestes qui sont closes.
C'est oignement moult précieux
Qui est moult bon et glorieulx
À plaies garir et blessure,
À gens malades et coupures ,
A dcsdouloir ceulz qui se deulent
Se bien oingdre le corps se veullent :
Fait est de mirre et d'aloé.
.1. oignement bon et loé,
Nul ne s'en oint gari ne soit
De quelque mebain que ce soit ;
Se cil vous plaist sy l'achetez.
magdelàine.
Sire, devant nous nous metez
Ce très-précieux oignement ,
Car c'est quanque je demant.
Trouvé avon ce que quérons :
Vendez-le, sy l'emporterons
302 LA PASSION
Quan paie de l'argent serez.
l'espicier.
Dictes-moy que vous en ferez
Et bon marchié vous en feray.
MAGDELAJNE.
Maintenant le vous compteray ;
Quant de vous nous départirons
Droit à ce monument yrons :
Sy oingderon de Jhesu le corps*
l'espicier.
Dame, par l'âme de ce corps,
Se l'oignement voulez avoir
Vous me donrez de vostre avoir
De bons petis tournois xx. livres.
MAGDELAINE.
Or faictcs qui nous soit délivres :
Véez-vous ci l'argent tout compté.
L'oignement où a tant de bonté,
Voulons avoir tout maintenant.
l'espicier.
Paie sui, bien est avenant
Que l'oignement vous soit livré,
Dame ; et tantost délivré
Sera, plus ne le retenray.
Ceste grosse boeste petiray ;
Dame, vostre main me tendez :
Veci quanque vous atendez.
Je lavons baille, or la prenez ,
Et vous, dame, ceste tenez.
Elle est mouk fine et moult bonne ,
DE NOTRE SEIGNEUR. 3o3
Tenez, je la vous abandonne.
Ceste cy, dame, vous arez;
Bien sçay que bon gré m'en sarez.
Or allez à la sépulture
Où Joseph a mis la figure
De Jhesu, et vous confortez.
Je vous créant vous emportez
Bon pignement et précieux.
M AGDELAIJNE SUS : Weata nabis gaudia.
Beau très-doulz père glorieux
Qui tout povez et tout savez ,
Pour nous mourir voulu avez : >
Las! com ce mes me desront.
MARIA JACORY.
Le cuer me part, le çuer me ront.
Hée, mort! pour quoy a pris ceily
Qui onc ne meffit à nully?
Lasse, com ci 3 dure mort.
MARIA SALOMÉE.
Doulz Diex, par grant envie mort .
Vous ont Juifz vilainement.
Je vous vy moult crueusement
D'une lance ou costé férir.
s, MICHEL.
Fammes, que venez-vous quérir?
Toutes .111. grant dueil démenez.
Dictes moy pourquoy ci venez,
Ne qui vous muet à ci venir?
MAGDELAINE.
De dueil ne me puis soustenir.
Jhesu de Nazareth .voulons
3o4 LA PASSION
Veoir, car pour sa mort nous dolons
Et il doit huy resusciter.
MARIA JACOBT.
Jhesu quérons qui aquitter
Nous a voulu de Panemy.
Pour sa mort je pleur et gémy :
Celle pierre car nous levez.
MARIA SALOMÉB.
Lasse , com mes caers est grevez !
Beau sire, celle pierre ostez;
Se oingdrons son corps et sez costez.
Moult forment a esté plaiez.
S. MICHEL.
Fammes, bon reconfort aiez.
Jhesu qui hier séens gésoit
N'y est mais et mont bien disoit
Qu'au jour de huy en vie seroit.
Diex dit qu'il resusciteroit
En cest jour de huy et il sy est.
Venez-y veoir que mais n'y est ;
N'alez plus tel dueil démenant.
Alez-vous-en tout maintenant
A Pierre et aulz apostres dire :
« Diex est vif et hors de martire ;
« En Galilée chascun voyse.»
M AG DEL AINE.
En dueil, en tourment et en noise
Dès or vueil ma vie mener
Quant je ne truis qui assigner
De mon très-doulz seigneur me puisse,
^
DE NOTRE SEIGNEUR. 3o5
SECONDE.
Lasse moy ! ne sçay où Le truisse
Le doulz Jhesu, et qui sera
Cil qui le nous enseignera !
Moult me tarde que je le voye.
TIERCE MARIE.
Se séusse sentier ne voye
Où le très-doulz Jhcsu trouvasse
Je tout droit celle part allasse.
Grant courtoisie me ferait
Qui bientost le m'enseignerait ;
De le véoir grant joye aroye.
angels.
Le roy du ciel, le roy de joye,
Est tout pour voir résuscitez.
D'enfer a les bons aquitez
Pour la mort qu'il a soustenue.
Diex est vis, la mort a vaincue :
Par ly estes tuit racheté
De la punaise enfermeté
Où ly anemis vous menoit.
MAGDELAINE.
Certes, se la mort me prenoit
Au cuer bien l'aroie gaigné,
Quant mon maistre ainssy mehaigné
Ose lesser plain pas de terre.
Lasse moy! où l'yray-je querre?
Pourquoy m'esloignai-ge de luy?
Ne sçay où je truisse nully
Qui enseigner le me scéust.
". 20
3o6 Là PASSION
Doulz Dieu, mon cuer grant joie éust
De vous véoir, c'est vérité.
Vif estes et resùscité :
Vueilliez que vostre face voye.
DIEU.
Famme qui vas par celle voie,
Dy-moy se cognoistre pou rr oies
Cel homme que trouver vourroies
Dont ton cuer tel joie feroit ?
MAGDELAINE.
Mon cuer en grant joie seroit.
Plus joieuse ne pourroie estre
Que de véoir le filz Dieu celcstre ;
Je ly dépry qu'à moy s'apère.
MARIA JACOBI.
Suer qui avez dolçur amère,
Vous a-on rien dit ne cpnpté
Du doulz Jhesu plàin de bonté ,
En qui nostre espérance est mise?
MARIA SALOMÊ.
Suer, qui très-grant douleur juslise,
Àvcz-vous nouvelles oyes
Dont nous doiops estre esjoyes?
Dictes-lay, nous vous en prions.
MAGDELAINE.
Courtiller nie senble ly homs
À qui j'ay parlé maintenant,
Que je vy devant rnoy venant ;
Me demanda se cognoistroie •
Celly dont sy grant joie a raye.
DE NOTRE SEIGNEUR. 3<>7
Ce que j'en scay vous le savez,
Dieu, qui desconbrée m'avez
Des péchez dont je moût avoye;
Car me vueillez mettre en la voye
Par quoy je vous puisse encontrer.
Doulz Diex, vueillez-mov démonstrer
Vostre face, vostre beaulté.
Doulz Jhesu plain de loyaulté,
Tel dueil ay ne me puis porter.
DIEU.
Marie, toy vieog conforter;
Laisse ton dueil et sy t'apaise.
MAGDELAINE.
Beau sire Dieux, bien doy estre aise
De ce que je vous voy ep vie.
DIEU.
Marie, n'aiez pas telle envie
De toucher à moy ; trai-te arrière.
Sus moy ne devant ne derrière
Tes mains ne dois tu mettre point.
MAGDELAINE.
Doulz Dieu, grant joie me point
De vostre. resuscitement.
dieu.
Marie, je t'aim doulcement
Et sy ne vueil que tu me atouches :
Garde (es mains de moy n'aprouches.
Je te monstre cy en présant
Mon corps par le quel re présent
Ma mort, ma résurection.
20
3o8 LA PASSION
En signe de ma passion,
Je te monstre ci ceste enseigne.
MAGDELAINE.
Beau doulz maistre, yce m'enseigne
Que, gardée virginité,
Prinstes en humanité
Tel char qui est mortifiée
Qu'en crois avez déifiée;
Mais Dieu estes et en vous croy-je.
dieu.
Marie, tu crois bien, en ce voy-je.
A Pierre et auls aultres vras,
A tous ensemble leur diras
Ma résurreccion t'ay monstrée,
Qu'ilz voisent tuit en Galilée
Et y liée on me trouvera.
MAGDELAINE.
Tousjours liez et joieux sera
Mon cuer quant je vous ay véu.
De joye ay le cuer esméu
De vostre resuscitement.
Entendez tous communément
Jhesu qui a toute puissance
Par sa trés-saintisme naissance
Et par la mort qu'il a soufferte
Pour nous en crois sans déserte :
Ly bon d'enfer sont délivré;
En paradis les a menez.
Bonnes gens, joie démenez ,
Loons Dieu, car pour vérité
DE NOTRE SEIGNEUR. 3c>9
J'ay veu Jhesu resuscité,
J'ay parlé aly maintenant,
s. PÈRE,
Marie, pourquoy vas menant
Joye? tu ne fais que chanter;
Tu te soûl oies germenter
Et tu fais joye souveraine!
s. JEHAN.
Doulce suer Marie Magdelaine,
Te puez-tu point apercevoir,
Nous sces-tu riens dire de voir
Que Dieu soit en vie venu?
MAGDELAINE.
Mon dueil est joie devenu.
J'ay Dieu véu et encontre;
Son préciex corps m'a monstre.
Bien sçay c'est-ii certainement ;
A moy parla bien longuement.
Seigneurs, quant de cy partirez
Tout droit en Galilée yrez:
Illecques Jhesu trouverez
Dont vous trestous joieux serez.
À son monument ay esté
Où je grant pièce m'arresté
Et m'aloye moult germentant.
Je y trouvay ly aiigels chantant,
Une moult belle conpaignie ;
Mais Jhesu n'y trouvay-je mie.
Mais je trouvay sa sépulture
Et le drap cl sa veslurc.
3lO LA PASSION
Je vous dy toute vérité :
Ly Juifz de ceste cité
Qui son précieux corps gard oient,
Ou il le rendent ou il croient
Qu'il soit de mort resuscité.
Doulz père, doulce déité,
Ma grant joye me fait plorer.
Bonnes gens, allez aourer
Celle digne crois que véiez ;
Bonnes gens, tous certains soiez
Que Diex est vif, qui souffrit mort :
Ou monument je le vis mort.
Or est venu arrier en vie ,
Chase un doit avoir grant envie
De le louer et gracier,
Et de cuer humble déprier
Que sa gloire puissons avoir.
s. JEHAN.
Marie puet bien ce savoir
Que elle nous a ci conpté.
Jbesu, le roy plain de bonté,
Est aparu à ly sans doubte*
s. PÈRE.
Nous devons tuit suivre sa route ;
Allons tout droit sans demourée
Parler a luy en Galilée.
Jaques, y voulez-vous venir?
s. jaques.
Oïl, ne m'en puis plus tenir.
La parole est , je croy, certaine
DE NOTRE SEIGNEUR. 3 I 1
Que dît Marie Magdalaine ,
Car elle a Jhesucrist véu.
Sy devons tuît estre esméu
De ly véoir resuscité.
De ally aler grant délit é
Et y vois droit sans arresteF.
CENTORIOI*.
Vous devez bien tuit aprester
Vos cuers vers Dieu qui délivrance
Vous a faicte par sa puissance..
Nous estion tuit mal bailly :
Diex ne nous a pas défait ly.
Par sa mort a d'enfer getté
Ses amis, c'est bien vérités
Frions-ly tuit que par sa grâce
De nos méfiais pardon nous face
Et nous doint cuer de ly servir
Par quoy nous puissons déservir
Sa très-haulte saintisme gloire
Et nous main teigne en son mémoire.
Sy vous diray que nous ferons : .
Tuit à une vois chanterons
De cuer : TeDeum laudarnus,
Et puis le Benedicamus.
Amen.
EXPLIUT.
G Y COMMANCE
LA RÉSURRECTION
NOTRE SEIGNEUR.
In principio creavit Deus cœlum et terrant, etc.
(Genesis, capitule* primo.)
Très doulces gens, or entendez
Et diligaument regardez.
Noble chose verrez retraire
Qui à l'ennemy est contraire,
Que ce soit voir la vraie mère
Du monde qui sanz tache amère
Porta le juste crucefix
Et celle de quoy estre dix
Doit chascun corps de créature \
Car sur fortune et sur nature
Est royne et mère clamée ,
Dez angles servie et amée
Comme non pareil de value.
LA RÉSURRECTION DE NOTRE SEIGNEUR. 3 1 3
Sy est droit c'on la salue
Du salut qui noqs conforta
Quant Gabriel li aporta
Du vouloir Dieu en révélant.
Sy disons en lui appellant
A genous : Ave Maria.
Inprincipio , etc.
Diex premier le monde forma ,
Ainssy qu'en Genesis est dit
Et où psautier David nous dit :
Ipse dixit etfacta sunt,
Mandavit et creata sunt ;
Puis fist Adam d'un pou de terre
Pour ce qui savoit bien qu'en terre
Retourneroït , et puis le mist
En paradis; et puis refist
Eve d'une dez costes Adam,
Puis ly fist souffrir maint aham.
Par le fruit tant l'ensosanga ,
Qu'Adam le prist, sy en manga.
Lors fist inobédiance
Dont .v. .m. ans souffrit penence
En enfer et maintes personnes
Qui en ce monde furent bonnes ,
A qui Diex ly pères monstroit
Que par son fiiz lez racheteroit.
3 1 4 LA RÉSURRECTION
In morte hujus vita mortuovum inventa est; jus tu s
homo post mortem tertiâ die de monumento rc-
surget. (Gezemie , viscezimo cnpitulo.)
De cuer vous prie à touz et lou
Que chascun vueille de cuer tendre
En ce que vous ay dit entendre
De. latin retraire en françois.
Doulces gens, bien est voir qu'ençois
Que le filz Dieu fust encharnez
En la vierge dont il fut nez,
Il l'eslut pour mère et amie ;
Et le bon prophète Jezémie
Prophétiza , c'est bien la somme ,
Et dist ainssy qu'en la mort d'omme
Seroit retournée des mors
La vie par piteus remors,
L'omme juste suxitera ,
Dist-il, après mort et sera
Du monument yssant touz viz.
Trez doulces gens, il m'est aviz
Que ceste prophecie a vint
A nous profit quand il s'en vint
Au filz de Dieu de venir nestre
De famme pour humains hons estre
Ce fut noble vertuz que telle
Quant fruit devint en fruit mortelle
Naissant d'ente d'apre racine.
Pour faire au monde médecine
DE NOTRE SEIGNEUR. 3l5
Cez bras en la croix estandi.
En mort souffrant la mort vainquit,
Et pour l'umain emonument
Ou sépulcre et ou monument
Fut couchié comme mortel corps
Ly filz de Dieu misérteors
Dont la digne char précieuse
Avoit souffert mort sy crueuse
Que rendu ot sueur et sanc
Es piez, es mains, au destres flans.
Ot precié à telle destresse
En la croi* que la grant a presse
Du sanc qu'à grans ruisseaus rendy
La pierre quassa et fendy.
Dévote chose est à olr
La résurection qui joir
Fit les plorans qui en langour
Souffroient d'enfer la grant doulour;
Puis verrez, selonc le mistère,
Du sépulcre en formée matère
Dez sains angles plus doulz que sucre
Comment il gardoient le sépulcre
Quant lez .m. Maries ilz vindrent
Qui lez dignes oignemens tindrent.
Or faites paix et veoir pourrez ,
Et aussy par example verrez ,
Comment .m. chevaliers gardèrent
Dieu ou sépulcre et bien cuidérent
Sanz le perdre de prez tenir ;
Maiz il s'alèrent endormir,
3l6 LA RÉSURRECTION
Sy que ne sorent qui devint,
Dont couroux avoir leur convint
Ensamble quant il s'aparçurent ,
Car de s'alée riens ne surent.
En enfer droit alez estoit
Où les prophètes à grant destroit
Estaient, Adam, Eve, S. Jehan,
David , Noël et Abraham ,
Et là estaient en grant destresse ;
Mes puis furent en grant léesse ,
Car de son sanc lez racheta
Quant en la croix mort il geta ,
Puis lez portes d'enfer ronpit
Dont lez déables orent despit.
Les âmes d'enfer en mena
Et la grant joie leur donna
De paradis, puis s'aparut
A Magdelaine ; puis a parut
Ou jardin quant dit à Géré
Puis tost : Noly me tengere >
Et ainssy d'elle se party
De s'amour sy li départy ,
Et sa beneiçon sy ly donna ;
Touz sez péchiez li pardonna.
Sy prions Dieu devostement
Que noz péchiez entièrement
Nous vueille à touz pardonner
Et sa gloire abandonner
A la fin quant deiinerons ;
Kt tant qu'en ce monde scions
DE NOTRE SEIGNEUR. 3l7
Entendre puissions la mémoire
De Jhesucrit , la vraie gloire
A laquelle nous doint venir
La trinité qui sanz fénir
Fut et est et touzjours sera
In sempiterna sccula
Amen.
Cy après s'ensuit comment Dieu fist Adam et Eve, puis s'en voise
.1. tour entour le champ et die :
DIEU LE PÈRE.
Or ay-je fait tout à la raonde
Ciel, terre et mer tout en une onde,
Lez estoilles, solleil et lune,
Et sy ay fait qui est commune
Bestes, oysiaux et tous poissons
Et leur ay à tous donné noms.
Homme et famé ce me fault faire:
Sur toute chose est nécessaire.
Premièrement je feray homme
A l'encommancement , c'est la somme,
Et puis après incontinant
Feray la famé à l'avenant.
Soit Adam couchiez à terre et couvert jusques Diez le face lever et
âussy Eve de costé lui couverte, et le prent par la main.
DIEU.
Adam, Adam, vas sus, beau frère ,
Liève-toy sus, si qui t'apière
Que je t'ay fait tout maintenant ,
Et sy tant bien en convenant
3 1 8 LA RÉSURRECTION
Que ez créez de limon de terre ,
Pour ce que je sçay bien qu'en terre
Retourneras après la mort
Qui moult te sera dure et fort.
Sy entens bien que tu feras :
En ce beau paradis demorras
Et feras mon commandement
Du tout en entièrement,
Et tantost auras conpaignie.
ADAM.
Doulz Diex, qui ta meignie
M'a fait par ta grant doulceur ,
Haultement loue ta grandeur
Qui de néant tu m'as refait.
Or ne vueil plus cy faire plait :
Je ne puis plus cy veillier;
Un pou me fault cy sommeillier. u
Cy ce couche Adam de costé Eve et face samblant de dormir, et face
Dieu le signe de la croix et preigne Eve par la main et die :
DIEU.
Or sus, Eve, liève-toy sus ,
Et fait tost; sy entens à moy :
Sy regarde bien dont tu viens.
Tu n'estoies maintenant riens;
Je t'ay faite et crée de la couste
D'Adam, sachez sanz nulle doubte ;
Sy te diray que tu feras :
Honeur et foy ly porteras,
Car ainssy je Pay ordonné;
DE NOTRE SEIGNEUR. 3lÇ
EVE , en soy levant :
Très-doulz Diex, qui m'avez donné
Corps et âme à vostre plaisir ,
Loer vous doy par grant désir,
Car grant honour m'avez montrée
Quant de néant m'avez crée
Et formée de la coste d'Adam.
dieu.
Adam, amis, à moy enten
Et sy te liève ysnellement,
Car dormy as trop longuement.
Pren ceste famme que j'ay Faite ,
Car je sçay bien qu'elle te hète.
Sy vous diray que vous ferez :
En ce paradis demorrez
Et ferez mon commandement;
Ainssy le vueil, non aultrement.
En ce beau lieu, en ce bel estre,
De touz cez fruis qui cy puent estre
Povez mengier séurement ,
Fors cestuy, que certainement
Ce en mengiez vous y morrez
Ne phis ycy ne demorrez.
Je vous lesse secy en garde
Et de ce fruit bien je regarde :
Se en mengiez bien le saray.
Je m'en vois, tosi retourneray :
Mon commandement point ne passez.
ADAM .
Très-doulz Jhésucrist, qui assez
320 LA RÉSURRECTION
De bien, d'onneur ta nous as fait,
Car de néant nous as reffait ,
A ton vouloir abaïsson
Que certainement c'est raison.
Dieu voise entour le champ jusques Adam ait mengié du fruit.
EVE.
Adam, amy et conpaignon,
Entendez .1. pou ma raison.
En ce beau lieu sy profitable,
Sy graciex, sy délitable,
Où nous a lessié nostre mettre,
Je ne sçay pourquoy ce puet estre
Qui nous a ainssy deffendu
Ce beau fruit qui cy est pendu
Plus qui n'a fait nulz dez aultres.
ADAM.
Eve, ne sçay cestui plus qu'autres.
L'a fait, sachiez certainement ;
Or faisons son commandement
Et à luy du tout abaisson
Que certainement c'est raison,
Je le vous diz pour vérité.
EVE.
Dire vous vueil ma volenté :
De ce fruit volen tiers mengasse
Se point désobair ne cuidasse.
Certes, volen tiers je céusse
Pourquoy l'a fait, ce je péusse :
Ne sçay pas sy l'a fait pour moy.
DE NOTRE SEIGNEUR. 3a I
belgibus , premier dyaWe.
Je te diray raison pourquoy
Il vous a ce fruit deffendu.
Se vous l'eussiez bien entendu
Comment de néant vous a fait,
Vous ne prisissiez riens son fait.
Vous ne savez ne bien ne mal
Et de ce fruit tout sy aval
Veult qu'en meiigiez fors cestui.
Pour la bonté qui est en luy
Se en mengiez ne tant ne quant ,
Comme luy seriez ou plus grant ,
Et sarez tout bien et tout mal
Et vous et luy seriez ygal ,
Et serez aussy comme Diex
Et vous sarrez lassus au cieulx.
Pren de ce fruit ysnellement ,
Et en fav tost incontinant
Mengier à Adam, et pas ne doubte
Qu'il en mengera sanz nulle doubte
Par l'enortement que ly feras ;
Et sy de prèz tu l'entendras
Qu'il en mengera, vueille ou non,
Sy fort giteray mon pagnon
Que bientost t'en aparcevras
Et bon loier tu en auras :
Or le fay tost sans point d'esnoy.
EVE.
Adam, amis, entens h moy :
Je te prie, mengue de ce fruit;
h. 21
$2$ LA RÉSURRECTION
Jà pour co n'en seran destruit;
Nous en scroos adez plus aise.
ADAM.
Certes, m'a mie, ne le desplaise ,
Je ne veul pas désobair
A nostre maistre , ue le trair,
Car ce fruit deffendu nous a
Et en garde baillié le nous a :
Sy nous fouit garder de mesprendre.
RYE.
Adam, là ne devez, entendre.
Car il n'en sara jamès riens,
Et sy ne vous doublez de riens,
Car ce de riens il nous resprent,
Nous n'en ferons no tant ne quant,
Car notifierons grans comme luy.
. ADAM.
M'a mie, grant chose est de celuy :
J'aroie peur qui ne le séust,
Nous en sortons trop fort deceost,
Et forment noue en re&pr endroit,
EVE.
Vous vous prêtiez biçmau destroit
Et forment de luy voua doublez.
Adam, amy, or escoates :
Assaiez que c'est hardiement ;
Riens ntat sara certainement,
Je le sçay bien de vérité.
ADAM.
Faire me fault ta votante :
DE NOTRE SEIGNEUR. 3a3
Puisqu'enssy est je le feray,
Mais je sçay bien que mesprendray
Vers mon seigneur du tout en tout,
Car de son retour trop me doubt.
Cy uiengue Adam du fruit et puis ce preigne par la gorge, et
puis die :
ADAM.
Ha hay! Èvo, que m'as-tu fait?
Certes, bien m'as do tout défiait
Qui m'as donné d'enfer la mer.
C'est .1. morcei fort amer,
Car il me tient trop fort en gorge.
À las! bien me tiens en ta forge,
Car je ne le puis avaler.
Or ne sçay-je quel part alér,
Car j'ay ofVendu mon seigneur ;
Sy en moufray à grant langueur.
Or voy-je bien que j'ay mal fait.
DIEU.
Adam, Adam, sanz plus de plait
Dy-moy pourquoy tu m'as trahy.
Tu n'as pas à moy obay ,
Car tu as mengié de ce fruit
Dont tu perdras joie et déduit.
Ainssy as fait inobédiance
Dont .v. .m, ans aras penance.
Ceulx qui de ta ligniée ystront
Tout droit en enfer en yrônt,
Et tant qu'en ce monde seras
En labour tu corttinuras :
21 .
3a4 LX RÉSURRECTION
Va-t-en bien tost de paradis.
ADAM.
Doulz Jhesucrist, bien le me dis,
Mais passé ay ton commendement
Du tout en tout entièrement.
Sy aiez, Sire, pitié de moy.
SAINT MICHIEL.
Va-t-en de cy : plus ne te voy
Devant ton maistre , ton seigneur !
L'en ne pouroit dire pieur
Que tu es; va-t-en, fuy de cy, .
Car plus ne de m or ras ycy.
Va-t-cn en terre de labour,
Et en paine et en tritour ;
Va-t-en tost hors de paradis
Où tu eusses esté touz dis
Se point ne te feusses méfiait.
Eve ta famme t'a sesy fait :.
Touz ly mondes l'achètera ,
En paine et en labour sera,
Et touz ceulx qui de vous ystront.
ADAM» .
Doulz Jhesucrit, las ! que feront
La ligniéc qui de nous ystra ?
Tout droit en enfer en yra ,
Puisqu'cnssy est qu'avons péchié.
DIEU.
Vous avez esté enragié
Quant vous avez désobay
A moy, et sy m'avez trahy.
DE NOTBE SEIGNEUR. 325
J'en souferré la mort amère,
Et sy m'en fault nestre de mère.
Sy vous diray que vous ferez :
En labour vous continurez,
El sy sarez qu'est bien et mal.
En tôule pâme, en tout travail
Vcstuz seras de robe bon le :
N'i aura roy, ne duc, ne conpte
Pour le péchic qu'aront de toy.
açàm.
A, sire Diex! cq poise rnoy ;
Labourer me fault maintenant
Puis qui ne puet estre autrement.
Eve m'amie, ce m'as-tu fait,
Or ne puis aler au deffait;
Ainssy nous fault pàîne avoir.
EVE.
Adam, amy, il est tout voir ;
Or me fault filer ma queloigne
Et me fault faire ma besoigne.
Tel ovraige sy apartient
A famé qui de nouvel vient.
»
Çy se vestent et face Adam samblant de labourer et Eve rie filer,
et puis voise en enfer/
GAÏPHAS.
Anne, entendez, mes amis ;
J'ay maintenant en mon cuer mis
Une chose que vous dirav
Et tout ce fait acoirçpliray:
326 LA UBSUimEf/UON
gt^
Vous savez pomment ce prophète
Qui le cuer forment me dehète,
En ce sépulcre est bui mis ;
Or a-il trop de bons amis.
Sy devons avoir peur et double
Qu'emblée nous soit sanz nullp double
Sy vous dirçty que nous forons :
A Pilate nqus en yrons
Et ly conteray cçst affaire.
A Pilate moult devra plaire
La parole qu'ayez retraite
Quant çst de jpqy forment mebèle.
Or y alons, je vpus en prie,
Et n'y faisons nulle destrie ;
Certainement bien avez dit.
i
CAÏPHAS.
Or y alons sapa contredit
Et sy n'y faisons pqint d'a&rest,
Car de movoir je s,uis tout presl ;
Bien ly conteray t tout le fait,
ANNE,
Hastons-nous tost sanz faire plait,
Quar au peuple forment plaira,
Et de ce fait grant joie aura.
Cy voisent à Pilate
CAÏPHAS.
Sire, Pilate, à vous venons,
Et entre nous sy parler voulons
DE NOTRE SEIGNEUR. 337
De ce faulx prophète qui lit
Est en ce sépulcre par de Uu
Sy vous prioos qui Lisoit garde,
Car de ce fait, forment nous tarde/
Mal nous en pourrait avenir.
Sy disciple le paient tenir
Nous n'en pourteus venir à qhief .:
Pour nous seroit .1. grant meschief.
Et vous diray sanz parabole
De son fait forment me récplc^
Et de cela j'ay grant envie
De ce qui disoit en sa vie
Que au tiers jouiM*esu$ciiereifc.
Et le temple Dieu referoit :
Sy regardez qu'en sera fait.
PILATE.
Beaus seigneurs, sans plus faire plaît:
Dire vous vueil m'entancion
Sanz v faire narracion.
Vous savez bien, et c'est tout voir,
De Jhesuay fait won devoir,
Et sy est vray et tout certain :<
Du tout en ay lavé la main :
Sy n'en vueil plus avoir la 'patrie. :
ANNE. '
Pi la te, c'est chose certaine;
Ce fait cy paa ne demorra
Et aille ainssy oommo il^paurra,
Car nous avoua ce fait à cuer
Que point jie lésions à nul fucrj
3a8
LA RESURRECTION
Mais vous estes le souverain :
Sy nous aidiez à ce besoin
Et faites tant qui lisoit garde.
Je considère bien et regarde
S'il est ainssy comme il disoit
Qu'au tiers jour il resusciteroit,
Nous n en pourrons venir a chief.
PILATE.
Pour nous scroit ,i. grant meschief
Se Jhésus ainssy se par toi l,
Ne du sépulcre resuscitoit.
Sy faites tost sanz point d'arrest
Que garde y soit, et soiez prest
De le faire hastivement.
CA1PHAS.
Sy ferons-nous certainement
Sanz y faire point dp séjour :
Avant qui soit demain le jour,
Tout pour certain garde y aura,
ANNE.
Nous ferons tant qui li pana,
Caïphas, tost cpjigic prenons
De Pilate, et nous hastons :
Sy en alons en nostre afaire.
CAÏPHAS.
Pila te, ije vous vueille desplaire;
Hastivement nous en alons
Et à Dieu sy vous commendons :
Faire voulons nostre devoir.
DE NOTRE SEIGNEUR. 3^9
PILATE.
Beaus seigneurs, à vostre vouloir!
CA1PHAS.
Anne, faisons-en nostre alée
Là endroit celle contrée ;
A cez gens d'armes parlerons :
Nostre affaire leur conterons ;
Hastons-nous sans faire demeure.
Cy voisent aux gens d'armes.
CA1PHAS.
Seigneurs gens d'armes, nous venons
A vous parier, et ce vouions
Que tantost et sanz faire arrest
Vous en ailliez, et soiez prest,
Le tumbel garder où fut mis
Ce faux prophète, car commis
Voulons que soiez pour garder.
Or y alez sanz plus tarder ;
Gardez bien qu'emblez ne vous soit,
Car lez gens enorte et déçoit ;
Vous en serez trop bien paiez.
LE PREMIER CHEVALIER.
Seigneurs, nous sommes apparailliez
A faire tout vostre vouloir.
LE SECOND CHEVALIER.
J'en vueil bien faire mon devoir,
Et ce ne vous doubtez de riens
Que je ly donrray de mes biens
Sy li a àme qui à lui touche.
33o
LA. RESURRECTION
LE TIERS CHEVALIER.
Il me vçndroit à grant reproucbc
Se mon devoir je n'en taisoie.
A fol quoquart je me tçndroip
Se je ne ly donnoie du mien .
ANNE. .
Certes, seigneurs, vous diètes bien.
Or y alez snoz faire arreat :
De le bien garder soicz prest.
Gy voisent Caïphas et Anne où il voudront et lez chevaliers parlent.
LE PREMIER CHEVALIER.
Puis qu'enssy nous sommes cop>mis
A sépulcre garder et mis,
Je yray bien faire mon Revoir. .
Seigneurs, je vous dy tout de voir
ISfous déussions ja touz .m. es|œ
A sépulcre pour garder l'estne ,
Que Jhesus emblez no nous sait.
Tant de gens enorté avoit
De croire cez diz et cez ouvres,
Car j'ay. dûubte qu'en ne desqueuvre/
Le tumbel pour remporteiv
Alons tous .iik à souter
A l'entour et à Tenviron.
LE SECOND.
Vous dictes bien et nous .yrori,
Nous bien vivans par le grant Dieu.
Nous .m. garderons bien le lieu
Que Jhesus n'en soit emportez.
DE NOTRE SEIGNEUR. 33
Bien armez suis et actintez :
Riens ne m'y fault do nul costé.
Alons-y ains c'en l'ait osté,
Ne mis hors d'entre lez pierres.
LB TIERS CHEVALtER.
Moult seroit fors et soubtiz lierres
Qui Jhcsus nous pourroit embler.
Quant entre nous .m. asambler
Nous voulons pour garder le corps,
Ce nous seroit vilains recors
Que nulz y osast sy entrer
Qui pour voir se peust venter
Ne de l'avoir osté ne pris.
LE PREMIER.
Vous parlez comme bien a pris :
Àlons-y tost sanz point d'espasse.
Je vueil prendre ycy ma place
Ne autre n'iray aillieurs querre.
LB SECOND.
Et je me sarray cy à terre
Et m'acoteray sur le coûte
Afin que j'entende et escoute
Se âme oie aucuns venoit.
LE TIERS.
Gy me sarray ; que s'on venoit
De ceste part à recelée,
Je ly donrroie telle acotee
A qtiiconqucs s'y embatroit
Que mon cop tout mort l'abatroit
Sanz jamès avoir garison.
33 2
LA RESURRECTION
LE PREMIER.
Je n'oy onques longue saison
Fors que sy fain de soumellyer.
Seigneurs, vueilliez .1. pou veillier
Vous .n, tant qu'auray soumellié :
Je seray tantost raveillié.
.1. bien pou dormir il me fiuilfc.
LE SECOND.
Trop bien veillasse sanz deflhult,
Mais j'ay .1. pou le chief pesant.
Somilier n^'estuet en gisant
Ycy .1. pou dessus ma large.
LE TIERS.
J'ày aussy de soineil grant charge
Qu'un bien pou dormir me convient,
Tantost se nul va ne ne vient
Ysn elle ment m'esveilleray
Que nul délay je n'y feray.
adam, en enfer, die :
Doulz Diex, qui à ta forméure
Me feis par ymaginée faiture,
Et âme et vie me donnas
Et puis après sy me menas
Tout droit en Paradis terrestre,
Et me veas sy hardy estre
Du fruit menger où je moi dy
Dont tout à mort nous amordy ;
Vrais Diex, veulles nous secourir !
Nous ne faisons que langouiïr :
En Ici paine, en tel tourment
DE NOTRE SEIGNEUR. 333
Souffrons tuit sv certainement,
A très doulz Diex, doulz roys Jhésus,
Se par toy ne sommes secourus
Touz sommes à pcrdicion.
Ce nous fist la temptacion
De l'anemy qui nous déceut.
Plus mauvais fruit oncques ne fut :
Acheter nous fàuit lé mettait .
EVE.
Hé ! trés-doulz Diex qui m'avez fait
Et formée de la coste Adam,
Ostez-nous dez mains de Sathan.
Souffrir nous fait tant de martire
Qui n'a langue qui le péust dire ;
Met-nous-en hors tost sy te plaist.
Trop y sommes, dont nousdesplait.
Adam, mon amy, c'est par moy
Sy en souffrons peine et esnoy,
Et cez vaillans hommes aussv.
Vrais Diex, aiez de moy mercy,
Que tout est par ma mauvestié.
S. JEHAN BAPTISTE.
A roys Jhesus! par t'amistié
Secours-nous, Sire, sy te plaist.
Tourment nous font, dont nous desplait,
Cez anemys qui ycy sont;
D'aligement point ne nous font
Et de mal faire tant se painent
De ce faire joie demainent.
Sy vous prions, doulz roys de gloire,
334 LA RÉSURRECTION
Veullez nous avoir en mémoire,
Car nous sommes cy en misère.
NOËL.
Gloriex roys, ta grant lumière entière
Sy te plaist mms veulles monstrer,
Car tant de mal et d'encombricr
Nous font ecz anemys par leur yre,
(lui n'a langue qui le péust dire.
Sy ne me pouroie plus tenir
De plorer, braire et gémir.
Halas! bien a cy grant déluge :
Nous ne savons trouver refuge
Nulle part, n'entour, n'environ.
A vrais Diex ! tant te hucheron
Que au derrain serons délivres ;
Trouvé 3 esté par les livres.
Or le fay tost et je t'en pie.
BELGiBUs, premier déable.
Ha hay ! que cilz brait et cric?
Délias, bien avant, compains,
Os-tu comment cilz ça c'est plains?
Tant braira touz nous eschaperont,
Car lonc temps prophetizié Font
Qu'encoire seront racheté,
Et pour ce ont tant quaqueté
Qui rempliront encoir lez ciex
De quoy nous a hors bouté Diex.
En mon coer en ay grant ^envie.
RELIAS.
Encoirc ne nous eschappcnt~ilz mie !
DE NOTÏIE SEIGNEUR. 335
Belgibus, moult m'esnuiroit
Se sy ortie chose séoit
Sur lez cièges célesticns
Gomme ly homs est terriens
Qui est fait de limon de boe.
A Dieu en feroie la rnoe
Sy remplissoit son paradis
Où nous fusmes assis jadis.
Chascun de nous plus cler estoit
.ix. foys que ly solaux n 'estoit,
Et Luxcifer nostre bon mestre
.ix. foys de nous estoit son cstre ;
Et l'orgueil et intencion
Qu'il vouloit mestre en action,
Estre voulbit semblable à Dieu.
Et consentîmes tuit ce lieu,
Et pour ce Difex le trabucha
Et en s'abisme le ficha,
Et nous aussy qui le suis mes;
Car trop maternent nous meffîmes.
S'en trabuchasmes ,ix. légions
Qui consêntismes cez raisons.
Lucifer qui cy cler fu,
Nommé est menistre de feu
Et tuit sommes cy compaignon
Que tous avons commission
De Dieu, qui est noa souverains
Et qui tout fist à cez .11. mains,
De tempter toute créature,
L'un d'orgueil, l'autre de luxure,
/
336 LA. RÉSURRECTION
De convoitise et de desapoir.
Sur ceulz nous a donné povoir
De mener en nostre prison
Où en est sanzredempcion.
Lucifer ne iist qu'un péchié
Que Diex tient en enfer fichié.
Comment cuident donc cilz seoir
Et noz cièges doncqucs ravoir,
Qui en font bien mille le jour,
Et riens ne crcsment leur seignour?
Enclins sont à leur pourriture :
Je cuide que Diex n'en ait cure
D'eulz avoir en sa compaignie;
Ce sont pécheur orde mesgnie. *
A nous ne seroit point raison
Sy les mcstoit en sa maison :
Regarde, compaing, cil puet estre.
belgibus.
Bélias, je sans Dieu noz maistre
Plains de si grande cruauté
Contre pous por nos mauvestié ;
Et pour nous faire plus despis
D'omme mortel seront remplis
Lez haulz cièges de Paradis
Dont nous bouta Diex hors jadis ;
Et pour ce qae plus nous esnoie
Leur donra la parfaite joie.
Et pieçà l'on dit cilz prophètes
Qui ycy sont dedans nos mettes,
Que Diex au monde descendra
DE NOTEE SElCïfElIR. 33^
/
Et d'utoe femme vierge mais tua
Que il disposa aioçois que nous; . ! *
Et veul bicoque ce sachiez vous;
Par .1. Jeliari qu'estoit cooeeuz , .'
Qui devant Dieu eatoit venuz
Et sy attira è& désers, f .y\ ,
Il est sains, ne puet estre sers.
A péchié en enfer, vendra :;
Pas longuement n'y demorra , ■ .
Car après lui vendra son maistre
Par qui destruil sera naz estre \
Et ceulx qui se sont souetattu
Contre péchié. et oQeridu
Et qui à leur povotf ont servi: :
Nous a donc Diex sy aservy. •:!
Pour le propos que coraeqtismes.
BELGIBDS,
Oil, car trop nous mefféismès ; :
Abatre volions sa grandeur;
BÉLIASl -i • ■ I N
C'est voir, ce fut grant foleur.
Or ne puet aler autrement. : . »
BELGIBUS.
Or me respons hastt vejpent ; .
Cez gloutons et cez orguiliéuxi,
Cez despérans, cez enviqux .
Qui remplis &Qnt de convoitise,
Ceulx .qui luxure art. et atisp .
Et cez faulx jurés ^échiniez ,
II. 22
/
>.
«., ,
'i
»
»*J !
338 l i RâstmKttottôN
» «
Ne les avonstaoB*; mie gaigniefe'?:
Puis qaF«D€iirept«arT» repenjftncei • >:*♦'•/
Sanz avoic *le Bien cognpSKinbè; - ' ' •
Ne lez j astioeron&»nou* (fate ? « • * » •'•''•
Sy ferons-nous, n'en diKibtefcïWte./ ' •
Ardant ouipius £rair*#jU' d'enfer • ' : -
Avec nos maistnë L«?dfen > i •'» •)•»•■'• ; '
Lez m estions >t ires toû h étisftftibll. •» ■ '*
Tu as trop bien ditj'eo rtvà sànibjc? '»
Ainssy Pootwty; certaine m e«V » > »
Or le faisons hastiveitoeàt.
■ «
1 : : . :>
i
/ » ■
DIEU LEÏFILZ }(1Uk%mM($\VtùÛ\toVêkp:* >
Sanz ce que de rieitô £$ie repris,
Acompliray/oe «jne/j'ay -ompris»
Quant mon )pèw5-glore1'ié ^\ : >> »;
Après mort m'amirifiÂu»
Le corps ohuiioH vrayiespôrit) '».«;•> J |( *
Conjointement lei re9 pri t • ' • . i ! j d /
Par la vivificatio» / * •■
De la glorification /i -, i » . .;.i/ »
Divine qui finerintr puet,
Droit en enfer aler, m'est uet,
Et pour motiesperit tant fajre^ <»
Au plaisir .dû: divin afeart
Que les âme» ;quHangai#*WJt V ' •' »
Hors de ; pain6 43t^to4irineniJ!}«^nl.>'
Bien sçay que l'&m&de saint Jefraft, )
Adam, Eve et Abraham, <- ' vr> !
. ■ »
. . . » j , * . . » *
de; notre seigneur. 339
1/ . • >, -M
Noël, Davit},bt; Ys*ié . ! m . ,
Y sont devewiuqe partie ... « . . /
Qui liittW.eatappèlcte et dicte : • .
Orfault quejejq ejiiafluite, : % ,! |
Paie en ay raquitemeetw; -, >; .;; , !
Et délivré tout quitanfinty
Et le rachat pur te* trahu;
De mort que j'ay souffert et hèu, ,;
Et passé. par sy dur trespas ,.': n «
Qu>tre d^ipoy ne .tfqftt pas îi:iîi|| ^ ,
Avoir passé , car divine euvre
Pour moy y a ouvré et euvre
Au profit de' Pumanité,'
Sanz entamucr virginité
De mère ne' d'enfant ''âussyl'.' ' . i: ' "•
A la porte d^enfef paï* éy' ] în " : K " ,, . /
Yray, car bien sçày ' que mé ! moire ' "
Font jàlëz : ^mesde ma gloire ' ; r<ï
Cy voise Dieu en enfer et lez âmçs chantent : Veni Creator
spiritus , et S. Jehan comjnancè!
DlEU,^ W z,. <„, .,„,.„,/
Atolite portas,, principes, .nef trqfa»*
Zft elévamini porpœ œternalesy
Et introibit rex glpriœ.
LEZ DIABLES.
Qui es iste repç gloriçe?
*» *> »i /
DIEU.
Les portes de ceste m^isçn . . . ,
Vueil brisier $arçz 3 nés toison . , .
i i r,
2,À .
340 LA BèSCRRBCTlON
Qui est orrible et inferntfllo} '*:' » o/
Vueil par ma veHu,su permette' Ui^. '
Que devant roôjy - chiôeptt e>t fn&fasem, .
Et lez ennemie rçftti engbissea t > ]«.■'!■•:■
Lez âmes ne puissent avpir -; 'uV!
Sur elles force ne pùvQHy .■..■.. ï/i
Car je suis la vraie;! tHfniéne: < • \. r.
Qui d'kife^nal ardamt funiiènç' - >•<.- >'
Ysnellement lez viens hors *ra ice«. " '.'
Lez diables ysserit hors d'enfer et puis die : '
:• « ■ : 'I -,: ■'; i : . /
BE^GIBUS.
Jhésus, moût nous vint au contraire
Ta mort et ton trespassement
Quant pris as resùscitçmeitf f ,
Après morir comme filz Dieu . ,
Pour venir rompre nostrc lieu
Dont contre toy n'osons mot dire.
Le cuer nous doit bien fondre d'ire
Quantaux âmes aidera^ ; ,fî ' ' ' : " ' '-'
Et nostre enfer en vuideras.
Ta venue nous est gtèvàirie
Quant hûstfte puissance sy vàînfe • Uu ^
Ainssy la riotfsfais deveriirV ' • * ' ' A ' • -
BBLIAS.
Se je cuidasse qu'avenir
Nous déust tel tribufaddn '» • /v O
Que éussez resurrecciôn,
En enfer n'édst ûreâme ' <■?<»! :
Sy bonne d'tfrtie ne de Rfauhe "!';••■'
f>£ NyO|TJ&& SËiGNEUR. 34 1
Qui ne feuat we$ et mise en eeftdre, :
Tu fçfa outrtige.ddxleôcenUr^i ;$» <>•
Sa jus vuidter fl<# héritages : . . :
Pour remplît* lêz baulz ostâi^efe - -
Et le grarit lieu de parada, j . *
DIEU, x , ... ■>
Vous en trabuclt^ste* jad«* ,1
Hors des ciég«3, par ,vQ&lre, orgueil}. ;
Dez âmes remplir je lez vuotl • < '|
Que aviez de l'urbanité
Par la desloial vanité i .
D'Ève^d'A^fa^: que v/pu* tenw&ea. ;
Du fn^. ft^e^g^; çt ejiorlasles,. « »
Séans sont, cy tQZ,eutraij*fty;, ..
Joie et clarté leur dof»rvay; ; *
Plus ne seront qo. c<fët ahçiiV
Venez à ip^y, cousins. Jeba/i,
Et vous ay§nyj ^darn, «tjÈve, .
Qui du fruit glttâsfâp la -se va
Abraham,. David *et Noêl r
Venez ? vafl t lustra a vopl ; :
Qui este cy e? ce lieu hpçt,
Pour vous en ai r ge ftpuflbrt mort
Et de vip quifcé le çlieajin! ; . j
Resgardez sur fluel parchemin :
Vostre diéJivrartpe ç&t eççrJpte*
Cy ^M$tre Dteii ce& plafes «t die ;
Regardez à quelle Iabile , , . '
Ma chai? et mes piez et iocz mains *
Orçt esté mis pour lez humains; . ;
342 LA RÈSURHE<5TKW
Regardez comment vous esmoie
Quant pour vous vie mis la moic.
Racheté vous ay quitement,
Sy vueil qu'après Paquitcmeflt :
Qui voz durtez purge et pure,
Que vous soiez en clarté pure,
En joiex repos sanz patrie.
Or entrer cy ^n cest demaîne '
Et là soiez glorifiez.
s. JEHAN.
Glorieux rois saintefiez,
Filz Dieu enfès de Vierge mero/ • : '
Qui nous traiz de douleur amère : ' ■
Et nous a mis de mort à vie/
Loée et aînée et servie, - ,:
Soit la gloire de ta puissance > '
Et le labour de ta souffrance, ^ * ' •
Qui tel rcpds-noiw as aquie, ' ' !
Ce ne fut ceque tu nà»qirfe ; i: l ' ,:!!
Filz et homs de vierge htiinàîtté', ! '
Touz humains en mortel dèrriain'e
Fussent adez tout po'tfr'certain;
Père qui tout tfens en ta rt)oirt/ • ]
Ta résurrëccioh samttertie > •• ,: ' •
Soit loéé, quar liors' 'd'fcibiètirve -
Où nousestions par ma déserté 1
Nous as os te, c'est diosq'appefte!;, ;
Bien pert qtfe« lu es Rois doz- Roi» « «
Et Dicx, quMl de morfi les desrois l
DE, WQTBai rSElGîîlUJft. 3^$
Eniièrement asamot^yj ■■! .r. ... . •.•: i • -J
Vrais Jhésacrist, qui conveny \ *\ 1. 'J
Avez jB^rt envie pbprnpii^ ' «n li
Et racheté lez hufaains toti^i - *»*;> *->' >
Gloire a vous efc laçage à. csrffe :::..:' * ' 1
Qui vous porta vierge pjuôeljci . /!«»*•
Soient en fioz votas ffigfëiatfÇ' •■;•;'!
A jointes mains 'et grampl J ' V
De vostrc souffrance; piteuse^ ! • >'»;', '
Qui d'infernal m\\ d<*piteuso '» •'* '* »
Ou tout en tout noz deslivr&j v '
8. JEHAft»-. ' - *> i>; » l
Souvôrrfin&roysqui r«)us livras--; ' .'•',>
Clarté, et hotèuleahenébrpur .-.;' ni
Nous ostezot d'àp^dO)! lotir;, ■ •-> 'I i 'i
Soleil de fav -et de* frtmdmo . ;« > i'
Qui toute<K(ifpatii«6=bdVS!miso
Avez de inortdvitttpène';»' > »
Vrais fîlfc fruit pt fil/ db deVin,
Eternel roys puisssfntfet fin
Sanz commGfltjettiont & :%itot f fi» .,
Vostre sainte af|rmâck>n ' '- * « • ••
De joie et de'MtfeôcfoA - '•'-■'" '•*''-' • »'
Mçrciée et loée fcn doit ! i. '-; •' / :«»* ' i
Filz de Dieu* hotqs^e voiisrcstoit'i l i
La prophécie afiwflative;
Disant par raisoi* relative 1 io'îuii» i
Que iiue-viet^frmeporteroit « *■ » >"
»...
y
344 tA AÉSURBBOTION
* •
Qui le monde rachèterai t. .. «
Vrais Dieux, tant longuement méris
Qui lez humains avez guéris ) '
Et m'avez, quant bien m'y regarde,
Ce qu'en mon arche tins co garde,
De humaine généracion > .
Ceulx qui par préparacion
De pueple réformée, fu
Quant le déluge venus fu i : ! r
Qu'en la terre venir féistes . / •
Pour le deffault que en nous vastes*
De foy estre sa jus au monde. :, < ' 1
Le préciex sanc pur et monde
Que pour nous racheter rendiates ,
En moraiU quant la mort ret)diato&>
Et l'çure que vous aucitaaftes,
Quant en pitié nous, reganda&lcs,
Soit sauz inurmuration quecre
Graciée en ciel fX çii terre
Que tu Ta» fait de vray propos!
njfiti.
En gloire, en joie, en wpoe*
Vous metray cy, car achever
JMestoit mon fait et à provev
Là où je voudrây et devray,
Que surexit soie de vray
Le plus droit que je puis y vait.v .
S. JJBJUN. •
Or chantons lotu à uns *otz,
De cucr dev.ost, (juchant rassis %
» »
DE NOTnR SBtGtfEUïV. $fô
• i
m.
't'ii •.*'
i'ï
» n
.(
Hault : Gloria m excaelsis.
LE PttïWÎER DÉ^BtE ÈEÊGÏBirS.
Ha hay! compatrïà, ahaii, àhàn!
Bien nous metthéu buaà,' n:
Car Jhesu qui dé cy se : pârt ,v ' * ' '
A toutes âmes s'en part :
Qui n'en lèssé ne tarit hé qliârtt.
S'aperceù m'en féussëqûarît
Lez Juifz le crucifièrent,
Celles en qui plus se fièrent ;
En lui n'en îta résurrecciori *
Fussent ore à confusion
Et au néant mises du tout. •
PÉLIAS.
Comme félon rqys y es tout
L'a) fait, mez aucune dçffence .
Déussion contre son oiïençe
Avoir mise, ce fut raison.
Et a pelle de traïson.
Ce qu'enfer est v ut t trop me griève ,
Las! pour *nous est et fort et briève,
Ne amender ne le povorç.
R'alon-m'èn, touz dïz pleurçn
Nostre douleur et grant tri tresse.
Souffrir nous fault nostre destresse l " A '
En tourment dont le cuer mcfofttï"
R'alou-in'en en bisme profont
Et là serons louz diz en guerre.
3#5 hX OrfigORRUGTION -
m' » ♦
DÉLIA». » • x»- '
Je suis. ?pc#w^;agr:^mniî :<»!■»•'
NemeppYftiepJu&tarde^,,,,, ; v .i ]\\
Pour le droit ^ipfernsLg^ei:.^ :l . ..;•;
Or est vuidép rostre tp^ou v .• '; . p »
Harou, quel mortpl J,ra|sop t ! . , . /, /
Je voy le, mondp besto^nÊr ( i) /; t ,
Ne plus ne .sçay ,quel paj:t> \ pqrn^
Au monde n'a que desce^anfe, .j t , ., ■
Dieu va contre son orden^ncq v> ; ; ,
Son dit ne vault urçp e^cor<#, . ;
Quant nous a tolu par sa/fo^^ . ..., !
Le nostre pajr sa sentence, , ., u , j ;
Je ne sçay mie qu'il en pence :
Je ne m'en vueil plus entremcstre. .
A son chevet le puist-il mestre !
Venté est au siècle morte :
N'en puis mèz, ce me desconforte..
1 . ■• ;:,. - • '»it .1 '/
NOSTRE DAME.
Mez doulces suers, je vous supplié
Que vous me tiengniez conpaigniô,
Car aler vueil au monument
Où gist mort Jhesus mon enfant ,
(1) Bes tourner, tournera mal. On rencontre ce mot fréquem-
ment dans nos vieux poètes.' ftiitélJeWf dit dans sa complainte de
Sainte-Église ;....* , , •. •. ,,., . .. ,; . *
Covoi^e.guifeit.le&avpcas. mentir, . ,, ,
Et les droiz besiorner et les tprs consentir.
Le même trouvère a composé également une pièce ou' i\ a intitu-
lée : Renart le bes tourne'.
. i
DB' JtOTllB SEl-GNElJU. 347
Et est gardez par graut desroy "* J ! ••
De par lez malstres de la tcty'.
Mon cbier enfont que tant iiriioie,
Quant dedens mort corps vous portoic,
Jamezà nul jour né cùlda&e ;
Qu'en- crois jnorir vous regardasse.
Alas! dotante ehétivcï '
Je demeure biei) orpiietive *. ' • - 1 »
Jamez au cuer joie n*auray. • n -
s» JEHAN, «irvaugéltetc ' ' ' '
Compaignieje vous tend r^V, i{ ^ îo *
Ma très-chière dame réyal. 'i r 0/ .
Mon très-chier seigneur tojr.ll : v " :
Sanz doubte vops confortera :
Et joie touz jours vousdonrra.
En vostre ouer cçnfort tenez. - •'•'
N08TM DAMfe. ' ;
Pourquèy tant me oontretenez :' : *
Il est mez filz) je suis sa mèreç - •'• ' >
Pas ne ty dois estre àmère.
He! fauix Jutfa! vous le m'osez ;
3e te portay en mez cosWz — "• '•
.ix. moys, du lait de mefe matfieïlfes;
Je Palèstay comme poceltet-
Or me commence mar dotilour : ' l > ■ %
Ma joie tourne en trïtourv
Il fut nez en virginité _
, Sanz pechié de charnalitç;
: n Sa, char est de noble. nature,,
Car elle est de péchié pure.
* * * *
348 ' . LV RESURRECTION
J'an croy PatfchaagQ Gabriel » :
, Qu'il est vrais r€kîs cétotiei-
Et sy est vrais Die*j*aaz dotibtanoe.
Madame, j'aygrant. défaisante .
Que sy tr^Sndoulceatf ut pktoea :. . ■
De duel toute voMcQrçz*. , ' .
Quant de vostr^ d^uel méisouyiept
Par raison plprçf.jiitf £oftv*tiftfr .
Car je vous, voy m lermes fondre.
Lors ne vous pub,€ti riens rcapqndrtf :
Sy vous platst à vous dépolir ter,
Touz nop* pourriez réconforter
a
* Et en serions (restau*. pUis aise, .
S, ABRAN. ; ,J • ;
Dame, je vojus prie qu'il vourptatsa:!
A vous .1. pou réconforter.
Tant vous devez mien desportei; , \. >'j
Car bien vous dist que il -lAoroît.. 1 ■'•. ?
NOSTRÇ DAME.
Jehan, qui taire ce porcoit ? ;;
J'ay veu mon seigneur et m'amoutf
Morir vilainement à géant doulour.
Bien sçay qu'il est mort à graat tort
Et n'avoit pas desqrvi (i) mort : .
Sy veul au monument a 1er.
(1) Déservir , mériter. J'ai donné de ce mot une explication fau-
tive dans le Mystère de la Résurrection , que j'ai pubtfé en 1854.
(Paris, Téchener, in-8°.)
DE NOTRE SEIGNEUR/ 3^
t t JAOÔBte*. /.'s "il*. 1
Ne vous Yotillicz faaster (VtAev 1 ■
Car tant plus pcè* de lui sere&v \ .<;
Et plus voz deulengotaerez; , - ,. \\\
Pa r amour souffrez *ou* atan t • j . : « - / ■
NOSTRE DÀJHH.
Las ! mon enfant que j'amoie taeti 7 ~
Jamez ne me regarderez •:
Ne doulz regartnc nte/erea*
Vos yeulz vis troublez durement;
Or sont-il mors certaiaepicnt -
Et or ne parlerez- vous jamez: > -
En moy que resjouir jamez,
Perdu euslez toute couleur, •-" . ,>.-•
Quant vous v« pendu a dpuleur; ,*
Lors eustes rompu necfz et vairiez»;; > /
Je viz voz pluies de sanc plaines ; : > < •
Par tes mains vous vis estachié
Et à gros, clous bien afichié ; . • '
Oc plorer ne me puis tenir.
Quant il me convient souvenir
Que par yveret par estcj \ j .
En pénitence avez esté
Nus piez touz jours en coste tarira
He! Mpgdelaine, le cuer me se^na. .
Laver lez piez, seur, y alastcs;
Par grant amour lez eositiastes. : . . •
Or sont-il perctaf dtauttro en ioultie
A gros clous Ions comme .1. coûte*. ;:
Tout le sflnc m'es* .du eue* esté .
3$6 LA. néSUEBECTIOdr
t
Quant me souvient doson costé;
Or est naveay tant sdhz ihesure;: •»/ - /
'Doulz fib et doulce itOBf nturcj t . i
Bien sçay tu as> te citer! paru «,/ <.i : .| i.;
Tout oultre toiyouftrc sans morow. i; f i
Moult me promist Siméen
En ma purification »» i.î
Que moult tosl treepa&seroiti \j..
Le glave qui te persenoitj "; .\:.ji,!i './
Perce mon cuer, tiédis ftlz.Jhcsujii »-<, ,
Le glave de. ta: passion : * • . .'i :•• .- V »
Sy en suis toute lorsonoée» . .
Lessiez ester, : dâmc> honorée^ - • . $ : i
Que tel duéil penre oe çleve*.
Vostre filz suis,» bien le *arvra ;
Bien vous se ry ira y sanz doii/j Unes,
De voz dueilay grant desplaisaneë
Et en suis au cuer moult destraim..
4 >
'»
.t2l
<î
HOStaRqAME. ; : ..u .
De Gabriel forment me plainç ! : ■
Quant j'estoie jeune pucelte .
Et il m'aporta la nouvelle
De la «sainte iucarnacion , .
Me dist par salutacion '. r
A son événement : Ave y \-
Et tramua Evœan v*.;
Me? àé bien suis' interprétée)
En Eve suis toute muée., , i
Ave sanz dueilr et sanz doulour , .
:'', î
de/ wcrraji sejgue-ur. 3£i
i ; /
Sanz engoissfe jefi sanz.triùonir^
San7 f; misère, ctoâitoÊ^i jours cKlrelv ' *
Car ^*>e en joie doit 66tre^ w
Lasse! pourquoi uftv madéis* i:.:i
II appert bien qua terknao rféit^ \ iu; il
Car certes j'ay perdu ikâmui l 'iio ':. \ ,
Pour joie ay dueil retrouvé;
Touz jours pliàrérWéVorivendra
Quant de mon Jfitfc me souviendrai > . 4 1
Se f^irago m'eiisfceinômàiée'. S *>»ïî ■»
Tu ne m'éusscz Joaa «ùrmpjÇDniée ,i , !
Et moult l)pune. raison iy ai y ,.p> s > .
Que ie.Noto imqgoHmv.-.i >»;p ... ; •;.;-.
Mon scigqQUty utooifib* i&iin atiiy, ! . . /
S. JEHAN. ' .-..,.
'l'il'il * M'i t 1 • %«* , i I v
» . I' Il .«. - v> • • . / * I I • ' J • - » •
i «Il
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• i • •
fji • »
Chière damo^le x:uqr p»rtttiy
Me parti rie' Idigiraptdestnesseii:
Et douleur. qoiau.cuer ttw b\tëta
Que je vousîTHMp^cy tèn#. : ; '• -uni .\"."f
Sawihdôvez sani dforitir, • --> »•■■'
Quant Gabriel vous aminça v, i > ! ' ?
Levsalutet vo«8 pr onmrça : '*•- ^ -
Que saintement voas le cortt*Ju$t£& j > ' :
Qaant le saint Salut voua ftetjôitétep
Et puis par grâra l'enfant aètes;
De voz mamelleâ Palestastes.
Puisque de ce estes certaine
N'en rien», estes ay- g revéné, • •
Car je vous dix en vérité^ « «'■.*•>
* . t J ; • i *»
;. »
/
35^ LÀ RÉSURRECTION
Ainssy comme en virginité
Il vost êm vous vrais homme naisfre
Et avec vous en ce monde pstre;
Car ceate mort surmontera
Et toùz vik resustistera ■
Sans avoir point nulle diffaromc.
i>
NOSTRE DAME.
». » *
, ....
Par droite nature de famme
Je me clame de Gabriel ,
Du droit ange célestiel
Pour quoy nomma-il Marie*
Que puis que mon fil& port la Vie,
Nul, Marie y estotlle de mer,
Ne me doit par raison clamer ?
Estoille de mer clarté porte
Et grant lumière qui conforte - . >
Tout home eti grant péril de mer. ; '
Marie est amour aatuanoer; '
Mez nulle clarté je ne porte,,
Ma char est tou le es ta in te et mort»,
Mon bel en let, mon solas en douloui* ,
Ma vie en mort, mes .désirs en langour,
Et qui autrement veirit emeedre
Bien p*et par moo droit nom entendre
Marie sy çtf chose, amère -,
Où mon cqer est, c'est choaeclèreç
Car au cueriay.fced amertume
Que de douteau tout mon cuer ibme.
Lasse, comment durer pourray î
DE NOTRE SEIGNEUR. 353
SALOMÉE.
Doulce dame , je vous diray
Mon neveu dist, bien m'en souvient ,
Que l'Escripture acomplir convient!
Souveniez-vous de Gérémie :
Le saint prophète ne ment mié,
Car il a prové clèrement
Qu'un home sera vraiement
Qui toute langour portera
En son corps et tout sauvera .
Navré sera sy cruelment
Et démenez moult laidement
Et comme .1. aignel se taira,
Car de son gré occis sera.
Vostre fîlz a tout cecy fait :
Aprouvé est en luy de fait ,
Nous l'avons bien toutes véu.
ROSTRE DAME.
J'ay bien Gérémie créu ,
Mais menée suis par nature
Quant voy morte ma norriture,
Car mon filz est Enmanuel.
Encoir me plains de Gabriel
Qui dist quant il me salua
Que j'estoie gracia plena.
Comment suis-je de grâce plaine?
De douleur mon cuer est fontaine.
Se je feqsse de grâce plaine,
Telle douleur pas ne portasse ;
.Te feusse touzjours en léesse,
u. a3
354 LA RÉSURRECTION
Et je muer en très-grant tristesse
Pour l'amour de mon chier enfant.
jàcob"ée.
Trop vous desconfortez durement,
Doulce chière dame et amie.
N'avez-vous pas veu Ysaie
Qui de voz fîlz prophétiza
La mort telle qu'endurée l'a ?
Quar il dit au nom du prophète
Par qui grâce doit estre faite
A toute humaine ligniée ,
De Dieu leur seroit ensaigrtec
Et son corps habendonneroit ,
Ne jà nul mot n'en sonneroit
Au tirans qui le lapideroient ,
Jà tant batre ne le saroient.
Par vostre fîlz est cecy fait ;
Par mort confuz estre ly plait.
De grâce bien plaine serez
Quant vostre filz regarderez
De la mort résoudre en vie.
NOSTRE DAME.
Las! que voulez que je vous die?
Je sçay bien tout ce que me dictes
Et tout lez livres antiquités.
Gabriel me dist desraison
Qui me dist : Dominas te cum.
Mon filz m'a esté os té,
Je ly viz percier le coslé.
Se avec moy viz demorast
DE NOTRE SEIGNEUR. 355
Mon cuer de dueil plus ne plorast.
Or m'est osté, or l'ay perdu;
Las! sy ne m'est encoir rendu,
Que feray-je, lasse dolente?
SA LOMÉ E.
Madame, je croy en m'entente
Que le tesmoing de Ysaie
Qu'encoir serez toute esjoie.
Il nous desclère par son escript
En Jhésu est le Saint-Espérit ,
Car il a esté oint du cresme
Et sy a annuncié le baptesme.
Au monde a fait redempcion
Par sa mort et passion.
Ceulx qui plorent confortera ,
Lez gens foibles renfermera
Et ceulz qui gisent en la cendre
Fera cncoire coronne prendre,
Et sy donrra l'uille de joie
À ceulz qui pleur et dueil guerroie ;
Et le mentel de révérence,
Loenge, grâce et exellence
A touz ceulz leur donrra honour
Qui pour lui sont en grant tristour.
Geste escripture est pour vous faite
Selonc l'entente du prophète.
Ainssy geta-il sa sentence.
NOSTRE DAME.
Je met en Dieu mon espérance,
Mais j'ay au cuer moult grant douleur
23.
356 LA RÉSURRECTION
Que je tiens certes à grant laideur ,
Que Gabriel me dist trop plus :
Bene dicta tu in millier ibus;
Car se tant beneurée féusse
Mon enfant mort pas veu je n'eusse.
Plus que moy beneurez sont
Toutes fammes qui tel dueil n'ont.
Bon eur ne bonne aventure
N'est en perdre sa norriturc
Se je féusse bien eureuse ,
Pas ne fusse sy doulereuse ,
Mez mon cuer se muert en doulour.
MÀGDELÀINE.
Ma chiére dame, par amour
x Ne veulliez plus tel douleur faire,
Mez yeul liez-vous .r. pou retraire.
Quant vostre filz verrez en vie
De grâce serez toute remplie.
Quant il resuscita mon frère
Je delessay tout dueil à faire.
Par plus forte raison ferez,
Heur et grâce vous porterez
Et en serez toute esjoîe.
NOSTRE DAME.
Magdelaine, ma doulce amie,
Je suis de douleur toute plaine :
D'engoisse est mon cuer fontaine.
He ! Gabriel, quant tu me deis
BenedictusfrucUis ventris.
Hélas! hélas! pas ne penssoie
DE NOTRE SEIGNEUR. 357
Que de mon fruit eusse tel joie.
Hélas! sy hault le viz pendu
Et trestout son corps pourfendu!
Faulz Juii'z de mauvaise vie,
Je sçay bien que pécheur n'est mie ;
Pour ce me croist mon desconlbrt
Que vous Pavez occis à tort,
Et quant encoir plus à luy pensse
À Gabriel plus à lui tensse
Qui me dist que mon filz se roi t
Ou lieu David et régneroit
Roys d'Israël toute sa vie.
Sy regnast-il ne morust mie;
Sy comme roys vivant regnast ,
Tou? lez Juii'z bien gouvernas!,
Certez c'est bien chose seure.
s. JEHAN.
Madame, c'est vérité pure
Que vostre filz est vrais terrestre
Et qu'en ce monde roys doit estre ,
Ne lez Juifz autre roy n'ont,
Ne jamez après il n'aront.
Roys aura en plusieurs pais
Trestous à vostre (ïlz subgiz.
Seur culz mon seigneur régnera
A son plaisir et roys sera
Maugré eulz pardurablemcnt.
Ainssy pensa-il certainement
Le saint ange Gabriel
Ouant vous diss le saulut novel ;
358 LA RÉSURRECTION
Certainement bien le savez.
NOSTRE DAME.
Jehan, mon amy, bien dit avez.
Faulz Juifz plains d'iniquitez,
Couvers et plains de grant durtc ,
Vous estez bien durs ennemiz
Qui vostre roy avez occis.
Le cuer félon et dur avez,
Car touz ensamble bien savez
Que je suis fille de Joacbin
Et du lignaige Eliachin.
Je suis d'Abraham descendue
Et de l'arbre Jessé venue.
Or avez-vous mon filz pendu
Et en croix vilment estendu ,
Et sy ne fist oneques injure
Ou monde à nulle créature.
Or est occis par grant envie :
Vous m'avez faite grant vilenie ;
Jamais au cuer joie n'aura y
Quant à sa mort bien pensseray.
Lasse! chetive dolereuse,
Sur toutez tamme engoisseuse ,
Tout mon esperit sy s'amorlist.
Ma vie du cuer se mortist :
Assez tost seray toute morte.
s. JEHAN.
Madame , cilz qui touz réconforte ,
Vous veulle en pitié regarder.
Or vous vcullicz .1. pou retarder
de notre; seigneur. 359
Et penre en vous bon réconfort.
Riens ne vous vauit le desconfort,
Car mon seigneur vous aidera ,
Quant de mort resuscitera ,
Je le vous dy certainement.
6ALOMÉE.
Coruciez sommes durement
De vous, çbière dame honorée ,
Quant aiassy estez démenée;
Mais aidier ne vous povons,
Ne cQnfort donner ne savons..
Sy voulons de vous corigié prendre :
Aler nous fauit sanz plus atendre.
A l'espicîer isneliement
four acheter de l'oigne ment.
Sy en oindrons le vray corps.
Qui fut doulz et miséricors :
Or faisons tost sy nous hastons.
JACOBÉE.
Vous dictes bien ; pr y alons,
Mez doulces suers, je vous en prie,
Sanz il faire nulle des trie ,
Et de l'oignement achèterons.
Au monument le porterons :
Oindre le vueil de mez 41. mains.
MAGDELAINE.
Roys dez cielx, que mon cuer est plains
De tristesse en douleur conferte
Pour Jhesu le piteux prophète
Qui ou sépulcre gist et trapssis.
36o hk RÉSURRECTION
Et est mort en croix crucifis ,
Bras estenduz et flajellez,
De sanc vermeil taint de tout lez !
Piez, mains, viaire, costé et chief ,
Est tourmentez à tel meschief
Que son âpre tourment cruex
Pleur et cry, car de mez chevex
SoufFry qu'assuise h baudon
Cez piez quant il me fist pardon
De mez péchiez dont tant avoie.
Moult m'est tart que son saint corps voie
Sy vous prie, mez doulces suers,
Que nous ne lessions à nul fuers
Que tantost et ysnellement
Aillons querre de l'oignement
Et le vray Jhésus en oindrons.
SALOMÉE.
Gertez, bien faire le devons ,
Car quant de lui il me souvient
Ne sçay comment corps me sous tien t.
Bien nous doit le cuer fendre d'ire
Quant nous véons le grant martire
Qu'il a souffert sy doul cernent.
Or en alons hastivement :
Faire en devons nostre devoir.
JACOBÉE.
Pour lui devons bien paine prendre.
Magdelaine, alez devant,
Ne nous alons pas délaiant.
Cy voisent à Tespicier.
DE NOTRE SEIGNEUR. 36
MAGDELAINE.
Maistres, cilz qui touz biens envoie
Vous doint honour, santé et joye
Et vous sauve le corps et l'âme !
l'espicier.
Bien vîengniez-vous, ma doulce dame,
Et voz compaignie ensement !
MAGDELAINE.
Maistre, il nous fault de l'oignemenl.
.m. boistes nous en fault au pois.
Pour cbascune voie de nous trois,
Tout le meiilieur que vous aiez :
Vous en serez trop bien paiez.
Or lez pesez, je vous en prie.
l'espicier.
Trest volentiers sans faire estrie ;
Et puis après sy vous diray
Que jà de riens n'en mentiray
Combien elle pèseront ;
Puis vous diray que cousteront,
Et vous en feray léaulté.
' SALOMÉE.
Maistre, soit à voz volenté
Et très-bien vous voulons paier
Isnellement sanz délaier,
Que bien tost et ysnellement
Volons aler au monument :
Sy en oindrons le vray prophète.
l'espicier.
Dame, ce que dictes me hète
r
362 LA RÉSURRECTION
^■w — ■ i i^-i — ■ — rw r r— i * ' ri 1 ~n in i " — - ■ i i iji.ijp » „
Et certez tanlost vous diray,
Que plus d'arrest je n'y feray,
.xx. .l. poise l'oignement.
.xxx. d. vault loiaulment :
Certez de riens n'en vueil mentir.
jacobée.
Sire, soit à vostre plaisir.
Tenez véez cy vostre tnonoie ;
Le vray Jhésus vous envoit joie.
Congié voulons penre de vous ,
Et se n'i a nulle de nous
Qui voz plaisir ne vousist faire.
l'rspigibr.
Le grant Dieu vous vueille parfaire.
Cy s'en voisent au monument, et en alant die :
MAGDELAINE.
Doulce Marie Salomée ,
Marie Jacobée amée ,
Je vous diray sy com moy samble :
Alons-nous-en touz .ni. ensemble
Et faisons tost; sy nous ha s ton s.
Le vray Jhesus sy en oindrons
Pour son corps aromatisier.
Loer le doit-on et prisier,
Jhésus le bon prophète saint,
Qui dez tour m en s a souffers mains ,
Qu'antier ny remaint nerfz ne vaines!
Voz boistez sont d'oignement plaines :
De cucr dcvost bénigncmcnt
DE NOTRE SEIGNEUR. 363
Y alons, car moult dignement
Et saintement vivoit en terre.
salomée.
Moult désir d'i aler grant erre
J'avoie pour visiter
Et pour oindre, car acheter
N'alay oneques cest oignement
Pour nul autre besoignement.
Magdelaine , sy vous depry
Que nous y aillons sanz destry.
Marie Jacobée, amie,
De haster ne nous feignons mie
Hastivement tant qu'i soions.
JÀCOBÉE.
Bien est droit que nous doions
Haster d'y estre sanz délay ,
Car de bon cuer en pensser l'ay
Pour aromatizer de luy
Les plaies et le corps aussy
Qui tant de douleur a souffert
Par Juifz qui ly ont offert
Fiel et assil en croix pour boire.
Par regret de piteur mémoire
M'en souvient, dont souvent gémis
Et soupir, car Juifz Font mis
À mort et à tort sanz cause.
MAGDELAINE.
Envie qui accuse et cause
Maintes personnes, à tort,
Le leur a fait livrer à mort
364 LA RESURRECTION
En croiz tou nu san2 achoîson.
Hastons-nous tost, que c'est raison
Que nous appençons d'aprochier
Le saint monument à touchier.
L'ont fait lez mais tresde la loy ;
Ce devant vois, ne vous esnoy,
Car désir ay de le trouver,
Mez forment m'esmoy qui lever
Nous puist la pierre, n'entrouvrir
Le tumbel pour le descouvrir
Quant arrivées serons là :
Mer nous fault tout droit par là.
Cy voisent .1. tour et puis die devant le tumbel en regardant :
SALOMÉE.
Gloriex Diex, las! queferay?
Mez doulces seurs, je vous dira y
Je voy le tumbel descouvert.
Ne sçay qui l'a ainssy ouvert :
Le peut avoir desasamblé.
Regarder je me ,dout qu'emblc
N'ait esté le prophète en l'cnrc.
Trop avons faite longue demeure
Et atendu de cv venir.
m
JACOBÉE.
Moult me merveil qui cy venir
Y a osé quant my regarde.
Regardez comment on le garde
A gens d'armes tout environ.
DE NOTRE SEIGNEUR. 365
MAGDELA1NE.
Las ! ne sçay où le trou veron .
Cy chante le premier ange : A g nus redemit oves, et die tout le ver.
GABRIEL , premier angle.
Vous .m., farnmes, en voir vous dismes.
Le corps du juste crucefix,
Jbesus de Nazareth, Diex fix
Que vous quérez n'est pas ycy.
Partiz sanz est et surreccy :
Diex est vivans, jà n'en doubtez ;
En Galilée le quérez,
Car il va vers celles parties,
Et n'en veuillez estre esbaiez.
Véez-cy le lieu où il fut mis
Mortel, niez Diex et homme vis
Et vraiement s'en est alez.
MAGDELAINE.
Sains anges qui nous révélez
La résurrection, pour voire
Bien vous devons seurement croire
De cy glorieuse merveille.
Vostre clère cojeur vermeille
Nous donne cause d'espérer
Que cy estez pour révéler
La sainte résurrection.
Regardez l'abitacion
De ce sépulcre : voz .11. fammes
Le sau verres de toutes âmes :
De ce tumbel s'en est yssu.
366 LA RÉSURtlECTION
SALOMÉfi.
Sy baulte merveille ne fu
Oncques veue ne regardée,
Car la place est sy près gardée
De .m. chevaliers , ce m'est avis,
Que surrexis est ou ravis ;
Mèz je croy le suscitement
Trop miex que le ravissement,
Selon la parole de l'ange
Qui point ne mue ne ne change,
Ne n'a troublée sa coulour.
JACOBÉE.
J'ay espoir que toute doulour
Soit en ce mçnde humaine guérie,
Que le prophète filz Marie,
Jhésu qui est resuscitez
De mort, et bien nessecitez
Nous esloit, car ainssv avenist
Pour la prophécie entériner.
Or ne cessons de cheminer
Chascune de nous sanz arrester ,
Tant que sachions là où il est
Et là Tirons droit aourer.
RAPHAËL, seconcf ange.
Avenciez-voys de cheminer ;
Vers Galilée en alez droit.
Bien vous pourra d'aucun endroit
Venir à vous à l'audevant.
Àlez-vous-en touzjours avant,
Car vous avez commencié bien ;
DE NOTRE SEIGNEUR. 367
Ne vous doublez de nulle rien :
Je vous acertaine de voir,
Et sy le vous fais bien asavoir,
Que Jhésus est resuscitez.
MAGDELAINË.
Ha ! sire Diex de grant bontez ,
Veullez sy te plaist par ta grâce
Que tu nous donnes temps et espasse
De toy trouver, car grant désir
Avons nous m.; mèz où quérir
Ne savons, mèz tant te querrons
Se je puis que te trouverons.
Nous .m. famés partons de cy :
En nous alant chantons ainssy
De ce qu'ainssy resuscita :
En chantant :
Surrexit Christus spes nostra ;
Precedet voz in Galileam.
SALOMÉE.
Sepulcrum Christi vivent is,
Gloriam vidy resurgentis ,
JACOBÉE.
Angelicos testez ,
Sudarium et vestes.
Cy se destournent jusques lez chevaliers aient parlé.
PREMIER CHEVALIER.
J'ay oy ne sçay où sy près
Chanter je ne sçay quelle vois
En mon dorment ; pour ce je vois
368 LA RÉSURRECTION
Au monument de çest costé.
En regardant.
Ha hay ! qui puet avoir osté
Du monument et descouvert
Le couvescle et entrouvert?
Je doubt qu'emblez nous soit Jhésus.
A la mort, seigneurs, levez suz !
A la mort! Tuit sommes troublez :
En nous a ce prophète emblé.
Bien croy que s'ont fait sy traïstres
Truans dont il estoit menistres :
A lez, s'en est droit par de là.
LE SECOND CHEVALIER.
Or tost , alarme ! qu'est-ce là ?
Quel ha hay est-ce que vous faites?
Nous est emblez ce fault prophètes!
Lessiez-moy regarder le lieu.
Il est emblez, par le grant Dieu ;
Certainement enchentez sommes.
LE TIERS CHEVALIER.
Sanz doubte s'ont fait cez faulz homes
Qui l'ont tost adèz poursui.
Mal nous endormismes huy,
Paine et honte nous en vendra.
Au maistre de la loy faura
Que tantost leur aillons dire.
LE PREMIER.
Vous ne vous povez escondire
Que ce ne soit à vostre tort :
DE NOTRE SEIGNEUR. 36g
Vous vous endormistes sy fort
Touz .m, que point vous n'entendiez
N Au monument que vous gardiez ;
Je le voy bien, c'est chose apperte.
LE SECOND.
Plus de honte avez en la perte
Du prophète que nous grant some;
Car tant dormiez à forte somme
Qu'en vérité ce fut mal fait.
LE TIERS.
Tout .m. somes partant du fait :
Ce mal en vient, je n'en puis mez ;
Mez plus ne seray cy huy mez
Que ysnellement je ne m'en voise.
LE PREMIER.
Se vous faites plus plait ne noise
Au maistres et ne le celez ,
Traïstez serez apelez
A touz jours mez et à tous temps.
LE SECOND.
Certez jà pour vostre compens
Au maistres ne le seleray,
Mez vérité leur en diray
Que qu'il en doie avenir.
LE TIERS.
Du dire ne vous doit souvenir,
Car par le corps vous ferroie
Ceste espée se je véoie
Que mal ne péril en eusse.
h. 24
370 LA RÉSURRECTION
. , — ^ _
LE PREMIER.
Se je penssoie qu'accusé fusse,
Je yous occiroie touz .11.,
À qui qu'en deust estre li deulz ,
Ne le meschief , ne le courroux.
LE SECOND»
Ains qu'ocis aiez nulz de nous
Vous abatroie cy mort tout coy.
Se plus dites ne ce ne quoy.
Et sy arez ce cob premier,
En férant.
Et cest autre pour abessier
Vostre jeu et vostre bobance.
• LE TIERS.
Pas ne veul que face ventence
Que le premier content méu
Aiez sanz en avoir eu
Ta déserte selon le cas.
Or tien! or tien ! et ne di pas
Que l'en te cresme ne ne doubte.
M'espée ou corps ly metray toute
Puis qu'il a esmeu ceste festc ,
Ou je li pourfendray la teste
Ce m'espée ne ploie ou brise.
Or tien en despit de l'amprise
Que maintenant ycy fait as. .
LE PREMIER.
Fouir m'en fault plus que le pas
Ou tout maintendnt je suis mort.
DE NOTRE SEIGNEUR.
3 7 i
LE SECOND.
Suivons-le, (râpons à efort
En quelque lieu où il aille.
LE TIERS.
Je ferrav d'estoc et de taille
De mespée sur lui tous jours
Sanz y faire plus de séjour.
En frapant l'un sur l'antre et en enlz foiatit.
MAGDELAÏNE.
Mez suers, faisons nostre alée
Sanz plus faire de de m orée,
Et faire d'entre nous chascune
Tant cheminer par voie aucune
Aux plaisir du vray Dieu le père
Que le prophète nous apère.
Par cy m'en yray droite voie
En .1. jardin, c'on ne me voie
Plorer et regreter en plains
La douleur dont mon cuer est plains.
Quant ce prophète n'ay trouvé
Ou sépulcre où il fut posé,
Vraiement moult m'en est grief.
SAXOMÉE.
Magdelaine, le terme est brief
Qu'en Galilée le devons querre ;
Veulliez en voz pleurs Dieu requerre
Que trouver le vous doint par grâce.
Cy vous atendrons bonne espasse
Jusquezà tant que vous venrez.
34.
3*] 2 LA RÉSURRECTION
JACOnÉE.
Tout au plus tost que vous pourrez,
Magdelaine, venez à nous
Cy endroit; car estre sanz vous
Pour certain ne voulons mie.
MAGDELAINE.
Marie Jacobée, amie,
Ne vous esnoy de ma demeure :
Talant n'ay que sanz vous demeure.
Longuement, de voir, ce sachiez :
Cilz qui guérir puet tout péchiez
Ay sy au cuer par souvenance,
Qu'en pleurs convient ma contenance
Et en regrez qu'en aore, estre.
Ou jardin où a secret estre
M'en voiz plorer sanz plus attendre ,
En lui regretant de cuer tendre ,
Piteusement, sanz vanité.
Gy voise ou jardin plorer, puis die à genoux .
Hé! vrais Diex, qui d'umanité
Vous vestistes en corps de famme
Pour le monde oster de diffamme,
Dont en la croix fustes transsis
Sy vraiement que surreccis
Este, sy l'angle tesmoigne,
Par grâce, veuillez sanz esloigne
M'amènislrer réfeccion
De vostre résurreccion
Qui conforte et resjoisse ,
j
DE NOTRE SEIGNEUR. 373
Car rien nç véisse ne n'oisse.
Gy viegne Dieu à elle et entre l'arbre die
dieu.
Famme qui par cy vas, que quiers,
Nulle chose sy volentierç,
Ne pourquoy pleure ne lamentes ?
Soubz cest arbre cy te garnie n te :
Je ay bien ton pleur entendu.
Et tu voiz pour quoy pleure tu,
Et sy trez forment et gémiz ?
MAGDELAINE.
Sire, quar je n/e scay où mis
Est le corps de mon vray .seigneur
Qui pitié ot de moy greigneur.
Que déservy je ne i'avoie.
De pechié me véa la voie
Et deffendy que n'y rentrasse,
Et à ly quar me monstrasse
De sy prèz qu'à sez piez ploray,
Et de mez lermes l*essuay,
Et essuay de mez cheveux;
Sy te prie, sire, se tu veulz,
Se tû scez par nulle ensargnes
Là où il soit, sy le ni'ensaignes :
Certainement querre Tiray.
dieu ,
Famme, tout le voir t?en diray :
Raboni soiez et séure,
C'est-à-dire que je t*aseure
Le mestre suis qui agere
374 Lk RÉSURRECTION
Puis tost ; noljr me tangere,
Jusqucs à mon père esté aie ;
Mez point ne pleure ne t'esmoie,
Et vas à mez frères nuncier
Et à chascun qu'en ce vergier
Me suis devant toy aparu.
Au monument a bien paru
Que surrexit soie et levé,
Quant tu ne m'y as pas trouvé :
Tout maintenant ainssy m'en vois.
MÀGDEIAINE.
Jhésus, vrais filz de Dieu, g'i vois
A chascun nuncier lez recors
Que touz viz est d'âme et de corpa,
Car c'est chose créable et ferme.
€y voise à sez conpaignes et leur die :
Fammes, je vous diz et afermc
Le vray prophète crucifix
Est tout vivant et surrexis ;
Aparu c'est en ceçt jardin
A moy qui trouva sulz .1. pin
Pour Iuy plorant, et sy m'a dit
Que je voise sanz contredit
Anuncer sa résurrecckm
Par certaine afirmacion :
Jtî le vous diz en vérité.
SÀLOMÉE.
Lasse moy ! que j'ay de pitié .
De ce qu'avec vous n'alasmes
Ou jardin quant cy demorçpmes,!
DE NOTRE SEIGNEUR. 375
Sy l'eussions veu nous .11. aussy.
Jacobée partons de cy ;
Sans nul delà y, sy le quérons
Et faisons que le trouverons :
Je vous dy que nous ferons sanz.
JACOBÉE.
Magdelaine, qui lez a sanz,
Savez là où à vous parla :
Se vous penssez où il ala ,
Mains jointes, de cuer vous en pry,
Que nous y menez sans destry;
Appertement sy le verrons.
MAGDELAINE.
Suivez-moy, et tant le querrons
Que trouvé Tarons sy iy plaist.
Cy voisent entour le champ, et quant ilz seront de coçté le pin, die
MAGDELAINE.
Véez cy le pin, mez point n'y est ;
Je croy qu'à son père alez soit :
Bien l'entendi qui le disoit
Quant me dist qu'à luy n 'abouchasse.
Je m'en tins que ne l'aprochasse
Sy tost qu'il m'en ot fait deffence ;
Mèz je croy bien que sanz offençe
Le povons quérir loing ejt prèz,
Sanz mesprendre, tant que plus prèz
Tant cheminer qu'à lui soiorjs.
SALOMÉE.
Du désir ay que le véons
Suis moult esprise.
376 LA RÉSURRECTION
JÀCOBÉE.
De querre avons fait emprise;
Sy vous prie n'arrestons pas.
DIEU.
Cez .m. famés pas tout de ce pas
Àlez ensamble moy quérant :
D'elles me vueil faire apparant ;
Vers moy ont cùer piteus et doulz.
Cy voise à eulxet die :
Vous .111. famés, que quérez vous?
Dictez le moy ; suis-je celui ?
MAGDELAINE.
Joignons lez mains toutes à lui,
Que c'est celui certainement
Qui paHa à moi doulcement.
Saluer le vueil la première.
À genous :
MAGDELAINE.
Filz de Dieu et vraie lumière,
Loée soit ta sainte gloire!
Tu ez celui qui sanz recoire
Et nuit et jour partout quérbns.
SALOMÉE.
Roys Jhésus, nous te requérons
Pardon et grâce et mercy
Quant à noua t'es aparuz cyi
Ta resurreccion très sainte
Fait bien à exaucier sanz fainte.
Loée soit et aourée
Ta puissance bien éurce ,
DE NOTRE SEIGNEUR. 3^
Sanz point de définement !
JACOBÉE.
Vrais pères, qui divinement ,
As la prophécie acompiie,
Jointes mains, de cuer te supplie,
Sy voir com je te croy Diex estre ,
Que pour nous sauver daignas estre,
Que tu nous veulles pardonner
Nos péchiez et mercy donner,
Car je voy bien que tu ez cilz
Qui après mort est surrexis
Et joie as au monde aportéc.
De ta grâce reconfortée ,
Je te prie or nous reconforte.
DIEU.
Famé, jà ne te desconforte,
Car je vous doins à toutes .m.
Pardon et veul de niez ottrois
Que de moy soiez absolues,
Et de mez grâces estandues
Soient en voz cuers fermement.
Or alez par afermement
Révéler de cuer provéu
Partout, quarvous m'avez véu.
Ce de mez apostres trouvez,
Séurement lez aprouvez
Qu'en Galilée orront nouvelles
De moy qui moult leur seront belles,
Et je vous doint ma benéiçon
Et sy voiz hors de soppeçon :
3^8 LA RÉSURRECTION
Oster Pierre qui pour moy pleure
En une fosse où H demeure ;
Mais ma mère conforteray
Ainçois et revisiteray
En peussée et en espérance.
Plus ne feray cy demorance :
Partez vous en que je m'en part
Et m'en vois tout droit celle part '
Là où conté et dit vous ay.
1VUGDELAINE.
Sire, jamez ne cesseray
De vostre nom certefier,
Exaucier, glorifier,
Certainement tant com pourra y.
SALOMÉE.
Tout ainssy faire le vouray
De cuer, de voiz et d'espérance
Et garie m'as mon espérance,
Et mise hors de.grant des tresse.
JACOBJ2E.
Sa poissance, saintisme haultesse,
Exauceray de cuer dévost
Et ce qu'a nous mpnstrer ce vost
Et pardon de noz péchiez faire;
Car en plus gloriex afaire
Pour vérité a 1er ne puis.
MAGDELEINE.
Toutes .m. sanz faindre depuis
Qu'il le nous a ainssy chargié
Yrons, quant c'est par son coj?gié ,
DE NOTRE SEIGNEUR. SjC)
Sa résurrection anonssant
En général et exaussant;
Et vous prie que pour Texellance
De sa loenge , sanz cillance ,
Nous esmovons sanz tarder plus,
Chantant : « Te Deum laudamus. »
explicit, expuxtt.
AMEN!
amen!
NOTES
Page 14, vers 17, 18 et 19 :
Hélie 1 sus l'auctorité
Devons entendre Sébile
Qui fut royne moult nobile.
Les prophéties de la royne Sy bille ou Sébille, ou simplement des
Sibilles, furent célèbres au moyen-âge. On les trouve en prose et
en poésie latine , en prose et en poésie française , dans un assez
grand nombre de manuscrits. Elles étaient autrefois chantées à
Noël dans les églises, et le concile de Narbonne fût obligé de
les proscrire par un article formel. Malgré son arrêt , il continua
cependant à être question des Sybilles à la messe des morts, dans la
prose du Vies irœ, au troisième vers qui était ainsi conçu :
Teste David cum Sybillâ.
Aujourd'hui on Ta remplacé par ces mots :
Crucis expandens vexilla.
Les Sybilles n'appartiennent donc plus dorénavant qu'au domaine
382 NOTES.
légendaire. M. de la Rue attribue à Guillaume Hermann , trouvère
du xn« siècle , un roman des Sybilles , déplus de 2000 vers, en vers
anglo-normands, lequel commencerait ainsi :
Il furent dis Sibiles,
Gentils dames nobiles,
Ki orent en leur vie
Esprit de prophécie, etc.
(Voyez p. 280 et suivantes : Essais historiques sur les bardes,
les jongleurs et les trouvères Anglo-Normands. )
La Bibliothèque du roi contient, dans le Mst. 7656, Mst. qui re-
monte au xiv e siècle , après le Trésor de Brunetto Latini, des Ora-
cles sybiliins. Elle renferme également, dans le Mst. coté 6987
(xm e siècle), après une Apocalypse, un traité des dix Sybilles, et
en particulier de la dixième appelée Tiburnica , en latin Alburnea 9
fille de Cassandre de Troie , laquelle prédit de Jésus-Christ U du
royaume d^g deux. Le traité commence ainsi : « Les Sébiles géné-
raument sont appelées les famés « prophétianes, etc.»
Enfin, le Mst. 8649, ancien n° 1410 (Bibl. roy.) , Mst. de format
in-4°, en papier et avec miniatures , nous offre les Prophéties des
Sybilles, sous forme de mystère ou de moralité ; cette œuvre cu-
rieuse est dédiée à la duchesse Louise de Savoie , mère de Fran-
çois I er . On trouve encore, quelques détails sur les Sybilles à la page
158 du Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Rennes, pu-
blié récemment par M. Dominique Mallet, bibliothécaire de la ville
de Rennes. Ce M r me fait l'honneur, à la page 118 de son livre, de
critiquer assez vertement l'édition que j'ai donnée de la légende de
S. Brandaines. Il aurait peut-être été plus à propos de m'en re-
mercier, car il est probable que, sans ma publication , M. Mallet
n'eût point songé à parler, dans la sienpe, de cette légende, qui était
tout-à-fait inédite avant que je l'eusse imprimée propriis impensis et
curis. M. Mallet eût dû remarquer ensuite que ses reproches tom-
bent à faux pour la plupart, car en donnant une édition entièrement
conforme, mime dans ses fautes , au manuscrit de Paris le plus
ancien dé ceux qui contiennent la légende de S. Brandaines, je n'ai
pas eu le moins du k monde la prétention de reproduire le texte
NOTES. 383
qui appartient à la bibliothèque de Rennes, et qui n*était pro-
bablement connu que de son conservateur. Du reste, les critiques
beaucoup trop affirmatives de M. Mallet ne m'empêcheront pas de
reconnaître qu'il y a dans son livre de fort bonnes choses, et de le
remercier , au nom des bibliophiles qui ne devraient pas s'entre-
manger, d'avoir , le premier, publié le catalogue des manuscrits
qu'il était chargé de garder , et dont probablement avant lui l'on
pouvait dire :
Sacrés ils sont, car personne n'y touche.
Page 36, vers 4 et 5 :
De moi se devraient bien moquier
Et moi appeler Dam Richier.
Dam Richier (domînus, domnus Richier, d'où le Don des Espa-
gnols), est un personnage qui figure dans les romans du cycle car-
lovingien. On lit dans celui d'Auberi-le-Bourguignon^(Mst. 7227 ,
bib. roy., f. 74):
Or chanterai pour voz esbanoier :
Je sai de geste les chansons commencier
Que nus jonglères ne m'en puet engingnier.
Je sai assez dou bon roi Cloevier
De Floevent et dou vassal Richier !
Page 45, vers 19 :
C'est Bélias qui parle :
Ils sont ore bien atrapez
Geulz que tenons en noz prisons ;
De crapaux avons venoisons ,
Rost de serpens et de couleuvres :
On lez sert touz selonc leurs ouvres ;
Puis entremetz d'escorpions, etc.
Nos ayeux aimaient à l'excès ces descriptions fantastiques de l'En-
fer. On les rencontre à chaque instant dans leurs Mystères et leurs
poèmes. Elles prouvent que la fabulation réalisée par Dante était, à
384 ' NOTES.
son époque, plus commune qu'on le suppose. Quelquefois aussi elles
fournissaient un texte à des satires assez originales et assez spiri-
tuelles, témoin, par exemple, celle qui suit, de Raoul de Houdaing,
satire qui est intitulée le Songe d Enfer. Cette pièce se trouve
dans le Mst. 7218, fol. 85 (Bib. royale), d'après lequel je la donne;
toutefois, je l'ai revue sur la leçon du Mst. 7615, fol; cxvi.
LE SONGE D'ENFER.
En songes doit fables avoir,
Se songes puet devenir voir;
Dont sai-je bien que il m'avint
Qu'en sonjant .i. songe, me vint
Talent que pèlerins seroie.
Je m'atornai et pris ma voie
Tout droit vers la cité d'Enfer.
Errai tant quaresme et yver
Qu'a droite eure i fui venuz,
Mes de ceus que g'i ai connu*
Ne vous ferai ci nul aconte
Devant que j'aie rendu conte
De ce qu'il m'avint en la voie.
Plesant chemin et bêle voie
Truèvent cil qui enfer vont querre.
Quant je me parti de ma terre,
Porce que li contes n'anuit,
Je m'en ving la première nuit
A Covoitise la cité.
En terre de Desleauté
Est la cité que je vous di.
Ge i ving par .i. mercredi;
Si me herbregai chiés Envie.
Plesant ostel et bêle vie ,
Eûmes, et sachiez sans guile,
Que c'est la dame de la vile.
Envie bien me herberja ;
. En l'ostel avoec nous menja
Tricherie, la suer Rapine ,
NOTES. 385
«V-
■*
*î
Et Avarisoe, sa cousine,
Yint avoec li, si comme moi samble.
Por moi véoir toutes ensamble
Et vindrent et grant joie firent
De ce qu'en lor pais me virent.
Tantost, sanz contremander,
Vint Avarisce demander
Que je novèles li déisse
Des avers , et li apréisse
Lor fez et lor contenemenz.
Si com chascuns de ses parenz
Se demaine ma demandé ;
Et je ly ai tantost conté
.1. conte qu'ele tint à buen,
Quar je li contai que li suen
Avoient du pais cbacié
Larguèce, et tant s'est porcbacié
Sa gent, que Larguèce n'avoit
Tor ne recet, ne ne savoit
Quel part ele puet durer ;
Ne le pot mes plus endurer
Larguèce, ainz est en si mal point,
Que cbiés les riches n'en a point.
Ce li contai : grant joie en ot,
Et Tricherie a .1. seul mot
Me redemanda esraument
Que je li déisse comment
Li tricbeor se maintenoient
Icil qui à li se tenoient,
Se le voir li savoie espondre, '
Et je que tost si voil r espondre.
Li dis de son voloir .1. pou,
Que Tricherie ert en Poitou
Justice dame et vis confesse,
Et a por prendre sa promesse,
En Poitou, si com nous dison,
Ferme cbastel de trahison,
II.
25
386 NOTES.
Trop haut le plus divers (1) du monde
Dont Poitou siet à la roonde ,
Toz enclos et çainspar grant force.
Tricherie qui s'en efforce
L'a si garni de fausseté,
Qu'en aus n'a foi ne léauté.
Ce respondi-je Tricherie ,
Mes quique tiegne à vilonie ,
Je dis tout voir, n'en doutez rien ,
Quar des Poitevins sai-je bien
Geus qui connoissent leur couvine,
Que de leur roiaume est roïne ,
Tricherie, si com moi samble ,
Qu'entre els et li trestout ensamble
Sont de conseil à parlement.
Adont s'en rist mult durement
Tricherie et grant joie en fist ,
Et puis tout en riant me dist':
« J'ai toz les Poitevins norris :
« Se il s'acordent à mes dis,
« Biaus amis, n'est mie merveille.»
A tant départi nostre veille
Ghascun à son ostel ala ,
Et je qui toz sens remez là
Avoec m'ostesse jusqu'au j or,
Et lendemain sanz nul séjor
Levai matin et pris congié,
Et me mis au chemin com gié
Estoie fez le jor de devant.
Hors de la cité là avant
Tornai à senestre partie,
Tant que je ving à Foi-Mentie ,
La corte, la mal compassée,
Qui en poi d'eure est trespassée.
N'i a c'un petitet de voie
(1) Mst. 7615 : le plus plesant.
NOTES. 387
De ce que dire vous dévoie.
£1 prunier chief , non pas en coste ;
Trouvai Tolir (1) .1. divers oste.
De mentir ot le maistire :
De Foi-M entie est mestre et sire.
Cortois estoit et debonère ;
Durement me plot son afère.
O lui me retint au disner :
Après sans longues demorer,
Vint mes ostes a moi enquerre,
Comment Tolirs en ceste terre,
Uns siens nlleus se maintenoit,
Et comment il se contenoit
Contre Doner ;• itant m'enquist
Et de ce que il me requist
Respondi voir, quar je li dis
Que Doners ert las et mendis ,
Povres et nus et en destrece
Qui sol oit avoir l'ainsnéece.
Or est mainsnez, or est du mains :
Doners n'ose monstrer ses mains ,
Doners languist, ce est la somme.
James Doners chiés nul haut homme
Ne fera .11. biaus cops ensamble.
A -hautes cors de Doner samble
Que il n'ait mie le cuer sain,
Qu'en son sain tient adès sa main,
Lais chétis haïs et blasméz.
Tolirs est biaus et renommez ;
N'est pas chétis ne recréus,
Ainz est et granz et parcréus.
De cuer, de cors, de bras, de mains
Est granz assez: Doners est nains (2).
Quant mes ostes ceste novele
Oï, mult par le tint à bêle,
(1) Enlever, de tôlier e. L'auteur en fait un personnage allégorique.
(2) Mst. 7615; Var. : Donner n'ose montrer ses mains.
25.
388 NOTES.
Et mult li plot, dont m'enparti.
D'aler. mon chemin m'aati
Où je vous dis qu'aler dévoie.
Por eschacier la maie voie,
M'en issi par une posterne ;
Droitement à Vile-Taverne
M'en commençai à ampasser ;
Mes ainçois me covint passer
.1. flun où mains vilains se nie,
Que l'en apele Gloutonie.
Uu.ec ving, outre m'en passai;
Mes tant est viex, de voir le sai ,
Qu'aine mes si vil passé n'a voie.
Si qu'en Vile-Taverne entroie ,
Trovai de mult plesant manière
Roberie ( 1 ) la tavernière ,
Qui me herbrega volentiers :
La nuit fu mes osteus entiers.
De jouer oï mult bel atret ;
Hasart et Mescont et Mestret
Furent la nuit à mon ostel.
Qu'en diroie ? Je Foi itel
C'on ne le pot plus plesant fère.
Mult m'enquistrent de mon afère,
Li compaignon qui léenz èrent ;
Tuit ensamble me demandèrent
Mestrais (2), Mescontes et Hasars ,
Que lor déisse isnelle pas (sic)
Noveles qu'à Chartres fesoient
Dui lor ami qu'il mult amoient ,
Charles et Mainsens, de la loge (3)
(1) Le vol, de rober, dérober. C'est un trait de satire contre les
hôteliers.
(2) Mst. 7615; Var. : Mesdiz*
(3) Le Mst. 7615 supprime les deux noms propres et donne la le-
çon suivante :
Car les mesdisans de la loge,
Où Papelardie se loge,
De ces ji. m'enquistrent les faiz.
NOTES. 389.
Où Papelardie se loge.
De ces .11. m'enquistrent les fez.,
Et je respondi sanz meffez :
« D vous aiment mult durement.
« Si vous dirai rezon comment :
« Sovent lor fêtes gaaignier;
« Si vous vuelent acompaignier
« A eus tout par droit héritage.»
Et il me tindrent mult à sage;
Por ce que le voir lor en dis,
Qu'en cest mont n'a pas de gent .x.
Qui d'els la vérité retret,
Miex aiment Mescont et Mestret
Que fet cil Charles et Main sens (1) :
Il les atraient en toz sens.
Et li tavernier de Paris ,
Cil ne les servent mie enuis ,
Ainz vous di, foi que doi S. Pière ,
Que il aiment de grant manière
Mestrait et Mescont et Hasarts
Qu'à lor gaaing ont sovent part.
Gautiers Moriaus, n'en do ut deviens,
Jehans Boçus et artisiens,
Hermers (2), Guiars li fardoilliez,
Qui maint briçons ont despoilliez ,
IN'auroie ouan tout aconté
Ce conte Mestret et Mesconte.
Ce dis; lor vi venir Hasart
Qui me demanda d'autre part,
Noveles de Michiel de Treilles.
Après me raconta merveilles
De dant Sauvage et de sa gent,
Comme il fesoient sanz argent
Estre sovent Girart de Troies;
(1) Mst. 76 1 5 ; Yar. : Que fait cil que les mesdisans.
d) lbid.; Var.: Hémars.
3go NOTES.
Et je lor dis que toutesvoies
Estoit Girars en lor merci.
Il ne se muet oncques de ci,
Mes adèsavoec aus se j orne.
Sovent le voi penssui et morne ;
Chascuns î prent, chascuns le plume:
C'est lor béance (1) et lor coustume.
Ce lor dis-je tant seulement,
Et Hasars qui bien sot comment
Si desciple le sèvent fère,
Fu liez et esbaudi Pafère,
Et tuit etjtuit firent joie.
Ne cuit que jamès si grant voie,
Quar oncques mes tèle n'avint,
Avoec cèle grant joie vint
Yvrèce la mère Versez,
Et ses' nlz o li lès alez.
Versez est granz et parcréuz,
Et mult est amez et créuz
En son pais et en sa terre,
Et dist qu'il est nez d'Engleterre.
Cousin se fet Gautiers-l'Enfant :
En nule terre n'a enfant,
Je croi, qui si bien le resamble*
U puéent bien aler ensatnble ; ,
Andui sont si grant et si fort,
Que nus n'auroit vers aus esfort,
Ne nus vers aus ne s'apareille.
Versez est si fors à merveille ,
Et si membruz et si divers
Qu'il gète les plus granz envers.
Par moi le sai, oiez comment :
Il avint trestout esraument
Que Versez vint léenz à cort.
Tout pié estant me tint si cort,
(1) Mst. 7615 ; Var. : Balance.
NOTES. 391
Qu'il me covint à lui jouer.
Onques ne m'en poi eschiver,
Quar deffendre ne m'en séusse,
Mes tout aussi com je fusse
A Guinelant et à Vuitier,
M'estut escremir et luitier
A lui par le conseil mon oste.
Yvrece qui son mantel oste,
Par grant joie et par grant solas
Nous aporta .11. talevas (1),
Comme à tel guerre convenoit;
Et chascuns en sa main tenoit
Par grant ire et par grant effort,
Baston de cler aucoirre fort.
Si vous di que chascun avoit
D'armes qu'anqu'il l'i covenoit.
Je li vois et il me revient,
Et je le sache et il me tient,
Et je sus hauce et il retrait.
Je li retrai d'un autre trait,
Et il esrant à trait me vient ,
Et si très durement me tient
Que je ne li puis eschaper.
Si durement me seut taper
Et si fort, ne 1' m'escréez mie,
Qu'aus colées de l'escremie
Me fist si chanceler à destre
Qu'à poi ne chéi à senestre.
Et lues que remest celé chaude ;
Por tenir la bataille chaude,
Yersez reliève, si m'assaut.
(1) Le talevas, ou tavelas, ainsi qu'on lit au mst. 7615, était une
espèce de bouclier, de targe courbée des deux côtés et formant une
e spèce de toit. On lit dans le Tornoiement de VAnte-crist :
Li escu
Qui resembloit un talevas.
3g2 NOTES.
Je li resail, il me resaut,
Et je tresgète et il sormonte.
Si me fiert que el chief me monte
Où l'estordre m'ert montée.
Ce fu li cops de sor montée,
Quar il me monte en la teste,
Et cil qui trestoz les enteste
Me prent aus braz et si me torne,
Et en cel tor si mal m' atome
Que il m'abat encontre terre
A .1. des jambes d'Engleterre,
Si que ne V porent esgarder
Cil qui le champ durent garder.
A toz fui moustrez esraument
Et iluec sus le pavement
Fusse remez à grant mescbief ;
Mes Yvrèce me tint le cbief
Par compaignie en son devant (1).
A cbief de pose vint avant
Yersez et dist, isnelle pas :
« Compains, ne vous merveilliez pas ;
« Maint se sont à moi combatu
« Qui au luitier sont abatu
« Et au combatre en la taverne ;
« Neis Guilliaume de Salerne
« C'on tient à preu et à bardi
« Ai batu, bien le vous di,
« Jambes levées à .1. tor.»
De plusors autres ci entor
Se vanta qu'abatuz avoit,
De teus que se on le savoit
Dont mult se riroient la gent ;
Mes ne seroit ne bel ne gent
Que toz recordaisse ses dis ;
Je remez qui fui estordis.
(1) "Ce vers et les dix-sept suivants sont sautés au Mst. 761 6.
NOTÇS. 393
Il s'en ala; mes aine Yvrèce
For angoisse ne por destrèce
Ne me volt celé nuit lessier,
Ne je ne li voil relessier
D'obéir à sa volenté.
Quant j'oi léenz grant pièce esté,
Com cil qui bleciez me sentoie,
Yvrèce, en qui conseil j'estoie,
Me prist et si me convoia.
Hors du chastel bien m'avoia,
Et toute i mist s'entencion ;
Par devant Fornication
Me mena droit en .1. chastel
Qu'on appelé Chastiau-Bordel,
Où maint autre sont herbregié.
O Honte la fille a pechié
Me vint véoir ft grant déduit,
Larrecins, li filz Mienuit
Qui reperoit en la meson.
Celé nuit me mist à reson
Larrecins, et m'enquist comment
Li desciple de son couvent
Le fesoient en cest païs.
Tantost li respondi et dis
Sanz atargier et sanz faintise ,
Que li Rois en fet tel justice
Et qu'il les maine si apoint
Que larron sont en mauves point (1).
Celi dis, et bien le savoie;
Et lors si demandai la voie
A enfer la grant forlerece.
Entre Larrecins et Yvrèce
Mult volentiers m'ont convoie,
A lor pooir m'ont avoié
(1) N'est-ce pas ici, en quelque sorte, pour la flatterie comme pour
le sens même de l'expression, le fameux vers de Molière :
Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude.
3p4 NOTES.
Et dient : « Plus n'i atendras ;
« Par devant Cruauté tendras
« Droit à Cope-Gorge ta voie ,
« Et d'ilueques, si te ravoie
« Avant et saches sanz abet.
« S'a Murtre-Vile le gibet,
« Pues venir, bien auras erré (1).
« James le grant chemin ferré
« Jusqu'en enfer ne lesseras ;
« Mes si droit avant t'en iras
« Que mes venras en enfer droit.»
Mult me conseillièrent à droit
Yvrèce et Larrecins ensamble :
A tant li parlemens dessamble.
Je m'en alaij ma voie pris.
Au chemin qu'il m'orent apris
Me ting et alai toutes voies.
Les liucs, les viles, les voies,
Ne vous auroie hui acontées ;
Mes tant trespassai de contrées
Que je ving à Désespérance
Où la greignor joie de France
Oï; ne cuit mes si grant oie,
Quar Désespérance est monjoie
D'enfer j por ce est à droit dite
Que d'iluec jusqu'à Mort-Soubite
N'a c'une liue de travers.
Jouste Mort-Soubite est enfers :
N'i a c'un soufle à trespasser,
Qe celé monjoie passer
Penssai, et tant qu'en enfer ving,
De tant à bien venu me ting
Que quant g'i ving que il metoient
Les tables, mult s'entremetoient
De 1' mengier léenz atorner.
Onques portiers por retorner
( 1 ) Ce vers et les dix-neuf suivants manquent au Mst. 7615.
NOTES.
3 9 5
Ne me prist, et itant vous di
C'une coustume en enfer vi
Que je ne ting mîe à poverte,
Qu'il menjaent à porte ouverte.
Quiconques veut en enfer vait :
Nus en nul tenz léenz ne trait
Que jà porte li soit fermée.
Iceste coustume est faussée :
En France, chascuns clôt sa porte :
Nus n'entre léenz s'il n'aporte,
Ce véons-nous, tout en apert ;
Mes en enfer à huis ouvert
Menj uent cil qui léenz sont.
De la coustume que il ont,
Me lo; en enfer ving tout droit :
Onques mes si grant joie à droit
Ne f u fête comme il me firent,
Quar de si loing que il me virent
Ghascuns por moi véoir acort.
Gel jor tint li Rois d'enfer cort
Plus grant que je ne vous sai dire.
Gel jor furent à grant concire
luit cil qui de l' Roi d'enfer tindrent.
Li mestre principal i vindrent,
Cil qui sont de plus grant renon.
Quant ils passèrent à Vernon
Bien parut a lor chevauchie,
Quar dusqu'au chief de la chaucie
Péri toute l'église aval ;
Mes s'il estoient à cheval,
Ce ne fet pas à demander.
Li rois qui les ot fet mander
Les fist entor luinsséir,
Por ce qu'il les voloit véir.
Je m'en montai isnèlèmeat
Sus el palais fet à ciment.
Adonc fui-je bien saluez
De clers, d'évesques et d'abez.
Pylates dist et Belzébus :
3g6 notes.
« Raoul (1), bien soies-tu venuz !
« Dont viens-tu? — Je vieng de Sassoigne,
« Et de Champaingne et de Bourgoingne,
« De Lombardie et d'Engleterre :
« Bien ai cercbié toute terre.
« — Tu es bien a eure venuz ;
« Mes jà n'i fusses atenduz
« S'uns petit fusses atargiez,
« Quar aprestez est li mengiers.»
Ainsi dist à moi Belzébus ;
Mes ains mengiers ne fu véus
Si ricbes qui léenz estoit
Appareilliez, c'on ne pooit
Teus viandes trover el monde
Tant comme il dure a la roonde.
Je en fui mult joianz et liez ;
■ Et tout esrant li panetiers»
Sanz demorance et sanz atente- (2),
Ne cuidiez pas que je vous mente,
Napes qui sont faites de piaus
De ces useriers desloiaus
A estendues sus les dois.
A tant s'assist li mestres Rois,
, Et li autre communaument,
Gom se il fussent d'un couvent.
Mon siège fu aine, ni ot autre,
Dui popélican l'un sor l'autre.
Ma table fu d'un toisserant,
Et li séneschaus tout ayant
Me mist une nape en la main
De 1' cuir d'une vieille putain,
Et je l'estendi devant moi.
A une toise sis de 1' Roi ,
A .i. petit près, non pas en coste;
Celé nuit oï-je nuit bon oste
Et en mult grant cbierté me tint.
(t) Nom du trouvère.
(2) Ce vers et le suivant sont sautés au Mst. 7615.
NOTES. 3g7
Au premier mes ainsi avint :
à
Nous aporta l'en devant nous
.1. mes qui fu granz et estous,
Champions vaincus à Faillie.
Chascuns grant pièce mal faillie
En ot; bien en furent peu.
Après 4 champions ont eu
Useriers cras à desmesure,
Qui bien avoient lor droiture.
Cuit estoient et s'èrent tel,
Qu'il estoient d'autrui chatel
Lardé si cras desus la coste ,
Devant et derrière et encoste,
Ot chacun .11. doie de lart.
Jà n'ert si cras c'on ne le lart,
En enfer, tout communaument;
Mes cil d'enfer enz el couvent, *
ltant vous di bien sanz faintie,
Qu'il ne V tienent mie à daintie
Tel mes selonc ce que je vi ;
Quar il sont d'useriers servi
Toz tens et esté et yver :
C'est li généraus mes d'enfer.
Uns autres mes fu aportez (1):
De larons, murtriers à plentez
Qui furent destrempré as aus.
Si estoit chascuns toz vermaus
De sanc de marcheans mordris,
Dont il avoient l'avoir pris.
Après orent .1. autre mes
Qu'il tindrent à bon et à frès :
Vielles putains aplaqueresses.
Qui ont teus crevaces qu'esnesses,
Mengiés a verde saveur.
Mult s'en loèrent li pluseur,
Si que lor dois en délechoient
Por les putains qui li puoient,
T* » 1 ■
(1) Tout cet alinéa est sauté dans le Mst. 7615.
398 NOTES.
Dont il amoient mult le flair :
Encor en sent-je pair l'air.
Devant le Roi après cel mes,
A porta l'en .1. entremès
Qui durement fu déparlez,
Gon apèle bougres .ullez,
A la grande sausse Parisée (1),
Qui de lor fez fu devisée.
Gomment on lor fist ce me samble
Par jugement à toz ensamble
Sausse de feu finalement
Destemprée de dampnement (2).
En tel sausse que j'ai nommée,
Toz cbaus à toute la fumée,
Furent à la table d'enfer
Aportez en broches de fer
Devant le Roi à cui mult plol,
Qui entor lui ot grant complot
Des siens et fu liez durement,
Et présenta mult largement
Lez mes et tant en donna-il,
Et çà et là, que cil et cil
S'en loèrent sanz nule fable,
Tant qu'il disoient sus la table
G'onques teus mes ne fu véus.
Autre bougres ont- il eus;
Mes siplésanz véus n'avoient,
Que por lulleis qu'ils savoient
Disoient que c'èrent espisses.
Si en fesoient granz délices
Partout que ce sembloit poison :
Tuit en avoient à foison.
(1) Geci est une allusion au supplice du feu qu'on faisait subir aux
hérétiques, à Paris. Les Bougres ou Bulgares étaient des espèces de
Manichéens.
(2) Le Mst. 7615 saute de là à ce vers de la page 199 :
Adrès ce! mes nous vint en haste, etc. •
NQTES. 399
Mes il estoient en doutance
Que il n'eussent mes pitance,
Desi là que Gormons d'argent
Venist o toute sa grant gent
En enfer ou l'en le semont
Et après me dist de Gormont,
Uns d'aus qui tère ne se pot,
C'on en feroit .1. hochepot (1),
Après les bougres qui fler oient
Larsis, et puis si farsir oient.
Faus pledeors à grant revel»
Mult en menoient grant gaudel
Entr'els, por le faus jugement
Qu'il font entr'aus communément
Por le loier qu'il en atendent,
Et por les deniers qu'il en prendent,
Dont il achatent les viandes
De qoi il font lor pances grandes :
Sont en enfer mengié à joie
Greignor'que dire ne porroie.
D'aus font li queu .1. entremès
Teljque parler n'ois tes mes
De nule tel viande à coït ;
Quar c'est uns mes qui pas ne cort
A us cors, ne pas n'en sont aprises ;
Quar li queu ont les langues prises
Des pledeors et trètes fors
Des gueules, et si les ont lors
Frites el tort qu'il font de 1' droit.
Là ont les langues del* tort droit
Et de lor faussetés mérites;
Quar ainçois qu'eles soient frites
Ne traînées par le feu,
.1. maistire en font li keu ;
Quar de ce que furent loés,
Des granz loiers sont or loées.
(1 ) Hochepot, pot pourri, olla podrida, mets composé de plusieurs
viaddes.
4<>0 NOTES.
En burre, au mètre en la friture ,
En cel feu et en cèle ardure
Où li keu si les demenoient,
Tout le malice avoec hocoient
G'on puet] en [pledeor puisier
Por la savoir bien aguisier,
Tant que ce n'ert pas geus de veille.
De tels langues n'est pas merveille ,
Se cil d'enfers ont les friçons
De plain panier de maudiçons
Droit sor ces langues embroies ,
Entre deux mençonges hocies.
Devant le Rois el dois amont
Les portent; c'est li mes el mont
Conques li Rois plus desirroit
Que ces langues ; quant il les voit
Multlesloa : tuit les looient.
Qui véist com langues aloient
Et ça et là|Communement,
Mander péust tout vraiement
Aus parjurez, aus mente ors,
Que langues de faus pledeors
Ne sont pas en enfer blasmées,
Mes cbier tenues et amées.
Après cel mes revint mult biaus :
De vielles putains desloiaus
Firent pastez à nos confrères.
Mult déléchoient lor lèvres
Tuit cil qui en enfer estaient,
Por ce que les putains puoient.
En leu de f rommage rostis
Nous donèrent enfanz murtris
Qui furent gros comme sain ;
Mes nu frommages de gain
A cel mengier ne se puet prendre,
G'on en trueve petit à vendre.
Après cel mes nous vint en haste
NOTES. 4 0t
Bedel, bête (1) bien cuit en patte,
Papelars à l'ypocrisie,
Noirs moines à la tanoisie,
Vielles prestresses au civé,
Noires nonnains au cretonne,
Sodomites bien cuis en honte.
Tant mes que je ne sai le conte
Ont cil d'enfer léenz eu :
De char furent trop bien peu,
Et burent, si com devin,
Vilonies en leu de vin.
Bien «ai, mes ne m'en puet deçoivre,
Trop à mengier et poi à boivre
Ont en enfer ; tele est lor vie ,
Et lues que la cort fu partie,
Li Rois d'enfer tout maintenant
Parla à moi en demandant
Comment g'ère venuz à cort
Des noveles me tint mult cort
Que li déisse , et je, sanz doute ,
Li contai la vérité toute,
Gomme à sa cort venuz estoie :
Bien sot que de rien n'i mentoie.
Li Rois qui por lui déporter
Me fist .1. sien livre aporter
Qu'en enfer ot léenz escrit
Uns mestres qui mist en escrit
Les droiz le roi et les forfez,
Les fols vices et les fols fez
C'on fet et tout le mal afère
Dontli rois doit justice fère (2).
En cel livre me rouva dire ;
Tantost i commençai à lire.
Qu'en diroie ? en cel livre lui,
(1) Mst. 7615; Yar. : Bediaus brûlez.
(2) Ceci est probablement une allusion à quelqu'ouvrage de l'é-
poque; mais elle est trop vague pour qu'on puisse préciser le livre qui
en est l'objet.
U. 26
4<>2 NOTES.
Et tant que en lisant connui
En cel livre qui estoit tels
Les vies des fols menesterels
En un quaier toutes escrites.
Et Ii rois dist : « Ice me dites,
« Quar ci me plestmultà oïr,
« Si puisse-il d'enfer joïr,
« Que c'est de 1' plus plesant endroit »
Etg'i commençai tout à droit,
Et tout au miex que je soi lire.
Des fols menesterels pris à dire
Les fais trestout a point en rime,
Si bel, si bien, si léonime,
Que je le soi à raconter.
Il n'i remest riens à conter,
Péchiez ne honte ne reprouche
Que nus hom puist dire de bouche ,
Que tout ne fust en cel escrit
Gomment que chascuns s'en aquit,
Que de chascun la plus vile tèche,
Le plus vil pechié dont il pèche
I est escrit, je l' sai de voir,
Oublié ne voudroie avoir
Ce que je vi enz a nul fuer.
Je reting du livre par cuer
Les nons et les fais et les dis
Dont je cuit encore biaus dis
Dire sans espargnier nului.
Qu'en diroie? En cel livre lui
Si longement com le roi plot,
Et quant assez escouté m'ot,
Tant com lui plot ne raie mains,
Doner me fist dedens mes mains,
.xl. sols de déafelies,
Dont j'achetai byfFes jolies.
Après ce que je vous ai dit
. Ne demora c'un seul petit
NOTES. 4û3
Que cil 4' enfer trestuit s'armèrent
Et puis sor lor chevaux montèrent.
Si s'en adorent proie guerre
Por le pais et por la terre ;
Mes je vous di sanz mespresure
Conques ne vi si grant murmure
Comme il firent à lor monter.
Trop seroit grief à raconter ;
Mes je ne sai qu'en mentiroie.
Au partir me firent tel joie
Que ce fu une grant merveille.
Congié prent Raouls, û s'eaveille ,
Et cis contes faut si apoint
Qu'après ce n'en diroie point ,
Por aventure qui aviegne,
Devant que de songier reviegae.
Raouls de Itoudaing, sanz mençonge,
Qui cest fablel Jftst de son songe,
Ci fine li songes d'enfer :
Diex m'en gart esté et yver!
Après orrez de Paradis (i);
Diex nous i maint et noz amis.
Explicit le Songe d'enfer.
Page 258, vers 23 :
Et tu, qui es ? car ce me compte.
SYNAGOGUE.
Se le grant Dieu me gart de honte
Ne feray pas lonc prologue :
J'ay pieçà nom Synagogue # etc.
Un dialogue ou tencon entre Sainte Église et Synagogue, entre le
Juif et le Chrétien, n'était pas chose nouvelle au xni e siècle. L'idée
(1) On trouvera cet autre dit dans les notes finales du u* volume des
œuvres de Rutebeuf, quia traité également ce sujet.
26.
4<>4 NOTES.
s'en retrouve long-temps avant cette époque , dans un dialogue la-
tin de Petrus Alfonsius (xn« siècle), édité dans la Bibliothèque des
Pères , tome xxi. C'est peut-être cette production qui a donné nais-
sance au petit poème français suivant, qui se trouve dans le manus-
crit 7218 , Biblioth. roy., f. Ml, v*.
DE LA DESPUTOISON DE LA SINAGOGUE ET DE SAINTE ÉGLISE.
De Ior mençonges vuelent vivre li mençongier ;
Plusor par lor mençonges font lor vie alongier.
Clopins sui, uns songières qui sonjai .1. songe ier :
Hom mortex ne porroit plus biau songe songier.
Une gent sont qui dient que trestout est mençongc ,
Et niceté et fable et faits quanque l'en songe;
Mes Joseph qui fu filz Jacob, sonja a. songe
Qui fu biaus où si frère mistrent moult grant chalonge.
J'ai .1. songe songié merveillex à devise ; .
Volez- vous que mon songe vous esclère et devise ?
Je sonjai que .11. dames ont contençon emprise :
L'une est la Synagogue et l'autre ert Sainte Yglise.
Or oiez de ces .11. s'il vous plest la rancune :
Jà n'en dirai mençonge ne fausseté nis une;
Mes ainçois vous dirai le semblant de chascune :
Sainte Yglise est vermeille et Synagogue brune.
Ainçois que des .11. dames plus parole façon,
Vous dirai de chascune la forme et la façon.
Sainte Yglise ert vermeille, blanche comme .1. glaçon :
Toutes autres figures vers la seue efîaçon.
Que fesoit Sainte Yglise, seignor, or escoutez.
.1. chalice tenoit, de ce point ne doutez,
Oii U sans Jhésucrist vermaus ert dégoûtez ,
Du costé où li glaive li fu mis et boutez.
D'autre part tint .1. glaive et une blanche enseigne :
.111. clos aguz y ot, mon songe le m'enseigne,
NOTES. 4°5
Et une croiz vermeille plus que plaie qui saingne :
En mémoire de celé est drois que l'en se saingne.
Quel corone ot ma dame de quoi fu coronée ?
De jonc marin, d'espines forment heriçonée,
Tele comme ele fu à Jhésucristdonée
Quant sa char fu à mort por nos abandonée.
Or ai de Sainte Yglise conté en quelle manière
Ele tint son chalice corn dame droiturière.
Or vous dirai de l'autre qui f u gonfanonière ;
Mult lonc tens mes or est brisie la banière.
Quant Mo y ses estoit des Juyfs connestables,
La Synagogue ert dame, c'est .1. mot véritables;
Mes des or mes ne sont ses paroles estables :
Sa banière ert brisie, quassées sont ses tables.
Ses tables sont quassées, dont aus Juyfs moult poisc ;
Sainte Yglise en Galice se déduit et envoise.
Des .11. oï le plet, le content et la noise :
La vilaine parla ainçois que la courtoise.
Synagogue se drece, qui première parole,
Et dist à Sainte Yglise : « Garce, entent ma parole;
« Tu me dois obéir, tu issis de m*escole.
« — Tais-toi, dist sainte Yglise, vieille ribaude (oie.»
Et quant la Synagogue s'oi clamer ribaude
Dire devint plus pâle et plus jaune que gaude.
« Tais- toi, dist-ejle, garce ; trop es de parler baude :
« Li tiens Diex ne vaut pas plain bacin d'eve chaude.
« — Tais-toi, dist Sainte Yglise, foie vieille froncie ;
« N'es-tu ce qu'ïsayes dist jà sa prophecie
« Et li autre prophète David et Jérémie
« Dont je suis essaucie et tu désavancie?
„ — Tais- toi, chétive foie, ce dist la Synagogue - f
« Pour quoi te fez si baude et si nère et si rogue?
4o6 NOTES.
« Por ton Dieu qui ne vaut le maz d'une viez cogue?
« Por quoy n'as des prophètea avant tret cest prologue?
« Por quoi? je l' te dirai; bien le te saurai dire.
« De rien ne m'en porras, se tu ne mens, desdire:
« Se voir dire voloies bien en as la ma tire:
« Mes ton cuer qui faus est à fausseté te tire.
« Ysayes fu plains de la grâce célestre,
« Qui dist ce sevent cil qui de ta loi sont mestre ,
« De la raiz Gesse (l) doit une verge nestre,
« De la verge une flor ; autrement ne puet estre.
« Bien sez que ce trouvon escrit en Ysaye
« Et sachez que la flor est la Yirge Marie;
« Jhésucrist fu la flor dont ele fu florie,
« Par quoi je sui sauvée et tu por ce périe.»
Lors respont Synagogue où Faussetez repose
Et dist à Sainte Yglise : « Tais toi, ebétive chose.
« Tu n'entens pas à droit de ceste riens la glose :
« La verge fa David et Salomon la rose.
« — Tais- toi, dist Sainte Yglise; que ta langue soit arse !
« Trop as le cuer farsi et plain de fausse far se.
« N'aorèrent l'enfant li riche roi de Tharse,
« Si corn David le dist qui asprement vous jarse.
a — Il nous jarse comment et en quelle manière ?
« — Ne l'entens-tu pas bien? la maie mort te fière !
« N'avez-vous le sautier, toute la Bible entière?
« En enfer en charrez où point n'a de lumière.
« En toi et es Juyfs a tant.de trahison,
« Qu'entendre ne daigniez ce que nous vous dison,
« Ne lisiez les prophètes aussi com nous lison;
« Par votre orgueil charrez en l'infernal prison.
( 1 ) De la race de Jessé.
NOTES. 4°7
« — Li prophète vous jarsent, mes n'est pas de lancete,
« Mes d'une lance agite qui n'est saine ne nete,
«< C'est de la mort d'enfer; celé est votre de dète ;
« Nul ne muert sans baptesme qu'en enfer ne se mète. »>
Lors repond Synagogue dolente et plaine d'ire,
Et dist à Sainte Yglise : « Veus me tu donc desdire
« Que cil en qui tu crois ne morut à martire ?
« Por rien se il fust Diex ne se laissast ocirre.
« Déjà ne se lessast à l'estache attacnier ,
« Ne battre de corgies, ne Y visage crachier,
« Et trop as foie penssée quant tu tel Dieu tiens chier :
« Jà s'il fust Diex issi ne se lessast touchier.
« Li Juyfs li donnèrent mainte bufie en la joe,
« A qui feri joèrent de lui tout à la roe.
« Jà ce ne lor souffrist se la force fu soe :
« One si foie créance ne vi corne la toe.
« — Tais-toi, maleureuse; quanques tu m'as conté
« Fist-il por nostre amor; moult nos fist grant bonté.
« De son sanc nous reant de la grant obscurté
« Où tu seras toz jors par ta maleurté.
« Chétive mescréant, fausse vieille et vilaine,
« Bien connoi et bien sai de vérité certaine,
i
« Que la char Dieu prist mort, quar ele estoit humaine ;
« Mes la déité pure remest entière et saine.
« Par le péchié d'Adam, voir dit que je le nomme ,
« Qui mordi sus deffensse comme glous en la pomme,
« Fu dampnez toz li siècles; nul ne sauroient la somme
« De cels qui dampnez furent ; por ce devint Diex homme,
« Li filz nasqui en terre par le plesir du père
« Et nasqui sanz péchié de sa très-douce mère ;
« Puis ocist par sa mort la notre mort amère ;
« Qui issi ce ne croit droiz ert qu'il le compère,
4o8 NOTES.
« Foie vieille mauvèse et dolente chétive,
« Sarrasin ne païen, ne juyf ne juyve,
« Ne puéent estre sauf par nule rien qui vive ,
« Ainz charront en enfer où il n'a fons ne rive.
« Trop es foie et avuegle quant contre moi paroles :
« Je te métrai voir toutes au-dessous tes paroles.
« Tu destruis les juyfs et confont et afoles
« Qui lor commande quirre les maules aus roinssoles (1)
« Les maules aus roinssoles, c'est légier à entendre :
ce Messies est venuz, tu le lor fez entendre ;
« C'est cil qui en la croiz se lessa pour nous pendre :
« Bien t'en saurai reson et solucion rendre.
»
» Entens selonc les livres bone solucion :
ce Quand Messies vendra perdrez votre élection :
ce II est venu, c'est cil qui soufri passion;
c< Puis qu'il nasqui ne fustes fors en subjection.
ce Quant Jbésucrisz nasqui en terre dignement ,
« "Votre onction pardistes; di-je voir ou je ment?
« Dès lors déusses-tu savoir certainement
« Venuz est Messies; si est-il voirement!»
Et quant Sainte Yglise ot ceste reson fenie,
Maintenant m'esvcillai ; ou nom Sainte Marie
Mon songe mis en rime; la rime avez oie :
Diex vous doins bonne fin et pardurable vie !
Explicit de la Synagogue.
(1) Cette locution pourrait se traduire en -quelque sorte par celle-
ci : mettre la charrue avant les bœufs. Tu leur commandes de cuire
les maules aux roinssoles signifie : Tu leur ordonnes de cuire les
moules aux gouffres, au lieu de: Ta leur ordonnes de cuire les
gauffres au moule. C'est, comme on voit, un coq-à-1'âne par inver-
sion.
NOTES. 4°9
»
Page 271 , vers % et suivant» r
LE MEBCnSR.
là pourrez acheter bonne œuvre ;
J'en ai de manières diverses :
J'ay soye rouge, indes et perses;
J'ay soies noires, soies fines
Plus blanche que n'est fleur d'espines, etc.
Il est curieux de comparer rénumération que le mercier de notre
Mystère fait de ses marchandises, avec celle qu'a tracée, de l'appro-
1 visionnement d'un de ces commerçants an moyen-âge, un poète du
xhi* siècle. Voici quelques-uns de ces vers [Dit des Merciers ; voy.
les proverbes et dictons du moyen-âge édités par M. Crapelet) :
J'ai les mignotes ceinturetes,
J'ai beax gants à damoiseletes,
J'ai ganz foirez, doubles et sangles ;
J'ai de bones boucles à cengles ;
J'ai chainetes de fer bêles,
J'ai bones cordes à vieles, *
J'ai les guimpes ensaffrenées,
J'ai aiguilles encharnelées.
J'ai escrins à mètre joiax,
J'ai borses de cuir à noiax
J'ai de bon loutre à pelîçôns ;
J'ai hermines etsiglatons (1),
Et orle de porpois (2) de mer.
J'ai polain (3) à secors orler
J'ai sonetesde trop beau tor,
J'ai de bons flageus à pastor,
J'ai cuillers de bois et de trenble....
J'ai le poivre, j'ai le corn in.
J'ai fil d'argent à Mazelin, etc.
Voyez aussi la Dissertation sur l'état de l'industrie et du corn-
(1) Sorte d'étoffes.
(2) Bordure de Marsouin.
(3) Polain, sorte de poisson de mer.
4 1 NOTES.
merce de Paris au xui* siècle, par M. Depping. On peut consul-
ter également pour des énumérations semblables et non moins cu-
rieuses, le Dit des F cures (orfèvres) et le Dit des Boulangers ,
que j'ai insérés dans mon recueil intitulé : Jongleurs et Trouvères,
page 128 et suivantes.
FIN DES NOTES.
TABLE DES MATIERES.
Préface Pag. v
La Nativité de Jhésucrist 1
* LeGeu des Trois Rois 79
* La Passion de notre Seigneur 159
La Résurrection de notre Seigneur 512
Notes 581
FIN DU DEUXIEME VOLUME.